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Nombreuses
sont les réactions après la naissance, non encore prouvée, du
premier bébé clone.Toutes sont unanimes pour considérer qu'il
s'agit d'un "crime contre l'humanité" et pour
rappeler que la technique du clonage reproductif touche à l'identité
propre de l'homme.
Tous ceux qui se sont exprimés sur le sujet dénoncent l'absence de règle internationale
pour contrer un tel
projet et souhaitent que la communauté internationale se concerte au
plus vite pour empêcher de telles initiatives.
Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme
Lejeune s'étonne que l'on accuse les Etats-Unis et le Vatican d'avoir empêché l'élaboration de règles internationales
contre le clonage et de ce fait d'avoir permis la naissance du premier
bébé cloné. Il rappelle que ces 2 états souhaitaient une
interdiction totale du clonage tant reproductif que thérapeutique. Position scientifiquement irréprochable rappelle-t-il,
puisque tout clonage est reproductif dans la mesure où il commence à
produire un embryon. Il faut donc cesser de distinguer les deux et de considérer qu'il existe un "méchant clonage (reproductif)
et un gentil clonage (thérapeutique)". La vérité c'est que
nous sommes en pleine "dépression éthique" ajoute
M. Le Méné et que les seuls arguments invoqués contre le clonage
(comme le souci d'une relation de
couple indispensable à la constitution de l'identité de l'enfant et
l'aspect unique et irremplaçable d'un bébé) ont d'ores et déjà
volé en éclat avec les techniques de procréations médicalement
assistée et la pratique des diagnostics prénatal et pré
implantatoire.Or pour justifier ces dérives, on a invoqué des motifs de "compassion",
motif qui viendra aussi certainement à bout de la peur du clonage. Il
affirme que "le clonage reproductif est un crime
contre l'humanité" et que "le clonage thérapeutique l'est doublement"
car "le clonage thérapeutique
c'est le clonage reproductif plus la mort" rappelle t-il. Il
pousse plus loin le raisonnement en posant la question : "si
le clonage reproductif est tellement monstrueux aurait-on préféré
disposer d'Eve, très jeune, en pièces détachées ? " Ce
serait du clonage thérapeutique. La seule solution,
conclut-il est d'interdire
en amont tout clonage embryonnaire. Ce qui est condamnable ce n'est
donc pas tant la naissance mais ceux qui rendront toujours possible le
clonage reproductif parce qu'ils ne veulent pas interdire aussi le
clonage thérapeutique.
Le Pr Israël Nisand, professeur de gynécologie obstétrique
à Strasbourg rappelle que le clonage reproductif atteint un nouveau
degré de gravité par rapport à d'autres évolutions scientifiques
déjà très controversées dans la mesure où elle touche à la
nature même de l'espèce humaine dont on ne peut se protéger. Il
s'interroge sur notre capacité à résister à de tels événements :
"nos sociétés auraient-elles perdu la capacité de dire non?"
La France doit qualifier le clonage reproductif de crime
contre l'humanité. Ne rien dire "serait
en quelque sorte une figure politique moderne de la complicité".
Renoncer à légiférer parce que les lois seront transgressées constitue en
soi une régression, ajoute t-il. Jusqu'alors
l'être humain était le résultat vivant du hasard ( bien que limité
avec le Diagnostic Prénatal et le Diagnostic Pré Implantatoire) et
donc un
être unique dans un corps unique.
Corinne Lepage, ancienne ministre et présidente du CAP 21 souligne
de son côté que l'une des causes de cette naissance est à
rechercher dans la marchandisation de la vie qui s'est traduite
notamment par la brevetabilté du vivant. "Dès lors que le
vivant végétal et animal est brevetable, l'humain est dans la ligne
de mire" dénonce t-elle. Autre cause : la perte de valeur
morale et la montée en puissance de la valeur marchande. Ainsi
l'Académie de médecine a t-elle cru bon de justifier ses décisions
sur les seules considérations économiques alors que les preuves
scientifiques étaient encore insuffisantes. "Il faut
pouvoir interdire certaines recherches ou expériences contraires aux
règles minimales de l'éthique universelle" rappelle t-elle.
"La restauration du politique devient une question de vie ou
de mort à terme des humains et elle impose que tout ne soit pas
permis en matière de recherche et de sciences appliquées" ajoute
t-elle.
Robert Redeker, philosophe, constate que les progrès techniques poussent
l'humanité à résister à des défis qui mettent en jeu l'essence
même de l'homme et nous imposent des choix essentiels. Le clonage, de ce fait nous
renvoie à l'exercice de notre liberté et à notre propre perception
de l'humanité. Il va nous falloir exercer notre liberté pour résister à la tentation
diabolique de produire des humains désingularisés.
Jean-Michel Truong, romancier explique qu'avec le clonage, le
concept du cannibalisme revient sur le devant de la scène puisque
désormais il redevient possible de "dépecer son
prochain pour s'en repaître, de placer des vies humaines sur une
balance afin de déterminer laquelle pèse plus lourd et laquelle plus
légère". Il craint ensuite qu'un pas de plus soit
franchi et que nous nous dirigions vers la production de chimères
mi-chèvre, mi-chou, mi-lard mi-cochon, mi-carpe, mi lapin...
Enfin Geneviève Delaisi Parseval, psychanalyste, rappelle
qu'après l'ère de la reproduction non sexuelle nous entrons dans
l'ère de la reproduction non sexuée. La dissociation possible entre
sexualité et procréation datant de l'ère contraceptive. Dorénavant, il risque
d'exister une offre médicale en même temps qu'une demande de la part
de parents potentiels pour un tel type de reproduction. Face aux
dangers du clonage reproductif, il lui semble important d'éviter tout
manichéisme. On ne peut pas juger du désir des parents et de
l'accueil réservé à l'enfant. Ce n'est donc pas eux qu'il faut
stigmatiser mais les "promoteurs de ces procédés hasardeux"
conclu t-elle.
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