Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité scientifique
Quels traitements ?La
maladie de Parkinson est une maladie dégénérative du système nerveux
qui se manifeste le plus souvent après 50 ans par des tremblements et
une rigidité prononcée du corps vers l’avant. Cela provient d’un
petit groupe de cellules du cerveau (dites de la Substantia Nigra) qui
disparaissent pour des raisons encore obscures. Leur mort est
responsable de l’apparition de cette maladie. Un traitement qui tente
de remplacer la fonction de ces cellules (médicaments contenant de la
L-Dopa) est proposé mais se révèle insuffisant au bout de quelques
années d’évolution. L’idée de remplacer les cellules manquantes
par des cellules ayant des propriétés similaires (pouvant synthétiser
de la dopamine ou des cathécholamines) a été proposée depuis
quelques années par des groupes de recherche suédois et mexicains. Les
cellules utilisées provenaient du patient lui-même et étaient prélevées
dans les glandes surrénales du patient. En fait, il s’avère que ces
cellules ne supportent pas bien ce changement, n’ont qu’une durée
de vie limitée et ne sont que très modestement utiles du point de vue
thérapeutique. Les cellules embryonnaires C’est la raison pour laquelle des chercheurs suédois, américains et français utilisent
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maintenant
des cellules embryonnaires qui sont beaucoup plus robustes que les
cellules des surrénales. Pour réaliser ces greffes de cellules, les
chercheurs se procurent « des embryons issus d’IVG de 8 à 10
semaines post gestation et dont les cellules du système nerveux central
sont en cours de différenciation »(1). Ils dissèquent
la région du cerveau (mésencéphale) qui donnerait naissance aux
cellules de la Substantia Nigra et injectent ces cellules dans le
cerveau des patients concernés par des méthodes neuro-chirurgicales très
précises (stéréotaxie). « Le problème majeur est celui de
l’insuffisance quantitative du matériel humain face à la progression
de la maladie (6 000 nouveaux parkinsoniens chaque année).
L’implantation de cellules dans le striatum nécessite l’utilisation
de dizaines de fœtus pour chaque patient. »(2) Les
résultats obtenus étant trop maigres et d’autres types de recherche
étant en cours, il est exagéré de considérer l’utilisation de ces
cellules embryonnaires comme seul traitement possible. Intérêt et éthique ? Plusieurs
questions doivent être posées.
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chez
la patiente quelques jours avant l’IVG mais l’agent infectieux
d’une infection non-encore connue peut théoriquement être transmis
au patient receveur. 2)
Quel est l’intérêt d’une telle méthode lorsqu’une autre
technique de neurostimulation par voie neuro-chirurgicale est très
efficace et très bien tolérée ? En effet, la technique d’électrostimulation
d’une région du cerveau (noyau Vim du thalamus) développée par l’équipe
de Neuro-chirurgie de Grenoble semble en passe de devenir le traitement
de référence de la maladie de Parkinson. Malheureusement, la longueur
d’attente pour ce type d’intervention dépasse les 8 années à
Paris. 3)
Enfin est-il éthique d’utiliser, même à des fins thérapeutiques,
des fœtus de 8 à 10 semaines dont le système nerveux est déjà
organisé ? N’est-ce pas une tentative de rassurer et de diminuer
la culpabilité de la personne qui demande l’IVG en disant que
certaines cellules foetales seront utilisées à des fins thérapeutiques
? Ne risque-t-on pas de créer un “marché” de l’IVG ?
(1)
Rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix
scientifiques et technologiques du 24/02/2000
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Une protection relativeLes
propositions du Conseil d’Etat sur la révision des lois bioéthiques
(cf. son rapport du 25 novembre 1999) tendent à diminuer davantage la
protection de l’embryon. Selon le Conseil, les principes
n’obligeraient pas « à une protection uniforme de
l’embryon de la fécondation à la naissance, mais à une protection
graduelle adaptée à chaque moment du développement vital ».
Le Conseil d’Etat en tire les conséquences suivantes pour la création
des embryons ainsi que pour la recherche sur les embryons vivants ou
morts. Quels embryons ? ·
Actuellement la création d’embryons en vue de la recherche ou
d’expérimentations, comme à des fins industrielles ou commerciales,
est interdite, soit implicitement pour la fécondation in utero, par la
législation sur l’interruption volontaire de grossesse (elle
n’admet pas cette cause d’avortement), soit expressément pour la fécondation
in vitro (a.18 de la convention d’Oviedo sur les droits de l’homme
et la biomédecine, a. L. 152-2 du code de la santé
publique). Le Conseil d’Etat envisage néanmoins d’autoriser |
les recherches portant sur la fécondation qui pourraient conduire à la constitution d’embryons concerne les embryons vivants, les recherches ou études sont déjà admises dans certaines limites :sur la femme enceinte, si ces recherches ne présentent pas de risques sérieux et sont utiles (a. L. 209-4 du code de la santé publique). Le Conseil d’Etat ne propose pas de changements sur ce point, -
sur l’embryon in vitro, si l’homme et la femme l’acceptent par écrit.
Ces études à finalité médicale, entreprises après accord d’une
commission, ne doivent pas porter atteinte à l’embryon (a. L. 152-8).
Mais le Conseil d’Etat propose d’une part de supprimer cette dernière
condition et d’autre part d’interdire de transférer l’embryon
chez la femme.
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potentielle ».
Faisant état du traitement des maladies de Parkinson et d’Huntington,
le Conseil d’Etat propose donc d’appliquer ici un régime comparable
à celui des « résidus » ou « déchets »
opératoires et consistant à permettre des prélèvements à des
fins scientifiques ou médicales, avec droit d’opposition de la femme.
Ainsi on s’éloigne progressivement
de l’idée que l’embryon est un être humain. Vers quel équilibre ? Le Conseil d’Etat fonde ses positions sur la volonté de rechercher « un juste équilibre entre deux principes éthiques essentiels : le respect de la vie dès son commencement et le droit de ceux qui souffrent à voir la collectivité entreprendre les recherches les plus efficaces possibles, pour lutter contre leurs maux ». Il est à craindre que la collectivité ne sacrifie trop aisément le premier de ces principes au second. Bien que le Conseil d’Etat s’en défende, des considérations utilitaristes et économiques ne paraissent pas étrangères à ses propositions.
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Un « juste équilibre » ?Selon
le rapport du Conseil d’Etat, la sauvegarde du principe du respect de
l’embryon et son assimilation à une personne peuvent faire obstacle
à la lutte contre des maladies graves et contre la souffrance humaine.
Il faut donc trouver un « juste équilibre » entre ces deux
droits, à la vie d’une part et à la suppression de la souffrance de
l’autre. Cependant, ceux-ci sont-ils égaux ? Peut-on relativiser le
respect dû à la vie d’un être humain au profit du soulagement
d’un autre? Si on répond oui, il faut alors reconnaître que
l’embryon humain n’est pas l’objet d’un respect de principe, par
lui-même intangible. Une identité propreLa vraie question est la suivante: l’embryon humain est-il un être humain? Dès le moment de la fécondation, on est en présence d’un individu ayant son identité propre irréductible à celle de ses géniteurs. Il y a donc bien un être et non pas rien. Il n’y a pas d’intermédiaire possible. Cet être est-il humain ? Il n’est pas totalement indéterminé, il n’est pas pure indifférenciation. Au contraire, il est
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déterminé
qualitativement par son origine génétique. Ses géniteurs étant
humains, on peut être certain que lui-même l’est. Cet être (et non
pas rien) est donc humain. Un moindre mal ?Reste
la question de savoir si on peut utiliser ses cellules en vue de soigner
un autre être humain souffrant. Si cela
est moralement possible, comme le laisse entendre le rapport du Conseil
d’Etat, cela implique que l’on reconnaît la possibilité d’instrumentaliser
des êtres humains, de les considérer comme des matériaux malléables
en fonction d’un projet médical. Ce projet est librement poursuivi
par des chercheurs souhaitant soulager la souffrance de leurs patients.
On considère que c’est un moindre mal proportionné au résultat.
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élucider les échecs de la procréation, bref, c’est nier la médecine. Etant médecin, j’ai du mal à accepter cette façon de voir les choses. » On voit ici que le respect de l’embryon humain est relativisé : la médecine est saisie comme fin en soi. La liberté de recherche en vue de développer au maximum les possibilités technologiques s’érige en principe absolu. La volonté de soulager la souffrance des patients est un devoir médical, mais ne peut-on redouter qu’elle soit aussi utilisée par la science pour repousser les limites imposées par la reconnaissance du respect de l’être humain ? Pourtant, celui-ci, comme l’être, est absolu ou n’est pas. Ne
pas reconnaître à l’embryon un statut explicite « reviendrait
à créer une catégorie de sous personnes, de sous-sujets de droit. Ce
serait le retour à une situation disparue depuis l’abolition de
l’esclavage. »(1)
(1)
Rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix
scientifiques et technologiques du 18/02/1999
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| Le rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques du 24/02/2000 propose pour la première fois des alternatives à la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Il cite (II/3) les perspectives | très prometteuses d’une recherche sur les cellules souches adultes « dont on commence à entrevoir le très fort potentiel regénératif et, pour certaines d’entre elles la très grande plasticité. » Ces recherches ne sont pas moins prometteuses que celles sur l’embryon |
et ne soulèvent aucun problème éthique. Ce rapport donne par ailleurs
une intéressante présentation du clonage et de la thérapie cellulaire
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