Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité scientifique

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                                                                                                  N°13 Janvier 2001  

 

Un département de recherche sur les cellules souches adultes 

Un centre de recherche

Le 1er janvier 2001, un département de recherche sur les cellules souches adultes a été créé à l’université catholique du Sacré Cœur de Rome.

Les recherches porteront sur les cellules souches du placenta et du cordon ombilical, dans la perspective de pouvoir les utiliser dans la régénération d’organes ou de tissus humains.

On savait que ces cellules obtenues après un accouchement étaient déjà capables de traiter des patients atteints de leucémies ou de lymphomes, grâce à leur étonnante capacité à régénérer les globules blancs, les globules rouges et les plaquettes. « Mais on a aussi montré expérimentalement que ces cellules souches peuvent régénérer des cellules hépatiques, musculaires et même, quoique les résultats soient plus ambigus, de système nerveux » déclare le professeur  Axel Kahn, directeur de l’institut de génétique moléculaire et membre du Comité national consultatif d’éthique. Mais ces cellules, se demande-t-il, auront-elles les mêmes potentialités et la même efficacité que les cellules souches embryonnaires ?

Une banque de cellules

Dans ce centre de recherche sera créée une banque de cellules souches de cordon ombilical. Ce sera la première en Italie, et l’une des premières en Europe.

Cette initiative veut montrer que, du point de vue scientifique et éthique, on peut faire progresser la recherche sans avoir recours au clonage et sans utiliser des embryons surnuméraires et des embryons créés uniquement dans un but « thérapeutique » comme cela pourrait effectivement se faire en France, avec les nouveaux projets de loi sur la bioéthique comme l’a laissé entendre Lionel Jospin.

Monseigneur Elio Sgreccia, vice président de l’Académie pontificale pour la vie et directeur de l’université catholique de Rome, souligne que les techniques d’utilisation de cellules souches extraites du cordon ombilical représentent un authentique progrès scientifique parce qu’elles « offrent une sorte de thérapie préventive et  constituent une recherche précieuse pour combattre certaines maladies mais surtout parce que ces techniques offriront davantage de possibilités de succès que celles basées sur l’extraction de cellules souches embryonnaires ».

Déjà en août dernier, au moment où la Grande Bretagne et les Etats Unis semblaient s’engager dans la voie du clonage thérapeutique, le Vatican avait manifesté son opposition à un tel projet, préférant mettre l’accent sur les travaux faits sur les cellules « bonnes à tout faire » prélevées notamment dans la moëlle osseuse chez un adulte.

Au total, toutes ces recherches sur les cellules adultes ou sur celles du placenta ou du cordon ombilical éloigneraient le risque de « réification » de l’embryon humain.

NB : La Chambre des Lords a voté le 22 /01/01 en faveur du texte gouvernemental autorisant le clonage « thérapeutique ».

 

Avancée décisive pour les cellules souches ?

Les cellules pluripotentes

Les cellules souches adultes sont pluripotentes et pourront être la source de multiples lignées cellulaires : cellules nerveuses, musculaires, sanguines, hépatique, etc.

Leur utilisation pose encore des problèmes pour deux raisons principales : leur rareté relative dans l’organisme et le fait que le nombre de générations cellulaires qu’elles sont capables d’engendrer est encore restreint. Concernant la rareté, dans le sang, par exemple, le nombre de cellules souches est d’environ 50 pour 1 000 000 de leucocytes. Leur aspect est extrêmement voisin de celui des monocytes et leur repérage est donc difficile. Concernant leur aptitude à la multiplication, il est possible de l’augmenter en les rendant immortelles mais au prix de manipulations génétiques complexes pas obligatoirement dénuées de tout danger. La solution la plus accessible mais la moins éthique est l’utilisation de cellules souches embryonnaires qui nécessite la production d’embryons, directement ou par clonage, afin d’obtenir des cellules ayant un fort pouvoir de reproduction mais perdant au fil des générations leur aptitude à se différencier.

Une découverte stupéfiante

Jusqu’à ce jour, il était impossible d’obtenir des cellules souches adultes à partir de cellules différenciées adultes : cette reprogrammation cellulaire paraissait absolument impossible. Il semblerait qu’une scientifique basée en Grande-Bretagne, Ilham Abuljadayel, ait réussi à franchir cet écueil tout à fait par hasard, en réalisant une culture de globules blancs mais en oubliant un réactif(1). Elle a alors eu la surprise de constater que les cellules étaient revenues à l’état de cellules souches. Elle a recommencé la manipulation qui est simple et rapide, et elle a obtenu le même résultat.

Un autre chercheur, le Pr Adrian Newland du Royal London Hospital Medical School convaincu par ses propres recherches que l’inversion du processus de différenciation semblait totalement impossible a pourtant confirmé ces résultats. La méthode de la chercheuse permettrait de produire des cellules saines à partir du sang du patient, en beaucoup plus grand nombre et plus rapidement que par d’autres méthodes.

Un brevet a été déposé par la société Tristem pour couvrir ce procédé.

Cette découverte rendrait les cellules souches adultes faciles et rapides à obtenir, rendant obsolète le clonage embryonnaire avant même sa légalisation en France. La société Tristem estime que les premiers essais sur les patients pourraient avoir lieu d’ici 6 mois. À suivre…   

(1) :  The Times 15/01/01

 

Clonage inter-espèces

Une technique classique

Encore des prouesses biotechnologiques, mises cette fois-ci au service de la sauvegarde des espèces animales en voie de disparition.

Début janvier était annoncée(1) la naissance de Noé, un jeune gaur, sorte de zébu originaire du sud est asiatique en voie de disparition. Sa particularité est de provenir du clonage d’une cellule prélevée chez un adulte gaur, et transférée dans un ovocyte de vache énucléé. L’embryon ainsi obtenu par une technique devenue classique a été transféré dans un utérus de vache, où il a poursuivi une gestation plus longue que prévue par rapport aux estimations, et supérieure à celle d’un veau. Il est malheureusement mort 48 heures après sa naissance d’une dysenterie. Cette nouvelle expérience a été reproduite avec d’autres animaux et montre qu’un clonage et une gestation inter-espèces est possible, même si les chercheurs estiment que le taux de réussite est plus grand quand les espèces sont voisines (chat du désert avec un chat domestique par exemple).

Des succès hésitants

Néanmoins, le clonage ne s’avère pas encore une technique de routine puisqu’il a fallu 692 tentatives de fusion cellulaire, pour obtenir 81 blastulas, et 8 gestations seulement dont 5 se sont interrompues spontanément. Rien n’est dit sur d’éventuelles malformations de ces clones avortés. On retrouve les difficultés déjà rencontrées pour les clonages de brebis ou de veau, lors de la fusion cellulaire, au moment de l’implantation, et après leur naissance.

Les avantages

L’avantage de cette technique est donc de disposer d’un réservoir 

d’espèces en voie de disparition, voire même disparues (comme la chèvre espagnole bucardo, dont le dernier représentant est malencontreusement décédé, écrasé sous un arbre, mais dont des cellules ont été conservées ) et de les réintroduire dans leur milieu naturel. D’autres souhaiteraient cloner des animaux de compagnie, ou des chiens guides d’aveugle particulièrement compétents, mais le clonage de chien et de chat se révèle encore peu efficace.

Enfin si la « résurrection » d’animaux morts depuis longtemps (comme le mammouth) est évoquée, elle semble plus problématique, compte-tenu de la dégradation de l’ADN…

(1) : Pour la science - N°279 janvier 2001

 

  lettre mensuelle gratuite, publiée par la Fondation Jérôme Lejeune.
Directeur de la publication et Rédacteur en chef : Jean-Marie Le Méné 
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