Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité scientifique

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                                                                                                  N°10 : Octobre 2000

Réanimation néonatale

 
Le rapport n°65 du Conseil consultatif national d'éthique (CCNE), intitulé "Réflexions éthiques autour de la réanimation néonatale", dresse un constat frappant. Les médecins réanimateurs néo-natologistes français acceptent très unanimement l'infanticide des nouveau-nés à haut risque de séquelles neurologiques graves. Ils considèrent à 73 % qu'il est acceptable, dans ces situations, d'administrer une substance mettant fin à la vie de l'enfant. Plus de 50 % des décès dans les services de soins intensifs pour nouveau-nés suivent la décision d'interrompre les soins ou d'arrêter la vie. C'est souvent immédiatement après la naissance que se pose la question de réanimer ou non un nouveau-né en situation de détresse aiguë. Les médecins français font le choix de la réanimation à tout prix, puis de l'euthanasie si la situation s'avère grave. Beaucoup de leurs collègues européens préfèrent la réflexion préalable et refusent le risque des soins disproportionnés, limitant ainsi la tentation euthanasique. L'euthanasie des nouveau-nés à risque de handicap n'est donc pas une attitude inéluctable à laquelle seraient contraints les médecins, mais plutôt la conséquence d'habitudes "culturelles".
La grande prématurité est responsable de la moitié des handicaps moteurs sévères. Les causes principales de cette prématurité, relevées dans le rapport du CCNE, sont : les grossesses tardives, une prescription abusive des inducteurs de l'ovulation et l'implantation de plusieurs embryons lors des fécondations in vitro. Parents et gynécologues, mis devant leurs responsabilités, peuvent donc éviter la survenue de nombre de ces situations dramatiques. Il faut dénoncer avec le CCNE l'insuffisance de "prévention des situations de détresse vitale à la naissance", les soins disproportionnés
en période néo-natale, la "quête de performances médicales".
"Vient enfin le cas où le résultat fonctionnel est mauvais mais où l'enfant continue à vivre". Pour le CCNE, cette vie ne semble pas avoir de sens en elle-même, et peut apparaître insupportable pour les parents, les soignants et la société. Euthanasier l'enfant ne serait qu'une "transgression de la loi qui interdit toute atteinte à la vie humaine". Le CCNE propose que la décision d'euthanasier l'enfant soit prise avec une participation des familles. L'objectif proposé à l'équipe médicale est d'amener les parents à une décision "déconnectée du sentiment de culpabilité". Le CCNE pense que l'infanticide serait alors justifié par une démarche collégiale de "responsabilité, discernement et humanité".
Ref : http://www.ccne-ethique.org

 

Cellules souches adultes 

 

Alors que la polémique bat son plein au plan politique à propos du clonage thérapeutique, entre les partisans du « OUI » tels que le gouvernement britannique, et les défenseurs du « NON », comme le parlement européen qui a adopté récemment une résolution ferme condamnant tout clonage humain, des résultats scientifiques étonnants renforcent l’espoir de thérapie cellulaire utilisant des cellules souches adultes.
Mais de quoi s’agit-il ? Pour les lecteurs assidus des chroniques de Gène éthique, les notions de cellules souches et de clonage thérapeutique sont devenues familières. Le clonage thérapeutique produit des embryons en vue d’obtention de cellules souches embryonnaires. La culture de ces cellules dans un environnement donné permettrait d’obtenir divers tissus différenciés comme du muscle ou du foie, utilisés sous forme de greffes dans des maladies graves. Mais l’usage scientifique, même à des fins thérapeutiques, de cellules souches embryonnaires pose de graves problèmes éthiques (cf. Gènéthique, n° 9)… et l’utilisation de cellules souches adultes serait une alternative séduisante pour développer de futures thérapies cellulaires. Ces cellules souches qui persistent en très petit nombre à l’âge adulte, sont capables de se reproduire longtemps puis de se différencier, selon l’organe dans lequel elles se trouvent, en neurone dans le cerveau, en myoblastes dans le muscle…Jusqu’en 1998, on pensait qu’une cellule souche isolée du système nerveux ne pouvait se différencier qu’en neurone ou en cellule gliale. Durant ces deux dernières années, des expériences ont révélé que des cellules souches tissulaires peuvent se réorienter dans d’autres directions si elles sont placées dans un environnement déterminé (cf. Gèn éthique, n°6). Très récemment, l’équipe italienne de Vescovi (1), du Stem Cell Research Institute de Milan, apporte des résultats nouveaux très encourageants sur les capacités des cellules souches adultes à se se transformer. Les auteurs ont démontré que des cellules souches du système nerveux central sont capables de se différencier en cellules musculaires, aussi bien in vitro, lorsqu’elles sont cocultivées avec des myoblastes, qu’in vivo, lorsqu’elles sont injectées dans un muscle. Ces données sont originales à plusieurs titres : Premièrement, les cellules souches adultes (ici les cellules souches d‘origine cérébrale) sont capables de réorienter leur différenciation sans nécessiter d’étape de « régression » au contact de matériel embryonnaire.
Deuxièmement, un organe adulte différencié (ici le muscle), est capable, par contact cellulaire direct, de transformer les cellules souches originaires d’un autre tissu.
Troisièmement, les cellules souches utilisées sont issues du cerveau, traditionnellement considéré comme l’organe le plus différencié et le plus stable. Enfin, ces cellules souches cérébrales (issues du neuroectoderme embryonnaire) ont été transformées en cellules musculaires (d’origine mésodermique). Or mésoderme et neuroectoderme sont deux structures embryologiques très précocement différenciées et donc très « divergentes » sur le plan du lignage cellulaire. L’existence d’un « passage » possible entre des tissus si différents est une découverte importante.Les mécanismes moléculaires impliqués dans ces transformations cellulaires restent actuellement méconnus et les capacités prolifératives et de dédifférenciation des cellules souches adultes sont moins connues que celles des cellules souches embryonnaires. Néanmoins, on peut désormais raisonnablement évoquer des pistes de thérapie cellulaire indépendantes des prélèvements embryonnaires.

(1) Galli et al., Skeletal myogenic potential of human and mouse neural stem cells. Nature Neuroscience, 3 : 986-91 ; octobre 2000 

 

Avortement

A l'heure où le gouvernement propose de modifier la loi Veil de 1975, la question de l'avortement tétanise littéralement la société française. Il n'y a pas de débat. Comme s'il était impossible sur ce sujet de s'exprimer avec raison, mesure et compassion. Comme s'il ne fallait pas en parler… Comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
N'ayons pas peur d'en parler car la seule réponse digne est celle de la clémence.

Les chiffres de l'avortement en France sont faciles à retenir : 1, 2, 3, 4.
1 avortement pour 2 femmes, pour 3 naissances, pour 4 conceptions. Le nombre d'IVG a augmenté de 6% en France entre 1990 et 1998 passant à 214 000, (étude DRESS du ministère de la solidarité)(1) l'un des taux les plus élevés d'Europe. Ces chiffres ne satisfont personne, y compris le gouvernement qui s'en émeut et interroge un expert, le Professeur Nisand. (2)
Malgré les réticences de celui-ci, le 4 octobre, le gouvernement propose au Conseil des Ministres un projet de loi prévoyant :
- l'allongement du délai légal pour avorter de 10 à 12 semaines 
- la suppression de l'autorité parentale pour les mineures 
- l'autorisation de faire de la propagande et de la publicité pour l'avortement 
- la suppression de la clause de conscience 

L'allongement du délai de 10 à 12 semaines
L'objectif est de réduire le nombre de femmes, quelques 5 000 par an, qui vont avorter dans d'autres pays d'Europe, une fois le délai légal dépassé en France. Mais " l'allongement du délai légal d'avortement divise les médecins de l'IVG " (3). 
Le Pr Nisand et les gynécologues expriment leur désarroi :
- la technique n'est plus la même : il faut d'abord " fragmenter " l'enfant et " il existe un peu plus de complications éventuelles qu'à 12 semaines. (3) " 
- à 12 semaines sont révélés des handicaps qui font craindre une dérive eugénique. 
- et pourquoi se limiter à 12 semaines, alors que les Pays-Bas vont jusqu'à 22 ?

La suppression de l'autorité parentale pour les mineures
Le projet de loi affirme d'abord que l'autorisation parentale doit rester la règle avant d'y déroger en permettant dans certains cas à la mineure de se faire accompagner par un adulte de son choix. 

L'autorisation de faire de la propagande et de la publicité pour l'avortement
Sans dépénaliser l'avortement Martine Aubry précise que " les sanctions pénales actuellement prévues dans la loi, et condamnant toute propagande en faveur de l'IVG sont non seulement devenues obsolètes mais surtout constituent un obstacle à la politique que nous souhaitons mener de prévention des grossesses non désirées (4) ".

La suppression de la clause de conscience
Le médecin peut refuser de pratiquer personnellement l'avortement mais s'il est chef de service d'obstétrique, il doit organiser l'avortement dans son service.  

" C'est une affaire de femmes "
Le résumé sur l'avortement tient dans ce slogan : " C'est une affaire de femmes ". Mais doivent-elles porter seules la responsabilité sociale d'une loi qui touche aussi les enfants, les parents, les médecins ? Un deuxième slogan pourrait corriger le premier. " C'est le choix des femmes ". En sommes-nous si sûrs ? " La femme peut avorter si c'est son choix, mais si elle avorte, c'est parce qu'elle n'a pas le choix. Obscur (5) " Comment l'oublier ? Les magazines féminins, au fil des témoignages, évoquent le cycle " pression - répression - dépression ". La pression, c'est ce " devoir contraceptif auquel toute femme est censée se soumettre durant près de trente-cinq ans.(6) " La répression, c'est la culpabilité de la femme qui avorte, parce qu'elle " n'a pas su gérer sa contraception…Dans cette utopie de l'efficacité qui repose sur les seules épaules féminines aucune place n'est faite à l'ambivalence du désir d'enfant, ou du désir de grossesse (6) ".
Il semble paradoxal que face au drame de l'avortement et à la détresse des femmes, la solution proposée est d'accroître le délai légal et donc de faciliter ce qu'on souhaiterait éviter.   

(1) Le Monde du 20.09.2000
(2)-Rapport Nisand - février 1999
(3)- Quotidien du Médecin 12.09.2000
(4)- Extraits du discours de Martine Aubry devant le comité de pilotage IVG-Contraception du 14.09. 2000
(5)- Elizabeth G. Sledzievski - Le Monde du 06.10.2000
(6)- Libération du 04.10.2000 

 

Diagnostic pré-implantatoire : jusqu'où ? 

Le 4 octobre la presse annonçait la naissance d'Adam aux USA. Conçu pour sauver sa grande sœur malade, il a été choisi parmi 15 embryons fécondés in vitro sur 2 critères génétiques : il n'a pas la maladie de sa sœur et il a un système immunitaire compatible avec elle. Une première qui relance le débat sur l'utilisation du DPI... Sans oublier cet autre couple, sourd muet, qui fait appel au DPI pour sélectionner un embryon… sourd, et éliminer les autres ! La norme est subjective…

  lettre mensuelle gratuite, publiée par la Fondation Jérôme Lejeune.
Directeur de la publication et Rédacteur en chef : Jean-Marie Le Méné 
Contact : Aude Dugast - 31 rue Galande  75005 Paris - Tél/Fax : 01.53.10.08.30 
adugast@fondationlejeune.org

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