Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité scientifique
N°15 : Mars 2001
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Greffes de cellules embryonnaires et vérité médicale |
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La transplantation de neurones d’origine embryonnaire ou fœtale est présentée depuis plusieurs années comme une méthode de choix pour traiter la maladie de Parkinson(1) malgré les problèmes bioéthiques que soulève cette technique : elle nécessite en effet l’utilisation de 3 à 10 embryons ou fœtus pour le traitement d’un patient. Elle est d’autant plus discutable que d’autres techniques sont utilisables, efficaces et fiables comme l’électro-stimulation du noyau Vim du cerveau. Le New England Journal of Medecine (2), l’une des revues médicales les plus prestigieuses, publie des résultats portant sur 40 patients ayant subi des greffes de neurones. Il révèle l’apparition secondaire, après un à deux ans, de complications majeures liées à des mouvements anormaux et des troubles du tonus. Ces effets secondaires sont apparus chez un quart des patients du groupe greffé. Ils ont été suffisamment dramatiques pour que l’un des investigateurs confie au Herald Tribune : « C’était un cauchemar, d’autant que nous ne pouvions pas retirer les cellules greffées ». L’étude serait donc bel et bien un échec selon le Pr Marc Peschanski (Inserm 241) qui a participé aux 15 greffes réalisées en France. Cette technique interrompue en France risque également d’être arrêtée aux Etats-Unis. ù Où est la vérité médicale ?Dès 1993, certains scientifiques français ont déclaré que la technique décrite était inefficace. Pourtant d’autres équipes se proposent de réaliser aujourd'hui des études très voisines, en utilisant "des embryons issus d'IVG de 8 à 10 semaines post gestation dont les cellules du système nerveux central sont en cours de différenciation."(3) De même le rapport du groupe d'experts de l'Académie des sciences qui vient de paraître (cf. article suivant) continue de présenter parmi les recherches possibles celles sur les cellules fœtales...(1) : Génèthique n°3, mars 2000 (2) : New England Journal of Medecine 8/03/2001 - vol. 344, N°10 (3) : Rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques du 24/02/2000.
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L’Académie des Sciences et la recherche sur les cellules souches |
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Demandé par le Ministre de la recherche à l’Académie des Sciences le rapport sur les cellules souches vient de paraître(1). Les avancées de la recherche sur les cellules souches adultes pourraient remanier profondément les orientations des chercheurs. De fait, les publications se multiplient dans le monde sur ce sujet. Cela va-t-il obliger les scientifiques à considérer qu’il y a là un motif à revoir leurs perspectives au point de rendre inutiles ou moins urgentes les études sur l’embryon humain ? Le rapport de l’Académie tente de faire le point sur cette question. Cellules souches adultesPrésentes à l’état naturel dans de nombreux tissus, elles sont destinées à les régénérer en assurant le remplacement des cellules mortes ou altérées. Leur capacité de s’orienter vers des lignées diverses fait l’objet de recherches foisonnantes depuis deux ans. On a distingué les cellules souches selon qu’elles sont multipotentes, unipotentes, ou intermédiaires. Aucune n’aurait la totipotence des cellules souches embryonnaires. La source la plus intéressante serait la moelle osseuse, dont les cellules souches sont capables de s’orienter vers des destinées aussi variées que le sang, les vaisseaux, l’os et le cartilage, le muscle, le foie et même les cellules nerveuses. Les propriétés des cellules souches adultes ont déjà été utilisées en hématologie (moelle osseuse) et dans le traitement des brûlures (cultures de peau).Les tissus fœtauxCes tissus que l’on croit riches en cellules souches, ont été exploités dans la maladie de Parkinson, et en pathologie hépatique. Ils proviennent de fœtus avortés. Pour un traitement de Parkinson, il faut six fœtus. (cf. supra l’article : « greffes et vérité médicale »)Cellules souches embryonnairesLe rapport tente de montrer que ni les cellules adultes ni les cellules fœtales n’ont les qualités des cellules souches embryonnaires qui « placées dans des conditions de culture précises, ont la capacité de se différencier en cellules spécialisées correspondant à tous les tissus de l’organisme. (cœur, sang, neurones,... »). ComparaisonCertes, d’après le rapport, les cellules souches adultes ouvrent un vaste champ de recherche, mais les obstacles à franchir pour leur usage thérapeutique abondent : « Plusieurs obstacles compliquent l’étude des cellules souches tissulaires adultes en l’état actuel de nos connaissances : leur rareté, l’absence de marqueurs connus permettant de les purifier, notre ignorance des conditions de leur multiplication et de leur capacité à intégrer et à exprimer des gènes dans une perspective de thérapie génique. C’est dans ce contexte de recherche fondamentale que l’utilisation de cellules embryonnaires revêt toute son importance. »Le rapport constitue donc un plaidoyer pour la poursuite des recherches sur les cellules souches embryonnaires, dont les qualités « leur confèrent un avantage unique pour analyser les signaux qui dictent à une cellule souche sa spécification et pour caractériser les gènes qui sont activés en réponse à ces signaux. » Suit la mention de l’urgence obtenir enfin l’autorisation d’engager de telles études. Conclusion : 3 recommandationsLe rapport conclut sur les recommandations suivantes : - l’intensification de la recherche sur les cellules souches adultes qui, « fondamentale, urgente et essentielle, doit être financée en priorité. » Et de proposer deux axes de recherches privilégiés, l’analyse des cellules souches tissulaires humaines et l’utilisation des cellules souches adultes et embryonnaires des gros animaux. - le recours au modèle des cellules souches embryonnaires humaines multipotentes » qu’il considère « hautement souhaitable ». - enfin, « le développement de méthodes de clonage thérapeutique (transfert nucléaire) qui doit faire partie des objectifs expérimentaux des prochaines années. En effet, si se pose un jour le problème thérapeutique des cellules ES, celui de la compatibilité immunologique entre le receveur malade et les cellules ES se posera et devra être résolu. » Ainsi, l’Académie,
si elle donne la priorité à la recherche sur les cellules souches
adultes, recommande néanmoins l’utilisation de l’embryon et le
clonage humain. Comment ne pas s’interroger ?
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Une équipe de Hong-Kong a présenté dans The Lancet(1) un travail qui, selon elle, ouvrirait une nouvelle voie au diagnostic anténatal des maladies chromosomiques et en particulier de la trisomie 21, sur un simple prélèvement sanguin maternel. Cette étude a été conduite chez 3 femmes enceintes de bébés trisomiques 21 et 10 femmes attendant des enfants normaux. Il y avait des fœtus des 2 sexes. Le diagnostic de trisomie 21 avait été porté par amniocentèse par prélèvement de villosités choriales (du placenta). Les échantillons de sang maternel ont été prélevés selon les cas avant et/ou après le prélèvement de liquide amniotique ou de villosités choriales à 12, 15, 17 ou 21 semaines de grossesse (on effectue les prélèvement de villosités choriales entre 9 et 12 semaines d’aménorrhée et les amniocentèses entre 16 et 19 semaines d’aménorrhée.) Technique utiliséeOn prélève 6 ml de sang maternel ; après centrifugation, lavage puis fixation, les cellules contenues dans la fraction plasmatique sont analysées par hybridation in situ en fluorescence (FISH) avec des sondes moléculaires (on désigne sous ce terme des séquences d’ADN plus ou moins longues marquées avec des fluorochromes) spécifiques pour les chromosomes 21, 13, 18 ou Y. Pour chaque échantillon sanguin 500 cellules sont examinées au microscope.Les résultats- Dans le sang des 3 mères attendant un enfant trisomique 21 on trouve des cellules contenant 3 signaux pour le chromosome 21 ; ces cellules trisomiques 21 représentent 0,4 à 0,8% des cellules examinées. - Dans le cas du fœtus trisomique 21 masculin les cellules contiennent à la fois les 3 signaux du chromosome 21 et le signal du chromosome Y ce qui confirme que ces cellules viennent bien de l’enfant et non de sa mère. Le fait que l’échantillon sanguin ait été prélevé avant le prélèvement de villosités choriales indique que la présence de cellules fœtales dans le sang maternel ne découle pas du prélèvement de villosités choriales. - A titre de confirmation le sang de cette mère est examiné avec une sonde spécifique du chromosome 13 et on retrouve des cellules contenant 3 signaux du chromosome 21 et 2 signaux du chromosome 13. - De manière comparable le sang des 2 mères attendant des fillettes trisomiques 21 est étudié avec une sonde pour le chromosome 21 et une sonde pour le chromosome 18. - Enfin le sang des 7 mères attendant des enfants normaux est étudié avec la sonde pour le chromosome 21 et on ne retrouve chez elles aucune cellule contenant 3 signaux du chromosome 21. Pour les auteurs le fait d’utiliser des échantillons sanguins prélevés après amniocentèse ou prélèvement de villosités choriales n’augmente pas artificiellement le nombre de cellules fœtales dans le sang maternel car : - des études préliminaires n’ont pas montré de variation dans le contenu du sang maternel en cellules fœtales selon qu’il y ait eu ou non de geste invasif de diagnostic anténatal préalable. - l’ADN fœtal est éliminé très rapidement du sang maternel avec une demie vie de quelques minutes. - on a retrouvé dans le sang de 5 des 6 mères attendant un fœtus masculin des cellules contenant la sonde pour le chromosome Y avec une fréquence de 0,2 à 0,4% ; aucune cellule contenant la sonde pour le chromosome Y n’a été trouvée dans le sang des mères attendant une fille. Les auteurs
concluent que leur méthode a le mérite d’être simple et de ne pas nécessiter
de culture de cellules fœtales. Ils proposent donc de l’évaluer sur
une grande échelle en suggérant qu’elle pourrait être une méthode
d’avenir permettant la diminution de l’usage des méthodes invasives.
Il n’en reste pas moins que cette technique soulève de nombreuses
questions d’ordre méthodologique et scientifique et bien sûr éthique.
(1) : The Lancet 25/11/2000
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gratuite, publiée par la Fondation Jérôme Lejeune.
Directeur de la publication et Rédacteur en chef : Jean-Marie Le Méné
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