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En
septembre dernier, une jeune femme de 32 ans enceinte de trois mois
était fauchée à Paris par un chauffard ayant emprunté un couloir de
bus à contresens. Ce drame avait suscité une nouvelle émotion après
les différents accidents de ce genre survenus depuis quelques années
et relancé le débat sur le vide juridique existant autour de la
responsabilité d’une interruption accidentelle de grossesse.
Les députés ont adopté hier un amendement, présenté par le
député Jean-Paul Garraud (UMP, Gironde) créant le délit
d’interruption involontaire de grossesse. Il vise à réprimer « une
maladresse, une imprudence, une inattention, une négligence ou un
manquement à l’obligation de sécurité ou de prudence » et sera
puni d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende une personne
responsable d’une interruption accidentelle de grossesse .
Cet
amendement a donné lieu à un débat passionné au sein de l’hémicycle,
la gauche accusant Jean-Paul Garraud de remettre en cause le droit à
l’avortement : « avec cet amendement vous fermez la porte à
l’avortement en mettant la clé dans la serrure » a déclaré
Jean-Yves Le Bouillonnec (PS, Val-de-Marne).
« C’est du terrorisme intellectuel » a
remarqué Jean-Paul Garraud dont l’amendement a été adopté par 30
voix (UMP) contre 14 (PS-PCF). Par conséquent avec un peu de bon
sens, on voit qu'au contraire cet amendement renforce le droit des
femmes.
Jean-Paul Garraud a rappelé que M. Badinter en 1992 avait fait
adopter l’article 223-10 du code pénal protégeant la femme contre
l’interruption de grossesse résultant d’un acte intentionnel d'un
tiers. Il a indiqué que sa proposition visait à compléter cette loi
en incriminant les mêmes faits en cas de faute involontaire.
Répondant à Monsieur Le Bouillonnec, Jean-Paul Garraud a
souligné le paradoxe suivant : « quand vous tuez le chien qui se
trouve dans la voiture en la percutant, c’est une contravention de
troisième classe ; quand c’est la femme enceinte, la loi ne prévoit
rien ! »
Assurant
que l’objet de l’amendement « n’est en aucun cas de débattre d’un
statut du fœtus », le rapporteur du texte, Jean-Luc Warsmann (UMP) a
fait adopter un sous-amendement qui stipule que cette disposition ne
peut « en aucun cas faire obstacle au droit de la femme enceinte de
recourir » à un avortement volontaire.
Le président de la commission des lois, Pascal Clément (UMP,
Loire) a également affirmé qu’il s’agissait de « la protection de la
femme enceinte, pas de l’enfant qu’elle attend ».
Quant au ministre de la justice Dominique Perben, il s’est
déclaré favorable à l’amendement de Jean-Paul Garraud dans la mesure
où « il ne remet en rien en cause la législation sur l’avortement ».
Le
Comité des parents orphelins, composé de femmes victimes de ces
accidents, s’est félicité de l’adoption de cet amendement. Il a
déclaré que, ce texte « vient combler une lacune scandaleuse du
droit positif qui, en l’état, ne sanctionne pas le fait de causer
par sa négligence l’interruption de la grossesse d’une femme. »
Il a ajouté « Nous
regrettons qu’encore une fois aient été avancés des arguments
spécieux de certains qui persistent à voir dans ce texte une remise
en cause de l’IVG : en quoi la liberté laissée à la femme
d’interrompre sa grossesse permettrait à un tiers d’aboutir
à ce résultat par sa négligence, alors que la femme souhaite garder
son enfant ?
L’adoption de ce
texte apporte du baume au cœur des parents privés de leur enfant,
dont la douleur était jusqu’à présent tenue pour quantité
négligeable par le droit. Il apporte un remède à une poignante
injustice et aidera les familles à faire enfin de deuil de leurs
enfants. »
L’amendement sera réexaminé avec l’ensemble du texte par le
Sénat en janvier. |