Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité scientifique

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N°14 : Février 2001

Cellules souches cutanées

Une alternative au clonage thérapeutique impliquant la destruction embryonnaire réside dans la découverte et l’utilisation de cellules souches présentes dans de nombreux tissus adultes, mais à l’état quiescent. Une cellule souche a, par définition, la capacité de reconstituer tous les types cellulaires du tissu dont elle provient. C’est le principe des greffes de moëlle qui permettent à partir de cellules souches hématopoïétiques de reconstituer les différentes lignées cellulaires de ce tissu (hématies, leucocytes, plaquettes).

La peau est actuellement le seul tissu commercialisé, et très utilisé pour réaliser des greffes chez les grands brûlés.

Néanmoins, cette peau reconstruite par des techniques de génie tissulaire ne présente pas toutes les caractéristiques physiologiques de ce tissu, puisqu’elle est dépourvue de follicules pileux et sébacés. Une équipe française (INSERM- Yann Barrandon) vient de publier le résultat de nombreuses années de recherche (1), mettant en évidence, chez la souris, l’existence de cellules souches dans le follicule pileux. Ces cellules souches sont capables de se transformer en différents types cellulaires de la peau : cellules épidermiques, poils et glandes sébacées. Ces travaux attendus depuis des années ouvrent des perspectives importantes en recherche fondamentale, avec des applications en dermatologie et en cancérologie.

Par ailleurs, la peau constitue un tissu accessible à la thérapie génique, et il existe des espoirs raisonnables de soigner certaines maladies héréditaires de la peau, les troubles de la cicatrisation, les désordres systémiques et les cancers de la peau par ces techniques (2). Le transfert de gène dans ces cellules souches est donc une voie de recherche très prometteuse. Beaucoup de travail reste certainement à faire, tant dans la connaissance de ces cellules souches que dans les techniques de transfert de gène, mais ces travaux confirment le bien fondé de la poursuite de la recherche dans cette voie.

H.Oshima et coll. Cell-26 janvier 2001, vol 104. 

J. Vailly, et coll. Médecine et Science n°12,vol.16, décembre 2000.

 

 

 Le CCNE favorable au clonage humain  

L’embryon mis aux voix

Le 7 février, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu public son avis1 sur l’avant-projet de révision des lois de bioéthique. Cette révision était programmée pour 1999. Le retard déjà pris et celui qui est annoncé porteront le terme des travaux législatifs à 2003, soit dix ans après la première lecture des lois de bioéthique de 1994. Mis en délibéré, l’avis du CCNE a été adopté par 14 voix contre 12. Une petite majorité qui témoigne de l’embarras des experts de l’éthique officielle. Une majorité contraire à celle exprimée dans l’avis de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) adopté le 25 janvier.

Interdite par la loi de 1994, l’utilisation et  la production d’embryons pour la recherche seront autorisées, le CCNE y est favorable, non sans avoir pris la précaution de réaffirmer le « principe selon lequel la production à des fins de recherche d’embryons humains par fécondation in vitro est interdite ».

En effet, il est noté que « l’abandon du projet parental associé à l’absence de don aboutit inéluctablement à ce que ces embryons ne se développent pas, et à terme meurent ou soient détruits. Dans cette situation, leur permettre d’être inclus dans un projet de recherche à finalité thérapeutique peut constituer la manifestation d’une solidarité virtuelle entre les géniteurs, une vie appelée à ne point advenir et les personnes qui pourraient bénéficier des recherches ainsi menées ».

Ainsi, le CCNE approuve l’utilisation des embryons surnuméraires, dépourvus de projet parental, en tant que source de cellules-souches, ces cellules totipotentes qui offriraient des perspectives régénératrices prometteuses pour les malades atteints d’affections aujourd’hui incurables.

Ensuite, le CCNE propose une « mesure de bon sens » : l’évaluation des nouvelles techniques d’assistance médicale à la procréation s’avérant une obligation avant leur mise en œuvre, des embryons « seront inévitablement produits par fécondation in vitro dans le cours des procédures de validation » et ils devront être détruits. Il s’agit donc, précisément, de produire des embryons pour la recherche, en contradiction absolue avec le principe affiché.

Mais surtout, en plus des embryons surnuméraires, le comité d’éthique donne surtout son accord, pour la première fois, à l’utilisation d’embryons « issus du transfert d’un noyau somatique dans un ovule préalablement énucléé », c’est à dire à la création, à des fins de recherche, d’embryons humains issus de la technique du clonage. Le clonage humain est ainsi autorisé.

Au préalable, le comité « rappelle avec force qu’il maintient son attachement unanime à l’interdiction explicite du clonage dit reproductif ». Ensuite, il avoue que ses membres sont partagés mais qu’une majorité se dégage en faveur de l’autorisation du clonage dit thérapeutique. C’est à dire en faveur du clonage humain, car il n’existe pas de distinction entre deux types de clonages différents. Tout clonage, par définition, est reproductif, parce qu’il conduit à la reproduction d’un être humain embryonnaire, quelque soit l’intention du manipulateur d’en faire un médicament ou un concitoyen. Et quand bien même la loi de bioéthique interdirait de faire naître un enfant issu du clonage, qui sera jamais en mesure de faire respecter cette interdiction ? Déjà un chercheur italien, le Dr Antinori, a annoncé au mois de janvier, son intention de faire du clonage pour les couples stériles2. 10 couples sont déjà candidats…

Les arguments qui l’ont emporté en faveur du clonage humain ? La compatibilité immunologique entre les cellules du donneur et celles du receveur. Les promesses extraordinaires mais non prouvées, de la thérapie cellulaire embryonnaire. Un devoir de « solidarité » entre les malades et … les embryons (à leur corps défendant …). La crainte de diminution du stock des embryons gratuits. La mondialisation, la compétition internationale... A 14 voix contre 12, ces arguments ont prévalu. Ils étaient déjà largement dans la presse depuis des semaines. A 14 voix contre 12, les professionnels de l’éthique ont accordé à l’embryon « une vie appelée à ne point advenir ».

Quelques jours plus tôt, un autre avis sur le même sujet avait été rendu par la Commission nationale consultative des droits de l’homme. Cet avis  émettait trois objections  principales à la recherche sur l’embryon. Il se rangeait notamment à « une approche de précaution », estimant qu’il ne lui paraissait pas « qu’il soit absolument nécessaire, dès à présent, d’ouvrir de telles perspectives ». Cet avis a été beaucoup moins commenté.

On peut s’interroger : « mais qu’est-ce que la vérité sur l’embryon ? » Sans être expert du comité d’éthique, et sans risque d’être démenti, il est pourtant très facile de répondre avec certitude. L’embryon est la forme la plus jeune de l’être humain. Il est un membre à part entière de l’espèce humaine. Nous partageons avec lui une complète fraternité biologique. Il ne reste plus qu’à passer de cette fraternité biologique au respect du prochain. Il en va simplement de ce que nous sommes et de notre relation à l’Autre.

1- CCNE : Avis 67 sur  l’avant projet de révision des lois  de bioéthique.

2- Le Figaro 30/01/01 –   Quotidien du Médecin 29/01/01

 

 

Réflexions sur « Libération animale » de Peter Singer

L’éthique inhumaine

« Je ne pense pas que tuer un nouveau-né soit jamais équivalent à tuer une personne. » « Un mois me semble un délai raisonnable à accorder aux parents pour décider si leur bébé doit continuer à vivre. » « Un chimpanzé ou un cochon se rapproche bien plus du modèle d’être autonome et rationnel qu’un nouveau-né »1. Voilà le type de propos qui a valu à Peter Singer, professeur de bioéthique à Princeton, une renommée sulfureuse et une audience internationale. Pour Peter Singer, la vie humaine ne doit plus être considérée comme sacrée. Ceci est un vestige d’un âge théologique dépassé. Le critère de la moralité d’un acte humain est la juste appréciation des intérêts de chacun. Il s’agit alors d’évaluer la solution pratique dans laquelle la somme d’intérêts sera la plus grande. Comment un intérêt sera-t-il sélectionné ? En fonction des capacités propres à un être. Au premier rang de ces capacités il faut placer celle de ressentir du plaisir et de la souffrance. Or, comme Singer le reconnaît lui-même, privilégier un tel critère d’intérêt, c’est mettre sur un certain pied d’égalité l’homme et l’animal. Certes lhomme possède des capacités autres, telles que la conscience de soi, le désir de continuer à vivre, la faculté de parler. Mais ces capacités s’acquièrent progressivement, ce qui permet d’envisager des degrés de plus ou moins grande humanité selon le niveau de développement. On comprend dès lors que la vie d’un nouveau-né, non doué de la conscience de son existence et sans autonomie puisse être vue comme inférieure à celle d’un chimpanzé adulte capable de se débrouiller seul.

La pensée de Singer présente le très grand intérêt de dérouler jusqu’à leur terme ultime des principes anthropologiques et moraux que beaucoup partagent sans en assumer les conclusions. Tout repose sur une option fondamentale : l’homme n’a pas de valeur en soi. Celle-ci dépend d’une évaluation en fonction de critère d’optimisation de ses capacités. Dans une vision strictement matérialiste de l’homme, la réussite de sa vie est relative à certains états de développement corporel. Dès lors tous les états ne rendant pas possible la réalisation immédiate de ce qui paraît digne d’intérêt sont susceptibles d’être interrompus : vie fœtale, néonatale, comateuse très douloureuse. Le corps n’est vu que comme l’instrument disjoint d’un désir tout-puissant de bien-être. Ce dualisme oublie que tout corps humain vivant et quelque soit son développement est celui d’une personne humaine. Or celle-ci ne tient pas sa valeur de son efficacité à répondre à un objectif extérieur à elle. Tel est le cas, en revanche, de l’évaluation professionnelle dans laquelle une compétence touche le domaine des actes posés. Singer ne perçoit pas ce qui distingue un être de ses comportements. Il juge la valeur de la personne selon ce qu’elle peut réaliser. Or la dignité de la personne humaine n’est pas fondée sur sa liberté en acte, mais est intrinsèque à son être même dont elle n’est pas la source mais qu’elle reçoit. L’être est ou il n’est pas ; il ne connaît pas de degrés. Les divers états corporels que peut connaître une personne ne modifient donc en rien sa dignité intrinsèque, devant imposer un respect inconditionnel.

1- In La Recherche n°335 octobre 2000 p.110-111

 

  lettre mensuelle gratuite, publiée par la Fondation Jérôme Lejeune.
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