Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité scientifique
N°4 : Avril 2000
« Une euthanasie
d’exception »
Le
Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) vient de se prononcer en
faveur d’une euthanasie d’exception et déclare dans le même texte
qu’« arrêter une vie ne pourra jamais être une pratique comme
une autre ». On le remercie de cette précision. Il fut déjà,
dans notre histoire récente, indiqué que l’avortement ne serait
pratiqué dans nos hôpitaux qu’afin de répondre à une situation
exceptionnelle. Il remplace aujourd’hui, avec l’agrément de la Sécurité
Sociale, la contraception dans un nombre de plus en plus élevé de cas.
Une telle dérive ne saurait épargner la pratique de l’euthanasie
dans une société au sein de laquelle la longévité s’accroît régulièrement,
et avec elle hélas les diverses dépendances, ce qui pèsera de plus en
plus sur le budget de la santé, d’où certaines tentations… Mais
avant de discuter le principe d’une telle mesure, exceptionnelle ou
non, on souhaite présenter ici quelques réflexions nées d’une
longue pratique de la cancérologie médicale. La volonté du patientSi en premier lieu la demande d’euthanasie est parfois présentée par le patient, apprenant le diagnostic d’une maladie grave, elle n’est pas renouvelée quand la situation vient à se détériorer. Du moins dans le cas où l’intéressé a perçu clairement que toutes ses chances lui ont été données, et plus encore qu’il a compté en tant qu’être humain pour l’ensemble de l’équipe soignante, qu’il a été réconforté, respecté et entouré. Ce qu’il demande alors c’est de ne pas souffrir, ce qui peut toujours être obtenu par une combinaison de soins locaux et généraux, auxquels il faut ajouter des mesures anti-dépressives.
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Il
demande de ne pas être négligé du point de vue de l’hygiène, ni du
point de vue relationnel, ni du point de vue des symptômes non
douloureux mais gênants. Et en outre, chose étonnante pour certains,
il demande d’être prolongé, tout en sachant la fin inéluctable et
proche 2. Et ce répit est mis à profit pour régler divers
problèmes, pour instaurer avec ses proches une relation parfois
nouvelle, pour revenir s’il y a lieu à une spiritualité négligée
et même pour témoigner sa reconnaissance à l’équipe soignante
toute entière. La demande
d’euthanasie
La demande d’euthanasie par le patient n’est faite et alors parfois réitérée, qu’en réaction à la négligence, ou à l’indifférence, ou à l’incapacité des médecins, à leur manque de compassion agissante et de formation. Dans la situation dont il est ici question, la maladie cancéreuse terminale, bientôt responsable d’un décès sur deux chez les gens âgés, la demande d’euthanasie faite par le patient n’est que la condamnation de pratiques inadéquates. La nature humaine
banalisée
Pourquoi y-a t- il parfois une telle pratique inadéquate ? La réponse qui a le plus de chance d’être la bonne est que la nature même de la vie humaine est occultée, banalisée dans la culture moderne. |
Le
corps est instrumentalisé. L’esprit est assimilé au fonctionnement
d’un ordinateur. Le
fait que, compte tenu de la diversité conjuguée des génomes et des vécus,
il n’y aura jamais deux humains identiques sur cette planète est méconnu.
Le
fait qu’il n’y ait pas de modèle plausible de l’émergence de la
vie, et à fortiori d’une vie consciente d’elle-même, capable de
comprendre et de modifier son environnement, de se savoir mortelle, de déléguer
à la science qu’elle construit ainsi qu’à la solidarité de ses
semblables le soin de reculer l’échéance, ce fait est tenu pour
contingent. conscience
et mesurer leurs responsabilités.
(1)
Professeur Emérite de Cancérologie, Membre de l’Institut. Article paru dans le
Figaro du 7-4-2000
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Quels
traitements ?
Les
personnes qui revendiquent l’euthanasie pour elles-mêmes ou (plus
souvent) pour les autres et celles qui s’opposent à l’euthanasie se
reconnaissent toutes dans le rejet de « l'acharnement thérapeutique ».
La ténacité est légitime : sans elle, pas de chirurgie moderne,
pas de cancérologie efficace … Mais
l’escalade thérapeutique que nous craignons tous pour nous-mêmes ou
pour nos proches, c’est cette médecine très efficace mais trop
technique, trop agressive, inhumaine, qui ne prend pas le temps de
s’interroger sur le sens et l’utilité de ses actes. La proportionnalité des
soins
Il
arrive pourtant inévitablement un moment où la science médicale ne
peut plus guérir. Il n’est alors en aucun cas question d’abandon
mais au contraire de combattre pour calmer les symptômes, pour donner
au malade et à ses proches vérité et écoute, pour accompagner et
soulager.
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implique
le respect du principe de proportionnalité des soins : ce
traitement, ce soin, cette proposition médicale faite au patient,
sommes-nous convaincus, patient et médecin, qu’elle apportera au
malade plus d’avantages que d’inconvénients ? Si non, nous
aurions non seulement le droit, mais sans doute même le devoir de nous
abstenir. C’est
souvent pour ne pas avoir respecté ce principe de proportionnalité des
soins que malade et médecin se trouvent dans des impasses qui vont
conduire l’un ou l’autre vers la demande d’euthanasie. Le
CCNE vient de rendre un avis dans lequel il rappelle la dignité du
malade, le devoir d’accompagner les mourants, la nécessité des soins
palliatifs et le refus de l’acharnement thérapeutique. Le CCNE
rappelle son opposition à l’euthanasie réalisée sans la demande ou
le consentement du malade ou de sa famille. Un appel au secours
Mais
le CCNE évoque la possibilité « d'exceptions
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d'euthanasie ».
Pourtant, il n’y a pas d’exception justifiant l’euthanasie. Il
n’est pas possible de justifier le meurtre, même sous le prétexte
que la victime l’aurait demandé. Le CCNE prétend qu’il existe
des demandes d’euthanasie qui ne correspondent pas à des appels au
secours. Ce n’est pourtant pas ce que l’on constate ni ce que nous
relatent tous ceux qui font des soins palliatifs. Par la demande
d’euthanasie, qui reste très exceptionnelle et labile, le malade
lance à son médecin le dernier cri qu’il peut lui adresser pour
traduire son désespoir, pour exprimer qu’il ne se sent plus reconnu
comme une personne. Si nous allons vers une dépénalisation de
« l'exception d'euthanasie », nous ne saurons plus demain
entendre en profondeur et en vérité le cri de souffrance de celui
qui ne voit plus que l’euthanasie comme réponse à sa peur et à sa
révolte. Nous ne saurons alors ni l’aider, ni l’accompagner mais
seulement étouffer son appel.
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Une constellation de gènes
"
Au commencement, il y a un message. Ce message est dans la Vie. Ce
message est la Vie ". C'est par ces mots que le professeur Jérôme
Lejeune résumait la génétique moderne. Ce message est une
constellation parfaite de 100 000 gènes, ou mots d'ADN, apparemment
perdus dans le génome humain, un océan de trois milliards de
lettres dont la plupart, placées sans ordre, ne nous sont pas
intelligibles. Les gènes dictent la structure des protéines, les
briques des cellules et du corps, tandis que le livre du génome humain,
par sa diversité, et son ordre parfait, orchestre et gouverne le corps.
En son sein, selon les différents états
du corps et des cellules, le ballet des gènes supporte la vie.
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Déclaration du 14 mars
En
des termes forts, le président américain Bill Clinton et le premier
ministre britannique Tony Blair ont conjointement déclaré le 14 mars
dernier que "le décodage de tout le génome humain, et de ses
variations, le
livre
dans lequel toute la vie humaine est écrite, appartient à chaque
membre de la race humaine." Ces mots font écho à la formidable
aventure scientifique et humaine qui, au prix d'un effort concerté et
mondial, a pour objet de décoder et rendre publique et accessible à
tous, l'ensemble de la suite des lettres de tout le génome humain.
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efforts
considérables aux fins de développer ce même savoir, mais pour des
motifs commerciaux. Protégées par des brevets, les lettres du livre ne
seraient plus librement accessibles aux chercheurs du monde.
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lettre mensuelle
gratuite, publiée par la Fondation Jérôme Lejeune.
Directeur de la publication et Rédacteur en chef : Jean-Marie Le Méné
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