Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité scientifique

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                                                                                                  N°2 : Février 2000

Coup d’arrêt pour la thérapie génique ?


Une aventure scientifique

Depuis une dizaine d’années, de nombreux travaux expérimentaux ont permis de suggérer l’utilité thérapeutique soit de transfert dans des cellules d’un gène codant pour une protéine potentiellement thérapeutique (thérapie génique), soit d’injections ou de greffes de cellules (thérapie cellulaire). Après une période d’euphorie générale, l’application thérapeutique de ces nouvelles approches, y compris le transfert de gènes codant pour des facteurs trophiques, ou pour d’autres gènes, s’est heurtée à de sérieux problèmes et leur efficacité est loin d’être une réalité. Depuis quelques mois cette médecine émergente connaît de graves difficultés aux Etats-Unis où une enquête révèle 7 cas de décès suspects survenus au cours d’essais de thérapie génique.
Il faut sûrement se garder de l’analyse superficielle d’une aventure qui est d’abord scientifique et dont le cheminement et les retombées sont par définition non prédictibles. Cependant, une analyse critique de l’état des lieux pourrait relever par exemple le caractère prématuré de certains essais cliniques qui ont eu lieu sous la pression de la société, des associations des malades et des industriels, alors que les données scientifiques n’étaient et ne sont toujours pas suffisantes pour aborder l’étape des essais cliniques. 
A l’heure actuelle, parmi les rares maladies dans lesquelles la thérapie génique devrait
montrer une efficacité potentielle, il y a celles qui touchent la moelle osseuse. Dans la situation de cet organe, il suffit que le gène thérapeutique soit introduit dans une petite minorité de cellules qui les rendrait "beaucoup plus performantes". 
A ce jour, l’essai thérapeutique le plus prometteur est celui qui a été mené par l’équipe du Pr Fisher (Hôpital Necker) et qui concerne une maladie qui touche des cellules du système immunitaire produites par la moelle osseuse  (lieu où se renouvellent les cellules du sang). Ce qui est sûr, c’est qu’un tel succès serait la récompense d’un excellent travail scientifique prudent, lucide et déterminé. Dans la forme ayant fait l’objet des essais de thérapie génique, les chercheurs ont créé un modèle de souris reproduisant la maladie humaine et l’ont utilisé pour vérifier que la stratégie de thérapie génique qu’ils souhaitent mettre en œuvre chez les enfants malades était bonne : elle permettait en effet de guérir les souris. Ce n’est qu’alors dans une situation à priori très favorable, qu’ils ont entrepris leurs essais chez l’homme. 

 

Quels risques pour quel profit ? 

 

Cette démarche contraste radicalement avec celles qui ont été menées avec très peu de rigueur et de maturité scientifique et qui ont promis de guérir plusieurs maladies génétiques, le cancer, etc. La course aux profits stimulée par une médiatisation propagandiste a conduit à la réalisation précipitée de plusieurs essais de thérapie génique. La plupart des essais sont, à ce jour, des insuccès (pour rester modéré), et les accidents mortels qui ont été rapportés sont dus aux risques pris aux Etats-Unis au nom du progrès, du bien-commun et de l’intérêt économique des start-up. Mais ces erreurs américaines ne doivent pas remettre en cause la thérapie génique qui montre par ailleurs des signes très encourageants de réussite.

 

Des efforts substantiels

 

Cependant, malgré les acquis incontestables de l’idée de la thérapie génique, il apparaît de plus en plus clairement que des efforts substantiels restent à accomplir avant de transformer la thérapie génique des maladies géniques en une thérapie crédible pour le futur ; face aux démarches antiscientifiques, il est important de rappeler la nécessité de mieux réglementer les essais thérapeutiques tout en restant très attentif aux expériences abusives et peu rigoureuses. Par ailleurs, il est important d’insister sur la nécessité de poursuivre les efforts de recherche de thérapeutiques conventionnelles basées sur une meilleure connaissance des systèmes biologiques et physiologiques impliqués dans ces pathologies.  

 

 

 

Peut-on éviter les grossesses multiples ?

 

Une préoccupation majeure

La fréquence des grossesses multiples est devenue une préoccupation majeure des gynécologues accoucheurs comme des pédiatres. La cause principale est la stimulation ovarienne pratiquée pour combattre l’infertilité, associée ou non avec l’assistance médicale à la procréation (AMP). Une étude suédoise (The Lancet 6/11/99) comparant 5 856 naissances d‘enfants nés par FIV à 1 500 000 naissances pendant 13 ans a dénombré 27% de grossesses multiples dans le groupe FIV contre 1% dans la population générale. Le bilan FIVNAT (1991-1995) donne un taux de 44%.
Outre les inconvénients pour les parents, les grossesses multiples constituent pour les enfants un risque important de prématurité, de mortalité et de séquelles psychomotrices.
La prématurité dans l’étude citée atteint le taux de 30% après FIV contre 6,3% dans la population générale. Dans le bilan FIVNAT, on relève des taux de prématurité de 86,8%
pour les triplés, de 42 % pour les jumeaux et de 9,1% pour les uniques. Une récente communication fait état de 21,8% et 8,3%, ce taux paraît faible puisque, d’après le Quotidien du Médecin (QdM) du 10 février 2000 « les grossesses gémellaires auraient un taux de prématurité de cinq à dix fois supérieur à celui des grossesses uniques et que l’accouchement prématuré est quasiment la règle pour les grossesses triples et plus ».
La mortalité, d’après l’étude suédoise, est multipliée par 7 chez les triplés et par 5 chez les jumeaux. FIVNAT donne des chiffres voisins.
Les séquelles : la probabilité de survenue d’une infirmité « moteur cérébrale » est, d’après l’étude suédoise, 47 fois plus grande chez les triplés et 8 fois plus chez les jumeaux qu’avec un seul enfant.

Alors que propose-t-on ?

- Maîtriser le nombre des embryons transférés lors de la FIV : d’après le Quotidien du Médecin, J. de Mouzon indique que « le nombre moyen d’embryons transférés a été réduit en France à moins de 2,5 mais une réduction à 2 est possible et même souhaitable.
-
Maîtriser la stimulation ovarienne : d’une part par la loi, et d’autre part en contrôlant cette pratique par la technique, telle celle de la maternité Port Royal à Paris qui limite la maturation folliculaire à un petit nombre d’ovocytes. Pour Zorn (QdM) « la stimulation mono folliculaire est possible et permet d’éliminer pratiquement les grossesses triples ».
- Enfin sur une grossesse multiple par AMP la « réduction embryonnaire », c’est à dire la suppression d’un ou plusieurs embryons implantés, est présentée comme un des « remèdes », mais la mère et les soignants répugnent à recourir à cet expédient barbare et le Dr Cornet déclare, lors d’un récent congrès, « qu’il faut tout mettre en œuvre pour ne pas se trouver dans cette situation ».

 

 

Quelle protection pénale pour l’embryon ?

 

De récentes décisions de justice évoquées par la presse nationale posent de nouveau, sur le plan pénal, la question de la protection de l’enfant dans le sein de sa mère.

Coupables d’homicide involontaire ?  

Dans l’une des affaires, un médecin avait causé involontairement la rupture de la poche des eaux d’une femme enceinte, entraînant ainsi l’expulsion d’un fœtus âgé de 20 semaines environ. L’arrêt de la Cour d’appel de Lyon du 13 mars 1997 qui l’avait déclaré coupable d’homicide involontaire sur la personne de l’enfant a été cassé par la Cour de Cassation le 30 juin 1999.

Dans une autre affaire, une femme enceinte de 6 mois avait perdu son bébé dans un accident de voiture. Par un arrêt en date du 3 septembre 1998, la Cour d’appel de Metz a relaxé l’auteur de l’accident au motif que l’enfant mort-né n’était pas protégé pénalement. Mais un arrêt de la Cour d’appel de Reims en date

du 3 février 2000 a déclaré coupable d’homicide involontaire l’auteur d’un accident dans lequel une femme enceinte de 8 mois avait également perdu son bébé.    

Discussions juridiques  

La discussion juridique porte en réalité sur les mots d’homicide et de mort d’autrui qui figurent respectivement dans les articles 319 ancien et 221-6 nouveau du code pénal, étant observé que, selon l’article 111-4 du même code, sur lequel la Cour de Cassation s’est appuyée, "la loi pénale est d’interprétation stricte".

Or les conventions internationales et la législation française (art.16 du code civil notamment) proclament unanimement "le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie". Il est à noter que c’est sous le titre « des atteintes involontaires à la vie » que l’article 221-6 du code pénal réprime l’homicide involontaire. Mais pour que le délit existe, encore faut-il qu’il soit commis contre autrui, c’est à dire contre une autre personne. Or selon certains le fœtus ne serait qu’une partie des viscères de la femme et la personnalité ne serait reconnue qu’à l’enfant né, vivant et viable. L’embryon ne serait qu’"une personne humaine potentielle", "en processus continu d’hominisation" (rapport du Conseil d’État sur les lois de bioéthique, 1999). Mais à ceci il est répondu qu’il se noue, dès la conception entre la mère et l’enfant une relation à autrui.

Quant à la notion de viabilité, ses limites sont de moins en moins certaines et elle repose sur l’idée d’aptitude à la vie dont on peut redouter l’utilisation en matière d’eugénisme et d’euthanasie.

En bref pour qualifier les actes portés sur l’embryon humain on ne peut échapper à la question suivante : qu’est-ce  ou qui est l’embryon humain ?

S’il est indéniable que l’embryon humain est humain et que « c’est un être vivant, essentiellement distinct de l’organisme maternel qui l’accueille et le nourrit » (1) il semble souhaitable que la Cour de Cassation revienne sur sa position.

 

(1) déclaration des Médecins de France du 5 juin 1973  

 

 

  lettre mensuelle gratuite, publiée par la Fondation Jérôme Lejeune.
Directeur de la publication et Rédacteur en chef : Jean-Marie Le Méné 
Contact : Aude Dugast - 31 rue Galande  75005 Paris - Tél/Fax : 01.53.10.08.30 
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