|
Jean-Paul
Renard, directeur du laboratoire de biologie du développement et
biotechnologie de l'INRA, revient sur les déclarations du Dr Antinori
(cf. revue de presse du 12/07/02) et le met en garde.
Pour lui, "le Dr. Antinori entretient la confusion quand il
affirme que «le clonage reproductif est une thérapeutique» qui
pourrait permettre à des hommes n'ayant aucune cellule sexuelle
d'avoir un enfant".(...) "Cette technique est
radicalement nouvelle car elle abolit le passage d'une génération à
l'autre. Cela interdit qu'on puisse la considérer comme un moyen de
plus pour les procréations médicalement assistées".
"Traiter alors avec autant de désinvolture la
procréation humaine et persister à vouloir remettre en cause une
partie des fondements biologiques et psychologiques à partir desquels
se sont organisées nos sociétés est profondément choquant".
"M.Antinori
spécule sur la détresse de couples sans enfants, et étale un
acharnement pernicieux qui passe outre la présence d'autrui".
Jean-Paul
Renard cite les derniers résultats de l'INRA, parus dans la revue
américaine Biology of Reproduction, qui confirment l'importance des
risques du clonage pour la santé des veaux et aussi celle de la mère
porteuse. "Sur les 121 dernières gestations initiées dans
notre ferme, 56 se sont maintenues au-delà de 12 semaines, mais 23
(soit plus de 40 %) ont été arrêtées tardivement, souvent après
l'apparition brutale d'une hypertrophie placentaire ; 2 mères
porteuses et 10 veaux sont morts ou ont dû être euthanasiés malgré
un suivi clinique intensif. Pour les 23 clones survivants, âgés
aujourd'hui de trois mois à trois ans, le recul du temps est
insuffisant". Rapporté à l'homme cela signifierait que
"pour obtenir une vingtaine d'enfants par clonage, il faudrait
arriver à initier plus d'une centaine de grossesses, dont 40 %
devraient être interrompues tardivement avec des risques graves pour
la mère, et accepter de voir mourir environ six bébés peu après
leur naissance".
Pour lui, "il est scandaleux que M. Antinori envisage
une démarche occulte avant toute publication et ainsi se donne la
possibilité de cacher les drames qui ne manqueront pas d'accompagner
la naissance des vingt premiers clones humains".
"Je
me dois donc de formuler une mise en garde à M. Antinori : il a été
informé très tôt des risques biologiques associés au transfert de
noyau somatique. De nombreuses recherches sont encore nécessaires
avant d'envisager une maîtrise éventuelle du clonage. Les
innovations qui pourraient, chez l'animal, découler de la technique
de transfert de noyau somatique sont encore incertaines. Si M.
Antinori persiste dans ses projets, il trouvera alors, quand il lui
faudra en rendre compte, des scientifiques pour lui rappeler qu'il ne
pouvait pas ne pas savoir.".
|