Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité scientifique
Fusion des noyauxLa fécondation naturelle implique la fusion des noyaux des deux gamètes, l’un d’origine maternelle, l’autre d’origine paternelle. Par des techniques voisines de celles utilisées par le clonage, certains tentent actuellement1 de réaliser dans des ovocytes d’autres types de fécondation : fécondation d’un noyau femelle par un noyau femelle, fécondation d’un noyau mâle par un noyau mâle. |
Une empreinte parentale
Mais
chez les mammifères (à la différence des batraciens), au moment de la
méiose, des phénomènes épigénétiques différencient le génome mâle
et le génome femelle. |
Il
en
est de même pour l’ADN d’origine femelle. Cette « empreinte
parentale » rend impossible la procréation entre hommes (avec
l’aide d’un ovocyte féminin) ou entre femmes (sans aucune
intervention masculine) : la fécondation est ainsi forcément sexuée
chez les mammifères.
(1) :
Colloque biologie du développement, Embryon 2000 |
Les cellules souches adultesL’œuf
fécondé est doté de totipotentialité : il est capable de donner
naissance à l’ensemble des types cellulaires d’un organisme. Ces
propriétés perdurent un temps variable selon les espèces. Elles
caractérisent les cellules-souches embryonnaires qui sont utilisées
depuis une vingtaine d’années dans des modèles animaux, et dont des
lignées humaines ont été récemment établies (1998). Il
persiste chez l’adulte des cellules-souches tissulaires engagées dans
la production des différents types cellulaires d’un tissu donné :
les cellules-souches hématopoïétiques, qui renouvellent la population
des cellules sanguines, les cellules-souches nerveuses, qui peuvent générer
des neurones, des astrocytes et des oligodendrocytes, etc. Le
réveil de la totipotentialité Les
cellules différenciées étaient jusqu’il y a peu considérées comme
irréversiblement établies dans une fonction déterminée. La naissance
de Dolly a révolutionné ces vues. Placé
dans le contexte d’un cytoplasme ovulaire énucléé, un noyau de
cellule différenciée est capable de retrouver une totipotentialité de
type embryonnaire. Dolly ouvrait ainsi la voie du clonage, tant
reproductif que thérapeutique, avec les immenses questions éthiques
soulevées par ces perspectives. |
Le changement
d’orientation de cellules différenciées
Durant
l’année 1999, quatre expériences ont révélé que des cellules
souches tissulaires peuvent se réorienter dans d’autres directions à
condition d’être placées dans un environnement déterminé. Par
exemple, des cellules souches nerveuses adultes peuvent repeupler le
système hématopoïoétique d’une souris adulte irradiée et de
produire les cellules sanguines (Bjornson et al, Nature, 283, 534
(1999). L’expérience
suédoise Dans
le numéro du 2 juin 2000 de Science, une équipe suédoise rapporte une
série d’expériences montrant que des cellules-souches nerveuses de
souris possèdent un répertoire de différenciation extrêmement large
lorsqu’elles sont placées dans des conditions bien déterminées. Les
manipulations ont été pratiquées in vitro (culture des
cellules-souches nerveuses en présence de matériel embryonnaire) et in
vivo (injection de ces cellules dans la cavité amniotique d’embryons
de poulet, avant la gastrulation (1ere différenciation entre les 3
tissus) ou dans des blastocystes de souris, réalisant ainsi des animaux
chimériques). In vitro, les cellules-souches nerveuses se différencient
en tissu musculaire. In vivo, le répertoire de différenciation est
infiniment plus large. L’exemple le plus frappant est la formation de
cœurs normaux, constitués en majorité à partir de cellules souches
nerveuses. |
Vers une nouvelle thérapie
cellulaire ?
Ce
faisceau d’expériences va sans aucun doute mobiliser les efforts des
chercheurs pour essayer de comprendre les mécanismes moléculaires à
l’œuvre dans ces changements d’orientation et pour mieux les maîtriser.
Sur le plan éthique, ces découvertes modifient radicalement le statut
des possibles futures thérapies cellulaires. Elles suggèrent en effet
que le développement de cette voie que l’on espère thérapeutique
pourra s’effectuer sans recourir ni aux cellules–souches
embryonnaires humaines, ni au clonage thérapeutique. Il reste à la
philosophie à développer simultanément le principe
d’individuation
dans la perspective d’une interprétation des différentes situations
produites par le développement des sciences de la vie. Un tel développement
permettra en effet de comprendre la différence fondamentale entre un
clonage thérapeutique, qui appelle un nouvel individu à l’existence,
et la différenciation de cellules-souches tissulaires, qui ne sont que
des parties d’un individu donné.
Bibliographie 1-
D.-L. Clarke et al, “ Generalized Potential of Adult Neural Stem
Cells ”, Science, 288, 1660, (2000) 2-
Ph. Caspar, Penser l’embryon d’Hippocrate à nos jours, Paris,
Editions Universitaires, 1991 (seconde édition, Bruxelles, Lessius, décembre
2000) |
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Le
Collège Français d’Echographie Fœtale a réuni les praticiens français
de l’échographie anténatale en mai dernier pour étudier plus
particulièrement le diagnostic des malformations des membres. L’un
des thèmes abordés était clairement la montée des procès intentés
aux échographistes par des parents d’enfants nés malformés « malgré »
les échographies réalisées . Opposition de droits … Intuitivement
très sensibilisé à ce sujet, l’auditoire fut convaincu que le fond
du problème concernait in fine l’opposition entre le droit à la vie
de l’enfant et le « droit » des parents à l’avortement.
Le
problème est en effet redoutablement simple : la plupart des
malformations du fœtus décelables par échographie n’étant pas
susceptibles d’interventions utiles in utero, les parents viennent se
plaindre non pas d’avoir perdu une chance de traitement mais d’avoir
perdu la possibilité d’avorter.
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supplémentaire
censée freiner la dérive eugénique : « En outre, si
l’interruption de grossesse est envisagée au motif qu’il existe une
forte probabilité que l’enfant à naître soit atteint d’une
affection d’une particulière gravité reconnue comme incurable au
moment du diagnostic, l’un de ces deux médecins doit exercer son
activité dans un centre de diagnostic prénatal pluridisciplinaire ».
En résumé, en cas de diagnostic d’une malformation fœtale, les
parents de l’enfant à naître peuvent obtenir l’avortement de leur
enfant s’il y a une indication d’I.T.G. ou I.M.G. (« Interruption
Thérapeutique de Grossesse » ou « Interruption Médicale de
Grossesse ») par deux médecins dont l’un au moins doit
appartenir à ce qu’il est convenu d’appeler une « commission
pluridisciplinaire ». Le risque (de plus en plus souvent réalisé)
est donc de voir les parents d’un enfant né malformé se plaindre de
ne pas avoir pu profiter de cette voie et de ne pas avoir pu supprimer
leur enfant in utero. Deux
intervenants ont également expliqué que les réactions des parents
« plaignants » à la naissance d’un enfant malformé
tenaient moins à la malformation elle-même qu’au regard posé par
les parents eux-mêmes sur le handicap en général et à leur deuil non
fait du désir d’un enfant parfait. Les médecins responsables ? La
jurisprudence, si elle n’est pas encore explicitement fixée en ce
sens, s’oriente de plus en plus certainement vers l’accueil
favorable de plaintes de parents rendant les médecins au diagnostic
supposé insuffisant, responsables de la malformation de l’enfant.
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préjudice
allégué : le fait que le diagnostic ait été éventuellement
erroné n’est nullement la cause de la malformation de l’enfant.
Condamner de ce chef un médecin - ce à quoi tend donc la jurisprudence
- suppose ainsi d’admettre un double postulat, à savoir : -
techniquement, que le préjudice réside dans le fait de la naissance de
l’enfant malformé ; -
plus profondément, qu’il vaut donc mieux être avorté que né
malformé. Les échographistes inquiets…C’est
peu dire que les participants se sont montrés vivement choqués par ce
double postulat et atterrés à l’idée que des magistrats puissent
l’admettre sans sourciller ! Ce fut l’occasion pour nombre des
praticiens présents de dénoncer, entre autres points, les
dysfonctionnements des fameuses « commissions interdisciplinaires »
(grandes divergences de décisions d’une région à l’autre) mais
surtout, globalement, leur dérive eugénique. Ce
fut aussi l’occasion pour plusieurs, dont les responsables du Collège,
de dénoncer le rôle de « sélecteurs » (sic) eugéniques
qu’on tend ainsi à leur faire endosser et de s’inquiéter à ce
propos de la communication de leur profession vis-à-vis des médias.
Nombre de participants exprimait qu’ils n’avaient pas « fait
dix ans de médecine pour donner la mort ».
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