Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité scientifique

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                                                                                                  N°1 : Janvier 2000

Clonage reproductif ou Clonage thérapeutique ?

 
Embryon

De la fécondation à la mort, la vie d’un être humain est une évolution continue passant par différents stades : stade embryonnaire, fœtus, nouveau-né, enfant, etc. Le passage d’un stade à l’autre se fait sans aucune discontinuité pour la personne.

L’embryon est donc un être humain qui se développe du moment de la fécondation au stade suivant que l’on appelle fœtal. Il n’existe pas de stade pré-embryonnaire car à l’étape qui précède, l’être humain n’existe pas, seules existent deux gamètes (cellules reproductrices) : c’est leur fusion au moment de la fécondation qui marquera le début du développement d’un nouvel être humain.

Clonage et clonage 

Il existe plusieurs sortes de clonage : le clonage cellulaire et le clonage embryonnaire.

Le clonage cellulaire n’est pas appelé ainsi habituellement. Il s’agit de simples cultures de cellules différenciées comme on le fait pour la peau des grands brûlés. Cela ne pose aucun problème éthique.

Clonage embryonnaire 

Il se fait de deux manières principales :

Ÿ  Soit par scission gémellaire de l’œuf fécondé (splitting), qui permet d’obtenir plusieurs individus jumeaux, possédant le même code génétique. Cette technique a été utilisée récemment pour la guenon Tétra. Cela a été réalisé chez l’homme par Hall et Stilmann dès 1993 sans le consentement d’un comité d’éthique et sans réimplantation.

Ÿ  Soit en introduisant le noyau remis à zéro d’une cellule différenciée dans un ovule énucléé, formant alors une cellule totipotente capable de se multiplier comme un embryon : c’est le cas de Dolly. Quel que soit son âge, un donateur peut ainsi avoir des vrais "jumeaux" d’âges différents.

Clonage reproductif

Le but du clonage embryonnaire est soit de créer un clone identique au donateur mais d’âge différent, c’est le clonage reproductif (type Dolly), soit de produire du tissu totipotent parfaitement compatible avec le donateur en vue de réaliser des

greffes, c’est le clonage dit thérapeutique ou non-reproductif.
Affirmer que le clonage thérapeutique n’est pas reproductif est une erreur car il utilise dans les deux cas l’ovule d’une donatrice et crée un embryon ; la différence ne porte que sur la finalité de l’embryon. Le clonage dit thérapeutique est un clonage reproductif interrompu. S’il est accepté par le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) et le Conseil d’Etat, puis par la loi, pour permettre la fabrication de cellules ou d’organes de rechange, le clonage dit thérapeutique reposera sur le principe qu’un être humain peut être produit pour servir de matière première à un autre être humain. Peut-on se guérir à n’importe quel prix, « au prix d’un homme » ?

Une vraie réflexion sur le clonage n’est donc pas de rentrer dans la dialectique « clonage thérapeutique , clonage reproductif » puisque le principe du clonage est de « reproduire » un embryon, mais bien de s’interroger sur cette fascination narcissique de la reproduction du Même, rejet de l’altérité.

 

 

La thérapie génique : des succès isolés ?

 

Des succès isolés ?

Récemment, un groupe de chercheurs dirigés par le Pr Alain Fischer a employé des méthodes de thérapie génique pour traiter des enfants atteints de déficit immunitaire sévère. Ces enfants, n’ayant pas de système immunitaire efficace, étaient la proie des bactéries qui nous entourent, risquaient de mourir d’infections graves et étaient confinés dans des bulles stériles. La thérapie génique appliquée aux cellules défaillantes a permis à ces enfants de retrouver un système immunitaire normal. Ils ont pu sortir de leurs bulles pour retrouver la vie auprès de leurs parents.

Un autre espoir vient au regard du traitement de patients atteints d’hémophilie. Cette maladie entraîne de graves saignements et les patients doivent s’injecter de grandes quantités de facteur coagulant venant de donneurs sains avec les risques que l’on connaît. Des chercheurs américains travaillant avec la société Avigen ont montré au meeting Keystone (janvier 2000) que l’on pouvait traiter le déficit de la coagulation par une injection unique d’un vecteur portant le gène déficient. Les patients traités ont retrouvé une coagulation normale et n’avaient plus à s’injecter fréquemment le facteur de coagulation.

Ces bonnes nouvelles surviennent après que la thérapie génique eut été sous le feu de vigoureuses attaques pour le manque de résultats thérapeutiques probants (Marshall, 1995) .

 

Le nœud du problème

Si le principe de la thérapie génique est simple (injecter dans certaines cellules de petites parties d’ADN pour corriger les anomalies de l’ADN du patient), dans la perspective d’un rétablissement normal de la fonction d’un gène, plusieurs éléments sont nécessaires :

1. Des vecteurs susceptibles de transférer le gène normal dans le type cellulaire adéquat avec une grande efficacité.

2. Une expression du gène correspondant à un niveau normal dans les cellules adéquates.

3. Bien sûr, l’absence d’effets secondaires ou de pathologies induites par les manipulations géniques.

Il semble que les médecins envisagent les espoirs mais aussi les difficultés qu’offrent les techniques de thérapie génique, avec un optimisme raisonnable. Même si les progrès à réaliser sont encore gigantesques, on note une accélération du rythme des progrès des connaissances en biologie.

Ces progrès sont souhaitbles afin d’éviter que les généticiens ne soient tentés d’utiliser l’embryon dans la recherche pour « se refaire une virginité malgré les échecs persistants dans leurs promesses de thérapie génique », comme l’a rappelé le Professeur Testart.

 

Références bibliographiques:

1. Bordignon, C. A new chance for SCID gene therapy. Nat Med. 1998, 4:19-20.

2. Marshall, E. Gene Therapy's growing pain. Science 1995, 269:1050-1055.

3. Verma, IM, Somia, N. Gene Therapy - Promises, problems and prospects. Nature 1997, 389:239-242.

 

 

Diagnostic Pré-Implantatoire ou tri embryonnaire ?

 

En France, depuis août 1999, deux centres sont agréés en diagnostic préimplantatoire et la première grossesse après DPI vient d’être annoncée. Aucune information, aucune concertation, aucune réflexion avant cette date n’ont été proposées aux généticiens. Depuis, la télévision à partir de plusieurs émissions, n’a présenté que les avantages de cette technique déclenchant les appels de familles réclamant un diagnostic préimplantatoire plutôt qu’un diagnostic prénatal.

Qu’est-ce que le DPI ?

Il s’agit pour un couple non stérile, concerné par un problème de maladie génétique ou chromosomique, d’obtenir après fécondation in vitro, l’implantation d’un embryon certifié exempt de la maladie redoutée.

L’embryon « fabriqué » à partir d’un ovocyte et d’un spermatozoïde fournis par les parents, est contrôlé au stade de 8 cellules par prélèvement et examen d’une ou deux de ses cellules. Il est suivi de l’implantation intra-utérine de deux embryons au plus avec une chance de succès de 20 % de grossesse. Au cas où l’embryon fabriqué est trouvé porteur de la maladie, il est détruit.

 

Quels seraient les avantages  ?

Il est prétendu que ce procédé éviterait l’avortement thérapeutique en supprimant l’embryon atteint de la maladie avant sa réimplantation dans l’utérus.  

Qu’en est-il en fait ? 

1° Le DPI supppose le prélèvement de 6 à 10 ovocytes ce qui conduit à la procréation du même nombre d’embryons. Pour éviter un abortum, plusieurs embryons seront détruits car inaptes à la réimplantation dont certains avec un patrimoine génétique identique à celui de l’un des parents. Mais que faire des autres ? Que faire de l’embryon « porteur sain » (dans le cas de maladies récessives ou de filles dans le cas de maladies liées au sexe). La logique du système conduit à le détruire, ce qui constitue à proprement parler un acte de sélection eugénique.

2° Si l’implantation échoue (80 % des cas) un grand espoir est déçu. Le couple recommencera avec toujours seulement 20% de réussite… Sans oublier que ce procédé est complexe et coûteux (40 000 F par tentative).

3° Si l’implantation réussit, étant donné le peu de matériel pour réaliser le diagnostic génétique, il faut confirmer ce diagnostic en

anténatal par un prélèvement à 12 ou 16 semaines de grossesse avec 1 à 3 % de

risque de perte fœtale pour une grossesse aussi précieuse.

4° Des effets secondaires peuvent également apparaître, liés à la stimulation ovocytaire, car la femme est soumise à des doses importantes d’inducteurs de l’ovulation (apparition de syndrome dépressif par exemple).

 En conclusion 

Le fait que le diagnostic préimplantatoire éviterait l’interruption de grossesse est un mythe. On passe de l’avortement in utero à l’avortement in vitro. La promotion du DPI permet de s’affranchir du choix parental qui ne va pas toujours dans le sens de la sélection eugénique. Si nous rappelons qu’au début des techniques de fécondation in vitro les seules indications en étaient les stérilités féminines, puis les stérilités masculines, puis l’extension à toute stérilité inexpliquée même de courte de durée, comment ne pas être inquiet du développement anarchique et inapproprié de cette technique pour des couples non stériles puis du risque d’extension à des indications non médicales (choix du sexe par exemple) ? 

 

La Trisomie 21 : mieux comprendre pour mieux soigner

 
40 ans après la découverte du chromosome 21 surnuméraire par le Professeur Jérôme Lejeune, la trisomie 21 reste aujourd’hui la première cause de retard mental d’origine génétique.

 

Le numéro de novembre 1999 de la revue « Neurologies » présente une étude sur les surhandicaps peu connus ou originaux liés à la trisomie 21. Ce dossier coordonné par Vincent des Portes s’interroge sur la meilleure façon de traiter ces complications et d’orienter la recherche. 

  lettre mensuelle gratuite, publiée par la Fondation Jérôme Lejeune.
Directeur de la publication et Rédacteur en chef : Jean-Marie Le Méné 
Contact : Aude Dugast - 31 rue Galande  75005 Paris - Tél/Fax : 01.53.10.08.30 
adugast@fondationlejeune.org

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