|
En
1997, Mme Maurice a recours à un diagnostic prénatal pour vérifier
que l'enfant qu'elle porte n'est pas atteinte d'une amyotrophie
spinale infantile, comme sa fille aînée. Les tests se sont révélés
négatifs et Caroline est née. Mais en 1999, la petite fille a
présenté les premiers signes de la maladie. Après enquête, il
apparaît que les résultats des analyses pratiquées sur Mme Maurice
et une autre patiente avaient été intervertis.
Les époux Maurice ont alors saisi le tribunal administratif de
Paris afin de demander réparation à l'AP-HP (Assistance
publique des hôpitaux de Paris). En décembre 2001, le
juge administratif condamnait l'AP-HP à verser aux parents une
indemnité provisionnelle de 152 449 euros (cf. revue
de presse du 14/06/02).
Suite à la loi des malades du 4 mars 2002 (dite loi anti-Perruche),
l'AP-HP a fait appel et a demandé le remboursement de sa provision
s'appuyant sur le 1er article de la nouvelle loi qui stipule que, dans
ces cas-là, la compensation
du handicap de l'enfant doit être prise en charge par
la solidarité nationale. Jeudi dernier, la Cour
administrative d'appel a donc ramené le montant de la provision au
préjudice des parents c'est à dire à 15 245 euros demandant à "la
solidarité nationale" de prendre en charge les frais induits par le
handicap. Les époux Maurice doivent rembourser l'AP-HP.
Aujourd'hui, l'AFM réclame "en l'absence de définition et
d'application du principe de solidarité nationale" un
moratoire sur l'application de la loi du 4 mars 2002 et appelle à
mettre en place un "droit à compensation".
Quant à l'AP-HP, elle "a décidé de ne pas demander à M. et
Mme Maurice le remboursement des sommes déjà versées à titre de
provision, dans l'attente d'une clarification réglementaire ou
juridictionnelle".
De son côté, Marie-Sophie Desaulle, présidente de l'APF, explique
que "c'était justement pour éviter des cas comme celui de
cette famille que nous nous étions opposés à l'adoption de ce
nouveau texte".
Pourtant que dit la loi si ce n'est que
"nul ne peut se prévaloir d'un préjudice du seul fait de sa
naissance" ?. Le médecin dans le cas de l'affaire Perruche et dans celui des époux
Maurice n'est pas responsable du handicap. Celui-ci est le fait de la
nature. Le médecin est responsable d'une erreur de diagnostic qui a
empêché la mère de faire une IMG (Interruption
Médicale de Grossesse). C'est pourquoi la loi précise
que "lorsque la
responsabilité
d’un professionnel ou d’un établissement de santé est engagée
vis-à-vis des parents d’un enfant né avec un handicap non décelé
pendant la grossesse à la suite d’une faute caractérisée,
les parents peuvent demander une indemnité au titre de leur seul préjudice.
Ce préjudice ne saurait inclure les charges particulières découlant,
tout au long de la vie de l’enfant, de ce handicap. La
compensation de ce dernier relève de la Solidarité Nationale". La loi du 4 mars
2002 prévoit donc que le handicap soit pris en compte par la solidarité nationale afin que toutes les personnes handicapées soient aidées et pas seulement celles dont les parents feraient un procès.
L'affaire des époux Maurice rappelle au gouvernement l'urgence
qu'il y a à mettre en oeuvre la solidarité nationale. Aujourd'hui, aucun décret d'application de la loi du 4 mars
2002 n'a été publié et aucune disposition n'a été prise. Le cabinet du
ministre de la santé et des personnes handicapées a déclaré que
"la création d'un fonds d'indemnisation et d'un véritable
droit à compensation est effectivement au coeur de la politique du
ministre".
Par
ailleurs, malgré le vote de la loi "anti-Perruche", une
partie des professionnels de l'échographie foetale ont arrêté
leur activité. "C'est devenu trop risqué. Le débat autour
de l'arrêt Perruche a jeté l'opprobre sur la profession"
explique un praticien parisien. "Financièrement, l'activité
n'est pas rentable. Sur le plan psychologique également, c'est devenu
trop lourd à porter". Une autre échographiste parisienne
témoigne "les assurances ont augmenté leurs tarifs sans
tenir compte des modifications législatives".
|