Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité scientifique

N° Précédent

N°suivant

                                                                                                  N°11 : Novembre 2000  

Cellules-souches adultes : première application, en cardiologie

 

Tandis que les députés européens, après leur condamnation du clonage thérapeutique, se demandent s’ils ne vont pas faire machine arrière, la recherche sur les cellules-souches adultes bat son plein. Nous assistons à une course de vitesse entre les chercheurs sur le clonage et les pionniers de l’utilisation des cellules-souches adultes. Les succès obtenus pourraient conduire à rendre inutile l’utilisation d’êtres humains au stade embryonnaire.

Tandis que des équipes américaines parviennent à reconstituer in vitro du tissu myocardique à partir de myocytes inorganisés(1), le professeur Menasché à Paris montre que c’est possible in vivo.

D’après la presse, celui-ci a obtenu une culture de cellules-souches musculaires à partir d’un muscle squelettique et les a injectées sur un cœur atteint d’infarctus. L’injection a été faite dans la zone infarcie, c’est-à-

 

dire en plein tissu fibreux. Des indices sérieux, telle la tomographie à émission de positrons, révèlent que ces cellules se sont développées sur place et ont acquis les qualités contractiles du myocarde.

Depuis plus de dix ans, des essais ont été entrepris pour régénérer des organes en injectant des cellules prélevées sur des fœtus. La maladie de Parkinson, certains diabètes, la dégénérescence rétinienne sont les principales cibles de ces recherches. Mais, outre que l’utilisation de fœtus obtenus par avortement pose des problèmes éthiques, ces cellules au génotype étranger à celui du receveur sont l’objet de réactions de rejet.

C’est pourquoi on a envisagé le clonage embryonnaire afin de se procurer des cellules-souches histocompatibles. L’obstacle majeur est d’ordre éthique, car cela revient à créer des êtres humains pour servir de remède.

 

Cela n’a pas échappé au professeur Menasché. En effet, la tentative qu’il vient d’effectuer a demandé sept ans de préparation, au cours desquels il a commencé par une expérimentation sur l’animal en utilisant des cellules fœtales.

« C’était une démarche logique », dit-il lors d’un entretien à ‘Libération’, « puisque les premiers essais de ce type de greffe cellulaire avaient eu lieu dans la maladie de Parkinson. Mais, en discutant avec mes collègues, nous nous sommes rendu compte que cela posait des problèmes d’approvisionnement et d’éthique délicats : recueillir des cellules fœtales, ce n’est pas si simple… »

Cette première, illustre de façon concrète que les espoirs mis dans le clonage embryonnaire sont en passe de se trouver distancés par l’utilisation de cellules-souches adultes.

(1) -  M. McCarthy, Bioengineers bring new slant to stem cell research. Lancet 2000;356:1500

 

 

Dialogue biologique entre l’embryon et sa mère 

 

On attend avec impatience la publication du Professeur S. Mancuso qui sera présentée au Congrès « à l’aube de la vie humaine » organisé par l’Institut de gynéco –obstétrique à Rome.

L’embryon envoie des messages

Le Professeur Mancuso a déclaré dans la presse italienne qu’il a fait la preuve que l’embryon envoie dans la circulation maternelle bien des messages :

 - à partir du 14ème jour du cycle et donc dès les premières heures de sa vie et pendant la semaine où il parcourt la trompe et accomplit ses subdivisions cellulaires, il y aurait déjà transmission des messages biochimiques par « contact » avec les tissus où se meut l’embryon,
- au 20ème  jour du cycle, lors de son implantation dans « la dentelle utérine » l’embryon envoie l’ordre à l’ovaire maternel qui contient le corps jaune, de se maintenir en état et de décupler la production hormonale. Il envoie aussi un ordre pour la transformation de l’endomètre ; cette « moquette » vivante qui

 

 tapisse la cavité utérine, devient une membrane étanche, appelée « caduque » car elle sera éliminée avec le placenta après l’expulsion de l’enfant, lors de l’accouchement. 

L’embryon envoie des signaux

Il est de plus en plus certain (1) que c’est l’embryon lui-même qui contrôle son implantation par l’intermédiaire de l’hormone gonadrotrophine chorionique (HCG) et de facteurs de croissance apparentés à l’insuline (IGF de type 2) qui stimulent la réactivité de tissus maternels. Ces signaux que l’embryon envoie à sa mère soit par contact direct au niveau des tissus, soit par des messages hormonaux, sont déjà bien connus.

Pour le Professeur Mancuso, le dialogue est encore plus riche à partir du 35ème jour du cycle c’est à dire dans la semaine où la femme commence à savoir qu’elle est enceinte. L’embryon envoie dans la circulation maternelle des cellules qu’il dénomme « staminales », terme dont 

l’étymologie est celle de l’étamine des fleurs dont l’extrémité porte le pollen, lequel se déposera dans la nature pour féconder les mêmes fleurs porteuses d’un pistil.

Ces cellules s’implanteraient au niveau médullaire donnant naissance à des lymphocytes qui feraient souche et dont on retrouverait trace dans l’organisme maternel bien après la naissance de l’enfant. Ces lymphocytes porteraient un message capté par le système nerveux maternel à la manière d’un neuromédiateur.

Chose étonnante que cette empreinte que l’enfant laisse dans le corps de sa mère et qui donne envie d’avoir connaissance de cette passionnante publication...

 (1)- Geenen. Perrier d’Hauterive : « les marqueurs endométriaux de l’implantation, un nouveau dialogue paracrine entre l’embryon et sa mère »

Revue du praticien gyneco-obstétrique 15/120/2000

 

Avortement, naissance et handicap : le droit français

 

Handicap et préjudice

La vie d’un handicapé est-elle un préjudice ?

Le 17 novembre, l’Assemblée Plénière de la Cour de Cassation devra rendre un arrêt très attendu (et encore inconnu à l’heure où ces lignes sont écrites) relatif à la question du « préjudice de vie ». Ses parents font réclamer à Nicolas P., 17 ans, né lourdement handicapé (handicaps physico-sensoriels et mentaux) en raison d’une rubéole contractée dans le ventre de sa mère, une indemnisation au médecin qui avait conclu à tort que la mère était immunisée, alors que celle-ci avait fait part de son intention d’avorter si la maladie était diagnostiquée. 

Les parents ont été dans un premier temps indemnisés du préjudice causé  par  la sous estimation des risques liés à la rubéole. Ils demandent maintenant au nom de leur fils,

 

réparation du préjudice pour lui d’être en vie.

L’avocat général et l’avocat des médecins répondent à la question du préjudice pour l’enfant en s’appuyant sur l’article 16 du code civil qui assure « la primauté de la personne », « interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci » et garantit « le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie ». Par ailleurs le Conseil Constitutionnel avait érigé dans une décision de juillet 1994 « la sauvegarde de la dignité de la personne humaine » en principe à valeur constitutionnelle.

L’avocat général près la Cour, s’est vigoureusement opposé à ce que la naissance, même avec un handicap, puisse constituer en elle-même un préjudice (rejoignant en cela la jurisprudence du Conseil d’Etat).

Les difficultés juridiques

Quelle que soit cependant la décision de la haute juridiction civile, elle ne pourra que mettre en évidence les

 

difficultés d’interprétation du droit positif français. On ne peut manquer en effet d’observer :

- qu’il semble admis que les parents de Nicolas soient indemnisés du préjudice subi par un mauvais diagnostic ;

- que le dommage n’est pourtant pas constitué, d’évidence, par la naissance (la vie) mais par le handicap, dont ici l’erreur de diagnostic n’est nullement la cause ;

- que la loi prohibe l’eugénisme et affirme le respect de la vie tout en légitimant par ailleurs, au titre de l’IMG (Interruption médicale de grossesse), l’avortement des enfants atteints « d’une affection d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment  du diagnostic » ;

- que la vaccination préventive contre la rubéole n’est toujours pas systématique ;

- qu’il n’y a pas à rechercher nécessairement un coupable là où le risque devrait être pris en charge par la solidarité nationale.

 

 

La « Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne »

 

Dans le domaine des « droits de l’homme »  les Etats acceptent de s’autolimiter au profit d’institutions internationales, les droits définis acquièrent alors une force contraignante supérieure aux constitutions nationales.

 L’Union européenne travaille depuis plus d’un an, avec difficulté,  à se doter d’un inventaire de droits fondamentaux.

Ce nouvel instrument énumère tant des « droits » sociaux, que politiques, ou fondamentaux. Parmi ces derniers, qui nous intéressent plus particulièrement, l

 

la Charte a retenu divers principes apparemment classiques tels que la protection de la dignité de la personne (Art. 1), le droit à la vie de toute personne, l’interdiction de la peine de mort (Art. 2), ’interdiction de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (Art. 4), ou encore le droit à l’intégrité de  la personne (Art. 3). Pourtant, la définition de ces droits a soulevé maintes controverses. En effet, « toute personne a droit à la vie » ne signifie pas que « la vie est protégée dès son commencement », de plus, les personnes « à naître » ne sont pas protégées par cette disposition : autant de points qu’il a fallu préciser. La protection de 

« l’intégrité physique et mentale » de la personne entraîne quant à elle le respect de la volonté de la personne, l’interdiction des pratiques eugéniques, des « profits » tirés du commerce du corps humain et enfin du clonage reproductif. C’est certainement cette incertitude sur la définition de la personne qui est à l’origine de certains « demi-droits relatifs», qui permettrait d’interdire le clonage « reproductif » pour autoriser le clonage dit « thérapeutique », alors que dans la réalité, rien ne les distingue. La recherche d’un « compromis consensuel » a sans aucun doute gouverné la rédaction de la Charte.

  lettre mensuelle gratuite, publiée par la Fondation Jérôme Lejeune.
Directeur de la publication et Rédacteur en chef : Jean-Marie Le Méné 
Contact : Aude Dugast - 31 rue Galande  75005 Paris - Tél/Fax : 01.53.10.08.30 
adugast@fondationlejeune.org

Retour haut de page

Retour accueil Numéros parus