Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité scientifique
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L’été
a été fertile en déclarations fracassantes sur la bioéthique, en
France avec les projets de révision de la loi Veil et à l’étranger,
en particulier en Angleterre, avec la décision d’autoriser le clonage
embryonnaire dit thérapeutique. Avant
même cette décision, l’Académie Pontificale pour la Vie
avait élaboré un texte sur le clonage qui a été publié le 25 août 2000 :
« Déclaration sur la production et l’usage scientifique et
thérapeutique des cellules souches embryonnaires humaines ».
Ce texte est particulièrement intéressant compte tenu de l’autorité
en matière d’éthique de cette académie. Ce document se compose
d’une partie scientifique puis d’une partie éthique avant de
conclure sur une espérance thérapeutique. Aspects scientifiquesLes cellules souches en général ont pour caractéristiques de se reproduire longtemps à l’identique, sans se différencier, et d’être capables de donner naissance à des cellules de transition, à capacité limitée de prolifération, à l’origine de cellules hautement différenciées (nerveuses, musculaires, hématopoïétiques). Les cellules souches embryonnaires humaines. La préparation des cellules souches embryonnaires (ES, Embryo Stem cells) implique la production d’embryon humain et/ou l’utilisation des embryons surnuméraires issus de la fécondation in vitro, puis le prélèvement de cellules du bouton embryonnaire au stade blastocyste, nécessitant la destruction de l’embryon ; ces cellules souches embryonnaires sont ensuite mises en culture pour la production d’un très grand nombre de cellules identiques. Ces cellules constituent le point de départ pour la préparation de cellules différenciées obtenues par des techniques en cours de mise au point. Ces données ont ébranlé le monde scientifique, commercial et médiatique en laissant penser que les applications du clonage pourraient ouvrir des voies nouvelles pour la thérapie de maladies graves. Ces données ont surtout ébranlé le monde politique, en particulier en Grande Bretagne, au Japon, en Australie et aux USA où il existe |
de
fortes pressions pour que les fonds fédéraux puissent être utilisés
pour la recherche sur les embryons humains. Le
clonage thérapeutique.
Principalement en
raison du caractère cancérigène des cellules ES, trois moyens de
clonage thérapeutique ont été proposés pour permettre l’obtention
de cellules différenciées : - le transfert de noyau d’une cellule d’un sujet donneur dans un ovocyte humain énucléé suivi d’un développement embryonnaire jusqu’à l’obtention d’un blastocyste sur lequel serait effectué le prélèvement de cellules ES, - le
transfert de noyau d’une cellule d’un sujet donneur dans un ovocyte
d’animal ; l’embryon humain obtenu serait ensuite utilisé
comme dans le cas précédent, - la reprogrammation du noyau d’une cellule du sujet donneur en fusionnant le cytoplasme de cellules ES avec le noyau d’une cellule somatique. Cette technique, jamais réalisée, exigerait encore l’utilisation de cellules ES obtenues à partir d’un embryon humain. Les cellules souches adultes. Les études sur les cellules souches adultes (ASC) ont montré qu’elles étaient présentes dans de nombreux tissus mais qu’elles n’étaient capables que de donner naissance à des cellules propres au tissu donné. Au cours de ces dernières années, on a découvert des cellules souches pluripotentes dans la moelle osseuse (HSCs), le tissu nerveux (NSCs) et d’autres organes dont le sang du cordon ombilical (P/CB). Ainsi, chez l’homme, il est possible de reconstituer l’intégralité des populations de cellules hématopoïétiques (sanguines) à partir de cellules souches de la moelle. De même on est capable d’orienter la différenciation de cellules souches nerveuses humaines en neurones, en cellules gliales (cellules nourrices des neurones) ou en cellules musculaires lisses. Ainsi les cellules souches des tissus adultes peuvent avoir des propriétés voisines des cellules embryonnaires humaines (et ne posent pas de difficultés pour leur obtention) ; elles devraient permettre d’entrevoir des thérapies efficaces pour de nombreuses maladies. |
Problèmes éthiques« Est-il
moralement licite de produire et/ou d’utiliser des embryons humains
vivants pour la préparation de cellules ES ? ». La réponse
est négative pour plusieurs raisons : - sur
la base d’une analyse biologique complète, l’embryon humain vivant
est, dès la fusion des gamètes, un sujet humain avec une identité définie,
qui commence son propre développement de façon coordonnée, continue
et graduelle, de sorte qu’il ne peut à aucun moment être considéré
comme un simple amas de cellules. - en
tant qu’individu humain, il a droit à sa vie propre et ne peut subir
aucune intervention qui n’est pas en sa faveur. - l’ablation
de cellules du blastocyste, qui altère de façon grave et irréparable
l’embryon humain, est donc gravement illicite, ne pouvant être
justifiée par une fin considérée comme bonne (comme un traitement). Pour
ces raisons, le clonage thérapeutique est moralement illicite. existe
une coopération très proche dans la production et la manipulation
d’embryons humains de la part des producteurs et des fournisseurs. Ainsi la production et/ou l’utilisation d’embryons humains, même dans une perspective humanitaire, est illicite. L’utilisation
de cellules souches adultes apparaît comme la voie la plus raisonnable
et la plus humaine en vue de la recherche d’applications thérapeutiques
prometteuses. Cela représente une grande espérance pour un nombre
important de personnes qui souffrent.
(1)
: Académie Pontificale pour la Vie : Production
et usage scientifique et thérapeutique des cellules souches
embryonnaires humaines, Août 2000 |
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C’est à propos de l’intention du Gouvernement britannique de proposer à son Parlement une loi autorisant le clonage thérapeutique que le Parlement européen a adopté une résolution très ferme dont deux éléments méritent d’être soulignés. En premier lieu le Parlement européen place « la dignité humaine et, par conséquent, la valeur de tout être humain » parmi « les préoccupations primordiales des Etats membres ». Et il subordonne à cette valeur primordiale le besoin de recherche médicale qui, écrit-il, « doit être équilibré par des contraintes éthiques et sociales rigoureuses ». Cette proclamation a une très grande portée en cette période où, en France, il est question de réviser les lois de bioéthiques et où le Conseil d’Etat place sur le même plan le respect de la vie dès son commencement et le droit à la recherche médicale. Compte tenu de cette résolution européenne, le premier doit l’emporter sur le second.
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En
deuxième lieu, le Parlement européen
condamne tout clonage humain, y compris le clonage thérapeutique qui
consiste dans la création d’embryon non à des fins de reproduction
de l’être humain, mais d’obtention de cellules souches
embryonnaires. Le
Parlement s’y oppose tout d’abord pour des raisons de principes :
tout clonage humain, quel qu’il soit, consiste en la création
d’embryons humains dotés de la même constitution génétique qu’un
autre être humain. Et par la même, il est contraire à la dignité et
à la valeur de l’être humain qui interdisent de reproduire ou de créer
un être humain génétiquement identique à un autre être humain. Le Parlement utilise ensuite un argument d’opportunité : la création de cellules souches embryonnaires n’est pas nécessaire dans la mesure où les cellules germinales d’adultes ou du cordon ombilical pourraient être utilisées aux mêmes fins. Le Parlement a eu enfin conscience de la contradiction qui existerait d’une part entre |
l’autorisation
du clonage thérapeutique qui aboutirait à la production et à
l’utilisation d’embryons et d’autre part le souci d’éviter la génération
d’embryons excédentaires dans les techniques d’insémination
artificielle. On
peut se demander si par là le Parlement européen ne condamne pas
l’utilisation de tout embryon à des fins thérapeutiques.
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« Le
Parlement européen
(…), - considérant
que la dignité humaine et, par conséquent, la valeur de tout être
humain sont les préoccupations primordiales des États membres, proclamées
par de nombreuses constitutions modernes, - considérant
qu’il existe d’autres moyens que le clonage d’embryons pour guérir
les maladies graves, (…) - considérant
qu’une nouvelle stratégie sémantique tente d’affaiblir la
signification morale du clonage humain, - considérant
qu’il n’existe aucune différence entre le clonage à des fins thérapeutiques
et celui ayant pour objet la reproduction, et que tout assouplissement
de l’interdiction actuelle pousserait à de nouveaux développements
dans la production et l’utilisation d’embryons,
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- considérant qu’il (le Parlement) définit le clonage humain comme la création d’embryons humains dotés de la même constitution génétique qu’un autre être humain, vivant ou décédé, à un stade quelconque de leur développement sans distinction possible concernant la méthode utilisée (…) ¬ estime
que les droits de l’homme et le respect de la dignité humaine et de
la vie humaine doivent être l’objectif permanent de l’activité
politique et législative ; ¬ considère
que le clonage thérapeutique, qui implique la création d’embryons
humains aux seules fins de recherche, pose un dilemme éthique profond,
franchit sans retour une frontière dans le domaine des normes de la
recherche et est contraire à la politique publique adoptée par
l’union européenne ;
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¬ réitère
son appel à chaque État membre pour qu’il mette en œuvre une législation
contraignante proscrivant, sur son territoire, toute recherche sur le
clonage humain, quel qu’il soit, et prévoie des sanctions pénales en
cas d’infraction ; ¬ demande
instamment qu’un effort maximum soit engagé aux plans politique, législatif,
scientifique et économique pour promouvoir les thérapies utilisant les
cellules souches prélevées sur des sujets adultes ;
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gratuite, publiée par la Fondation Jérôme Lejeune.
Directeur de la publication et Rédacteur en chef : Jean-Marie Le Méné
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