Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité scientifique

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                                                                                                  N°3 : Mars 2000

Transplantations de neurones pour le traitement de la maladie de Parkinson

 

Quels traitements ?

La maladie de Parkinson est une maladie dégénérative du système nerveux qui se manifeste le plus souvent après 50 ans par des tremblements et une rigidité prononcée du corps vers l’avant. Cela provient d’un petit groupe de cellules du cerveau (dites de la Substantia Nigra) qui disparaissent pour des raisons encore obscures. Leur mort est responsable de l’apparition de cette maladie. Un traitement qui tente de remplacer la fonction de ces cellules (médicaments contenant de la L-Dopa) est proposé mais se révèle insuffisant au bout de quelques années d’évolution. L’idée de remplacer les cellules manquantes par des cellules ayant des propriétés similaires (pouvant synthétiser de la dopamine ou des cathécholamines) a été proposée depuis quelques années par des groupes de recherche suédois et mexicains. Les cellules utilisées provenaient du patient lui-même et étaient prélevées dans les glandes surrénales du patient. En fait, il s’avère que ces cellules ne supportent pas bien ce changement, n’ont qu’une durée de vie limitée et ne sont que très modestement utiles du point de vue thérapeutique.

Les cellules embryonnaires

C’est la raison pour laquelle des chercheurs suédois, américains et français utilisent

 

maintenant des cellules embryonnaires qui sont beaucoup plus robustes que les cellules des surrénales. Pour réaliser ces greffes de cellules, les chercheurs se procurent « des embryons issus d’IVG de 8 à 10 semaines post gestation et dont les cellules du système nerveux central sont en cours de différenciation »(1). Ils dissèquent la région du cerveau (mésencéphale) qui donnerait naissance aux cellules de la Substantia Nigra et injectent ces cellules dans le cerveau des patients concernés par des méthodes neuro-chirurgicales très précises (stéréotaxie). « Le problème majeur est celui de l’insuffisance quantitative du matériel humain face à la progression de la maladie (6 000 nouveaux parkinsoniens chaque année). L’implantation de cellules dans le striatum nécessite l’utilisation de dizaines de fœtus pour chaque patient. »(2) Les résultats obtenus étant trop maigres et d’autres types de recherche étant en cours, il est exagéré de considérer l’utilisation de ces cellules embryonnaires comme seul traitement possible.

Intérêt et éthique ?

Plusieurs questions doivent être posées.

1) Quelle est la sécurité sanitaire et virale pour le patient receveur ? En effet, des tests de détection virale sont pratiqués

 

chez la patiente quelques jours avant l’IVG mais l’agent infectieux d’une infection non-encore connue peut théoriquement être transmis au patient receveur.

2) Quel est l’intérêt d’une telle méthode lorsqu’une autre technique de neurostimulation par voie neuro-chirurgicale est très efficace et très bien tolérée ? En effet, la technique d’électrostimulation d’une région du cerveau (noyau Vim du thalamus) développée par l’équipe de Neuro-chirurgie de Grenoble semble en passe de devenir le traitement de référence de la maladie de Parkinson. Malheureusement, la longueur d’attente pour ce type d’intervention dépasse les 8 années à Paris.

3) Enfin est-il éthique d’utiliser, même à des fins thérapeutiques, des fœtus de 8 à 10 semaines dont le système nerveux est déjà organisé ? N’est-ce pas une tentative de rassurer et de diminuer la culpabilité de la personne qui demande l’IVG en disant que certaines cellules foetales seront utilisées à des fins thérapeutiques ? Ne risque-t-on pas de créer un “marché” de l’IVG ?

(1) Rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques du 24/02/2000 

(2) ibid - audition du Dr P. Brachet

 

 

 

La recherche sur l’embryon : médecine et droit

 

Une protection relative

Les propositions du Conseil d’Etat sur la révision des lois bioéthiques (cf. son rapport du 25 novembre 1999) tendent à diminuer davantage la protection de l’embryon. Selon le Conseil, les principes n’obligeraient pas « à une protection uniforme de l’embryon de la fécondation à la naissance, mais à une protection graduelle adaptée à chaque moment du développement vital ». Le Conseil d’Etat en tire les conséquences suivantes pour la création des embryons ainsi que pour la recherche sur les embryons vivants ou morts.

 Quels embryons ?

·   Actuellement la création d’embryons en vue de la recherche ou d’expérimentations, comme à des fins industrielles ou commerciales, est interdite, soit implicitement pour la fécondation in utero, par la législation sur l’interruption volontaire de grossesse (elle n’admet pas cette cause d’avortement), soit expressément pour la fécondation in vitro (a.18 de la convention d’Oviedo sur les droits de l’homme et la biomédecine, a. L. 152-2 du code de la santé publique). Le Conseil d’Etat envisage néanmoins d’autoriser

les recherches portant sur la fécondation qui pourraient conduire à la constitution d’embryons concerne les embryons vivants, les recherches ou études sont déjà admises dans certaines limites :sur la femme enceinte, si ces recherches ne présentent pas de risques sérieux et sont utiles (a. L. 209-4 du code de la santé publique). Le Conseil d’Etat ne propose pas de changements sur ce point,

- sur l’embryon in vitro, si l’homme et la femme l’acceptent par écrit. Ces études à finalité médicale, entreprises après accord d’une commission, ne doivent pas porter atteinte à l’embryon (a. L. 152-8). Mais le Conseil d’Etat propose d’une part de supprimer cette dernière condition et d’autre part d’interdire de transférer l’embryon chez la femme.

Quant à l’embryon mort, c’est à dire résultant d’une interruption de grossesse  - volontaire ou non -, il existerait un « vide juridique » à son sujet, du fait que la législation sur le prélèvement d’organes sur une personne décédée (a. L. 671-8) ne lui serait pas applicable, car le fœtus ne serait « qu’une personne humaine 

 

potentielle ». Faisant état du traitement des maladies de Parkinson et d’Huntington, le Conseil d’Etat propose donc d’appliquer ici un régime comparable à celui des « résidus » ou « déchets » opératoires et consistant à permettre des prélèvements à des fins scientifiques ou médicales, avec droit d’opposition de la femme. Ainsi on s’éloigne progressivement de l’idée que l’embryon est un être humain.

 Vers quel équilibre ?

Le Conseil d’Etat fonde ses positions sur la  volonté de rechercher « un juste équilibre entre deux principes éthiques essentiels : le respect de la vie dès son commencement et le droit de ceux qui souffrent à voir la collectivité entreprendre les recherches les plus efficaces possibles, pour lutter contre leurs maux ». Il est à craindre que la collectivité ne sacrifie trop aisément le premier de ces principes au second. Bien que le Conseil d’Etat s’en défende, des considérations utilitaristes et économiques ne paraissent pas étrangères à ses propositions.

 

 

Vivre sans souffrir : un droit absolu ? 

 

Un « juste équilibre » ?

Selon le rapport du Conseil d’Etat, la sauvegarde du principe du respect de l’embryon et son assimilation à une personne peuvent faire obstacle à la lutte contre des maladies graves et contre la souffrance humaine. Il faut donc trouver un « juste équilibre » entre ces deux droits, à la vie d’une part et à la suppression de la souffrance de l’autre. Cependant, ceux-ci sont-ils égaux ? Peut-on relativiser le respect dû à la vie d’un être humain au profit du soulagement d’un autre? Si on répond oui, il faut alors reconnaître que l’embryon humain n’est pas l’objet d’un respect de principe, par lui-même intangible.

Une identité propre

La vraie question est la suivante: l’embryon humain est-il un être humain? Dès le moment de la fécondation, on est en présence d’un individu ayant son identité propre irréductible à celle de ses géniteurs. Il y a donc bien un être et non pas rien. Il n’y a pas d’intermédiaire possible. Cet être est-il humain ? Il n’est pas totalement indéterminé, il n’est pas pure indifférenciation. Au contraire, il est

 

déterminé qualitativement par son origine génétique. Ses géniteurs étant humains, on peut être certain que lui-même l’est. Cet être (et non pas rien) est donc humain. 

Un moindre mal ?

Reste la question de savoir si on peut utiliser ses cellules en vue de soigner un autre être humain souffrant.

Si cela est moralement possible, comme le laisse entendre le rapport du Conseil d’Etat, cela implique que l’on reconnaît la possibilité d’instrumentaliser des êtres humains, de les considérer comme des matériaux malléables en fonction d’un projet médical. Ce projet est librement poursuivi par des chercheurs souhaitant soulager la souffrance de leurs patients. On considère que c’est un moindre mal proportionné au résultat.

Il n’est évidemment plus ici question d’un respect de principe. On est dans l’arbitraire de la liberté valorisant telle fin plutôt que telle autre. Selon Claude Sureau, président de l’Académie de médecine « refuser de toucher à l’embryon, c’est renoncer à améliorer les conditions de la fécondation in vitro, à

 

élucider les échecs de la procréation, bref, c’est nier la médecine. Etant médecin, j’ai du mal à accepter cette façon de voir les choses. » On voit ici que le respect de l’embryon humain est relativisé : la médecine est saisie comme fin en soi. La liberté de recherche en vue de développer au maximum les possibilités technologiques s’érige en principe absolu. La volonté de soulager la souffrance des patients est un devoir médical, mais ne peut-on redouter qu’elle soit aussi utilisée par la science pour repousser les limites imposées par la reconnaissance du respect de l’être humain ? Pourtant, celui-ci, comme l’être, est absolu ou n’est pas.

Ne pas reconnaître à l’embryon un statut explicite « reviendrait à créer une catégorie de sous personnes, de sous-sujets de droit. Ce serait le retour à une situation disparue depuis l’abolition de l’esclavage. »(1)

 

(1) Rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques du 18/02/1999

 

 

Les alternatives  

 
Le rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques du 24/02/2000 propose pour la première fois des alternatives à la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Il cite (II/3) les perspectives très prometteuses d’une recherche sur les cellules souches adultes « dont on commence à entrevoir le très fort potentiel regénératif et, pour certaines d’entre elles la très grande plasticité. » Ces recherches ne sont pas moins prometteuses que celles sur l’embryon

et ne soulèvent aucun problème éthique. Ce rapport donne par ailleurs une intéressante présentation du clonage et de la thérapie cellulaire .

http/www.assemblee-nationale.fr

 

 

  lettre mensuelle gratuite, publiée par la Fondation Jérôme Lejeune.
Directeur de la publication et Rédacteur en chef : Jean-Marie Le Méné 
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