Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité scientifique
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Ce récent essai mêle l’autobiographie intellectuelle – les chapitres III et VI évoquent la rencontre concrète de l’auteur avec le monde de la FIVETE et ses réactions quasi instinctives de psychanalyste – et une analyse sans concession des secteurs des sciences du vivant situés à l’intersection de la génétique (dans sa dimension prédictive notamment) et de la médecine de la reproduction. Au
centre du livre, on trouve le diagnostic lucide de la présence de
noyaux pulsionnels inconscients, tant individuels que collectifs, à
l’œuvre dans certaines des avancées technologiques les plus
spectaculaires. Dans une formule frappante, H. Atlan avait récemment
stigmatisé les perspectives de clonage thérapeutique comme « un
renouvellement des antiques pratiques de sacrifice humain ». Avec une
remarquable sûreté de jugement, Monette Vacquin met en lumière que le
mythe sous-jacent à la problématique de la FIVETE et ses multiples développements
est celui d’Œdipe et non pas celui de Prométhée :
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déployer
(…). Il l’explore au scalpel, l’œil rivé au microscope, dont les
merveilles lui masquent sa propre question. Incapable d’en formuler la
genèse, il met en pièces la généalogie. C’est une illusion,
naturellement…(p.42-43) Certes, et Monette Vacquin le sait bien, une dynamique de volonté de puissance est à l’œuvre dans le secteur des procréations médicalement assistées et de la réduction inconditionnelle de l’organisme vivant à la composition chimique de certains segments (les introns) de la molécule d’ADN. De ce point de vue, la référence aux mythes de Faust et de Prométhée se justifie parfaitement. Mais, et c’est la force de l’auteur, cette volonté de maîtrise et, corrélativement, les mythes qui l’expriment, ne sont pas premiers. Ce qui caractérise fondamentalement le monde des PMA, c’est à la fois qu’elles s’inscrivent dans une culture qui a perdu ses repères quant à son origine et qui, réciproquement, rend ambiguë l’apparition même de l’homme. A la racine de cette problématique, on trouve une irruption de l’angoisse oedipienne, celle qui s’empare du moi individuel ou du moi collectif lorsque, ne pouvant se situer clairement par rapport à leur moment initial, ils se trouvent aspirés dans le vertige d’un surgissement énigmatique. Ce silence ou cette nuit de l’origine autorise que tout un chacun joue en définitive tous les rôles : combien de fois le médecin ne s’est-il pas déclaré le père de l’enfant au terme d’une FIVETE réussie, lapsus révélateur ? Cette ambiguïté déstructurante rend compte de la pulsion épistémophilique – entendons par ce terme la quête d’une maîtrise conceptuelle et technologique de la transmission de la vie - perceptible dans ces pratiques. Elle explique l’agressivité et la violence du discours encadrant ces secteurs et présentes en cet âge prétendument scientifique. Mais, au 5èmesiècle avant Jésus-Christ déjà, Platon n’avait-il pas mis en évidence une violence analogue dans le discours des sophistes ? Et c’est en définitive cette question philosophique de fond, celle du rapport entre le
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langage et la vérité, qui gouverne Main basse sur le vivant : « Si
une catastrophe se produisit dans la décennie qui précéda le vote des
lois dites de bioéthique, elle fut avant tout langagière. C’est grâce
à des mots flambants neufs que les rationalisations furent prises pour
argent comptant, recouvrirent des motifs peu accessibles, grisèrent les
esprits.» Cette
même nuit des origines éclaire en dernier ressort le retour en force
de l’eugénisme, ce démon des démocraties occidentales à l’aube
du 20ème siècle et que l’on croyait à jamais relégué
dans les souvenirs de l’Histoire suite aux horreurs nazies. Après
tout, les Jugements de Nuremberg - tant celui des hauts dignitaires
nazis que celui des médecins criminels - et la Déclaration universelle
des Droits de l’homme (10 décembre 1948) ne devaient-ils pas
inaugurer une ère nouvelle, celle du « plus jamais cela » ?
Force est de constater qu’il n’en est rien et que la tension vers un
génome parfait, aussi utopique soit-elle, tend à remplacer
aujourd’hui la recherche d’une pureté de la race. Nous voici renvoyés
au mythe de Frankenstein, lequel sert de fil conducteur à la pensée de
Monette Vacquin. Mary Shelley avait laissé parler son génie de femme
pour rappeler, au soir des Lumières et du rationalisme triomphant, que
le mystère ultime de l’homme réside dans l’ordre du cœur, ou,
plus exactement, d’une soumission du règne de la raison à celui de
l’amour. L’un des effets secondaires des multiples
interrogations que suscitent aujourd’hui les programmes de maîtrise
de la transmission de la vie, de sélection des oeufs bien formés par
les techniques de diagnostic prénatal, de réduction du vivant à son
organisation génétique, sera peut-être de nous faire comprendre que
le ressort secret du roman de Mary Shelley, la révolte d’une créature
artificielle, ne s’enclenche que parce que Frankenstein se découvre
engendré sans amour
Ref :
M.
Vaquin, Main basse sur le vivant, Paris, Fayard, 1999.
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Parmi les analyses proposées, (on remarquera celle d’H. Atlan), la contribution de M. Delmas-Marty, juriste, “ Certitude et incertitudes du droit ” (pp. 67-97), est d’un niveau exceptionnel. Rarement sans doute, l’auteur a exprimé de manière à la fois technique, synthétique et claire ses intuitions les plus profondes ailleurs que dans ces pages. M. Delmas-Marty situe le problème juridique du clonage dans deux ensembles de notions évolutifs : les droits de l’homme et le crime contre l’humanité, tous deux apparus dans le contexte de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sur le fond, son analyse repose sur une compréhension du concept de dignité humaine, selon laquelle celle-ci n’est pas seulement celle de la personne, mais également celle de l’humanité tout entière. Cette conception n’est pas sous-jacente à tous les instruments internationaux. Elle n’apparaît pas expressément dans la Déclaration universelle des droits de l’homme (10 décembre 1948) ni dans les deux Pactes de 1966. En revanche, le Préambule de la Convention du Conseil de l’Europe sur les droits de l’homme et la biomédecine de 1996 affirme “ la nécessité de respecter l’être humain à la fois comme individu et dans son appartenance à l’espèce humaine ”. On comprend dès lors |
comment se structure la pensée de l’auteur. Le clonage sera envisagé sous un double point de vue, celui des droits de l’homme tout d’abord (et en ce sens, il constitue une atteinte à la dignité de la personne individuelle) et celui du crime contre l’humanité ensuite (et en ce second sens, le clonage constitue une atteinte à la dignité de l’humanité, car ce qui caractérise le crime contre l’humanité, “ c’est l’identité de la victime, l’Humanité ”, p. 89). Du point de vue des droits de l’homme, M. Delmas-Marty suggère de faire entrer l’interdiction du clonage dans le noyau dur des droits de l’homme. Ce dernier ne souffre aucune limitation, même temporaire, comme c’est le cas pour l’interdiction de la torture et des traitements inhumains et dégradants. Très lucidement, l’auteur rappelle toutefois le caractère problématique de la mise en œuvre de ce noyau dur, en examinant les procédures de recours (les instruments internationaux ne peuvent être invoqués qu’a posteriori), et en soulignant la faiblesse des sanctions. L’accent est mis sur le système européen, qui constitue, il est vrai, le système le plus développé sur le plan planétaire. Du point de vue du crime contre l’humanité – dont l’auteur souligne avec force qu’il ne fait encore l’objet d’aucune définition rigoureuse (pp. 81-88). Mais, comme le remarque M. Delmas-Marty, dans le cas des |
crimes contre l’humanité, dont
on ne
connaît que des listes énumératives, “ la valeur protégée
a d’emblée une dimension protégée. Et c’est sans doute là le
point commun aux divers interdits énumérés comme crimes contre
l’humanité. ” (p. 89). Mais, même si un tribunal pénal
international permanent a récemment été mis en place, il reste
beaucoup à faire pour établir une jurisprudence en la matière. Il y
a là trente pages à lire et à relire. Laissons la parole à M.
Delmas-Marty : “ En
somme, si l’on admet qu’en protégeant l’humanité, le crime
contre l’humanité tend à protéger, non pas l’espèce humaine
limitée à ses caractéristiques biologiques connues, mais l’humanité
telle que la notion s’est construite lors du processus
d’humanisation, c’est-à-dire la singularité de chaque être humain
et son égale appartenance à la communauté humaine, il serait alors nécessaire
de modifier le droit français et le droit international pour définir
comme crime contre l’humanité le fait de mettre en œuvre des
pratiques, “ aux larges dimensions ou systématiques ”,
tendant à organiser “ en connaissance de cause ” la
reproduction d’êtres humains par clonage. ” (p. 93)
Ref : H. Atlan, M. Augé, M. Delmas-Marty, R.-P. Droit, N. Fresco, Le clonage humain, Paris, Seuil, 1999
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L’annonce récente
(17/8/2000) d’un « feu vert britannique au clonage humain »,
qui ne serait pas reproductif mais thérapeutique, demande quelques précisions.
1°) Parler d’un clonage qui ne serait pas reproductif est fallacieux puisque la fonction même de tout clonage est d’être reproductif (production du même génome), contrairement à la procréation (génomes nécessairement différents). (cf Genethique 1)
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2°) La décision britannique ne contrevient ni à la déclaration de l’Unesco (nov. 1997), ni à la résolution du Conseil de l’Europe (janv. 1998) qui interdisent le clonage. Ces deux textes réservent en effet à chaque pays l’appréciation du début de l’être humain. Or, pour la Grande-Bretagne, l’embryon ne commence qu’à 14 jours. Avant, c’est un pré-embryon sur lequel l’expérimentation est possible. |
3°)
L’un des rares textes efficace contre le clonage est celui de l’Académie
pontificale pour la vie. Elle fonde sa condamnation sur une observation
scientifique essentielle : « dans le cas de l’être cloné,
nous sommes en présence d’un homme »1. (1)
Pontificia academia pro vita, Réflexions
sur le clonage, 25/6/1997
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