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Jean
Jacques Delfour, philosophe, analyse dans le journal l’Humanité,
la portée
philosophique de l’arrêt Perruche qui selon lui, n’a pas
été interprétée à son niveau. Il souligne que le débat s’est
cristallisé sur des considérations techniques concernant la
causalité médicale ou la prise en charge sociale des handicapés.
Il rappelle dans un premier temps que " la médecine
procréative, aussi bien naturelle qu'assistée, est très largement
eugéniste. La discrétion et le caractère technique des
procédures, le cautionnement médical et scientifique, l'absolue
légitimité du désir parental d'avoir des enfants "en bonne
santé", tout cela conspire à "éradiquer", dit-on,
les malformations et les anomalies, c'est à dire "in
fine", à empêcher de vivre ceux qui les portent. Autrement
dit, il n'y a pas de place, socialement, pour les handicapés -
d'où l'insuffisance notoire des dispositifs solidaires ".
Puis il ajoute que " le succès de la technique de
fécondation in vitro atteste un pouvoir réel sur la procréation
". Ainsi, pour les parents " si le pouvoir médical est
si grand dans la médecine de la procréation assistée, il n'y a pas
de raison qu'il le soit moins dans la médecine obstétricale
". Jean
Jacques Delfour montre à partir de là combien " la
recherche d'un responsable auquel les parents puisse imputer la
faute de l'existence d'un enfant handicapé atteste précisément
une disparition totale de la responsabilité ".
Pour lui, " la médecine procréative, d'assistance
ou naturelle, donne un pouvoir exorbitant de vie et de mort sur les fœtus,
selon des critères dépourvus de toute dimension éthique. Mais
elle le soustrait aux parents puisque ce sont les médecins qui font
les actes techniques qui fournissent les éléments dérisoires qui
emportent par eux seuls le choix. La biologie a remplacé l'éthique
(...). Le pouvoir médical est devenu si puissant (...) que les
parents ne sont pas des sujets éthiques capables de recevoir
l'altérité de l'enfant, mais des enfants eux-mêmes désirants
seulement qu'on satisfasse, par n'importe quel moyen, à n'importe
quel prix, leurs désirs ". " Ainsi, la responsabilité
est morte avec la destruction douce de l'interdit fondamental et
absolu : l'autre est tout à fait autre, c'est à dire irréductible
à sa définition biologique ".
Il conclut enfin " le pouvoir médical sert un
biologisme eugéniste sans éthique et coopère à l'abandon du
statut du sujet éthique pour favoriser celui d'être de désir
assisté par la toute puissance technique et scientifique
".
Pour
lire l'article dans son intégralité : http://www.humanite.presse.fr/journal/2002/2002-01/2002-01-11/2002-01-11-048.html
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