Précédent Lettre précédente Lettre suivante Suivant

La Lettre mensuelle Gènéthique de septembre 2009 - n°117

TRIBUNE SEPTEMBRE 2009 : Découvrez la tribune de Jacques Testart : "Quelques usages de l'embryon". Lire la tribune sur www.genethique.org 

Cellules souches embryonnaires et cellules iPS : où en est-on ?

Embryons : premier essai clinique
La Geron Corporation, compagnie leader en recherche sur les cellules souches embryonnaires, devait tester cet été le GRNOPC1, un produit à base de cellules souches embryonnaires traitant les lésions de la moelle épinière, sur 8 à 10 patients récemment atteints de paraplégie. Le traitement, administré dans les quinze jours après la lésion, devait permettre de régénérer la gaine de myéline.

Suspension par la FDA
Mais la Food and Drug Administration (FDA) a suspendu l’autorisation. Il semblerait que les expériences aient été reportées à une date ultérieure et non encore définie afin de réaliser au préalable de nouveaux tests sur l’animal : Geron s’était livrée à 24 études, menées séparément sur des souris et des rats mais il resterait pourtant des problèmes liés à la nature même des cellules souches embryonnaires, notamment une tendance à induire des tumeurs ou des dérèglements du système immunitaire. Pour Evan Snyder, neuro-scientifique dirigeant le centre de recherche sur les cellules souches de l’Institut Burnham pour la recherche médicale à San Diego, "les données pré-cliniques elles-mêmes ne justifient pas les essais cliniques". Notons par ailleurs que le prélèvement des cellules souches embryonnaires occasionne la mort des embryons et présente de ce fait de nombreux problèmes.

Cellules iPS et cellules adultes
En revanche, les études sur les cellules iPS et sur les cellules souches adultes connaissent des avancées positives. Ces techniques, que certains qualifient d’" alternatives" aux cellules souches embryonnaires, laissant croire par là même que la recherche sur l’embryon constituerait la norme en la matière, ouvrent des perspectives de recherche très prometteuses et ne faisant l’objet d’aucune réserve éthique.
Ainsi des chercheurs ont découvert un moyen d’améliorer la reprogrammation cellulaire. Ils se sont aperçus que le gène suppresseur de tumeur p53, surnommé gardien du génome, a pour rôle non seulement d’arrêter net les cellules en train de devenir cancéreuses, mais aussi de faire barrière à la reprogrammation des cellules adultes en cellules souches. Cela expliquerait pourquoi peu de cellules adultes se transforment en cellules iPS lors de la reconduction opérée par les scientifiques : deux des facteurs de reprogrammation employés sont en effet des oncogènes (Kif4 et c-Myc) risquant d’induire un cancer, ils activent donc le gène p53 qui bloque également la reprogrammation. En inactivant le gène p53, il serait ainsi possible d’obtenir une reprogrammation cellulaire 10 fois plus efficace, sans même recourir aux stimulants oncogènes. Les cellules iPS obtenues par ce moyen ont permis de donner naissance à des souris en bonne santé, capables de se reproduire. Néanmoins, le gène p53 étant un "gardien de la stabilité du chromosome", sa manipulation à visée thérapeutique doit être approchée "avec précaution", précise Konrad Hochedlinger (Boston, Etats-Unis) qui a participé aux travaux avec deux équipes espagnoles.
Dans le domaine de la recherche sur les cellules souches adultes, l’équipe de Kinarm Ko et Hans Schöler, de l’Institut de biomédecine moléculaire Max Planck (Münster), a réussi à transformer des cellules issues de testicules de souris en cellules souches pluripotentes uniquement en modifiant leurs conditions de culture. Placées dans un récipient qui leur laisse plus d’espace, les cellules mises en culture sont retournées d’elles-mêmes à l’état embryonnaire.
Par ailleurs, l’équipe de David Gamm, de l’Université Wisconsin-Madison, a réussi à créer différents types de cellules de la rétine à partir de deux types de cellules souches de peau.
Enfin, des chercheurs américains de la Mayo Clinic (Rochester) ont réussi à restaurer en quatre semaines la fonction et la structure du cœur de souris victimes d’infarctus par implantation de cellules iPS directement dans le muscle cardiaque. Jusqu’à maintenant, des modèles animaux avaient bénéficié de cette technique pour la maladie de Parkinson, la drépanocytose et l’hémophilie A.

L’objection de conscience des pharmaciens

Alors que l’Italie vient d’autoriser la délivrance du RU 486, Benoît XVI, à l’occasion du Congrès mondial de la Fédération internationale des pharmaciens catholiques réuni à Poznan (Pologne), a appelé les pharmaciens à faire valoir la clause de conscience contre la vente des produits qui portent atteinte à la vie humaine. "Le pharmacien ne peut pas renoncer aux exigences de sa conscience au nom des lois du marché, ni au nom de certaines législations complaisantes", a-t-il affirmé en rappelant que le gain économique devait être subordonné au respect de la loi morale.

Cet appel a été accueilli avec reconnaissance par une profession qui, en France, est la dernière parmi les professions de santé à se voir refuser le droit à l’objection de conscience. Celui-ci constitue cependant un "droit humain fondamental que, précisément en tant que tel, la loi civile doit reconnaître et protéger"1 en même temps qu’un devoir : "lorsqu’ils [les hommes] sont appelés à collaborer à des actions moralement mauvaises, ils ont l’obligation de s’y refuser"2. D’autant que l’admission de l’IVG "en ville" place désormais les pharmaciens en première ligne. "On comprendrait mal que le pharmacien d’officine, maintenant impliqué, soit le seul professionnel de santé à qui on ne reconnaît pas une telle clause", avait déclaré en 2002 le conseil central de l’Ordre des pharmaciens.

Au regard de la loi civile, les produits abortifs sont considérés comme médicaments et ne peuvent être délivrés que par un pharmacien, qui est tenu de les avoir en réserve. En cas de rupture de stock, il doit les commander, sans attendre la demande. Il est par ailleurs interdit au pharmacien de refuser à un consommateur la vente d’un produit ou la prestation d’un service, sauf motif légitime. La Cour de Cassation a rendu un jugement en 1997 selon lequel "les convictions personnelles ne constituent pas pour le pharmacien, titulaire du monopole de vente de médicaments, un motif légitime du refus de vendre…" Cette décision a été confirmée par la Cour européenne des droits de l’homme. Dans un décret du 2 octobre 2001, elle conclut que "dès lors que la vente de ce produit est légale, intervient sur prescription médicale uniquement et obligatoirement dans les pharmacies, les requérants ne sauraient faire prévaloir et imposer à autrui leurs convictions religieuses pour justifier le refus de vente de ce produit, la manifestation desdites convictions pouvant s’exercer de multiples manières hors de la sphère professionnelle". En cas de résistance à la loi, le Code de la consommation français prévoit une peine d’amende de 1500€ ou de 3000€ en cas de récidive.
Alors que les médecins, infirmiers et sages-femmes bénéficient d’un recours légal à l’objection de conscience, de telles sanctions manifestent à l’évidence une différence de traitement entre les professionnels de santé.

Caritas in veritate : la bioéthique, un enjeu crucial du développement humain intégral

L’encyclique Caritas in veritate, dans la tradition de la Doctrine Sociale de l’Église, nous invite d’emblée à prendre de la hauteur en proposant "l’amour dans la vérité" comme clef du développement humain intégral. Si ce document s’inscrit dans le prolongement de la doctrine constituée depuis Rerum novarum de Léon XIII (1891) avec Populorum progressio de Paul VI (1967), la constitution Gaudium et spes (1965) et Centesimus annus de Jean-Paul II (1991), et marque une insistance particulière sur l’apport de Popularum progressio, Benoit XVI, prenant acte des transformations du monde depuis plusieurs décennies, souhaite que le développement soit appréhendé aujourd’hui de façon multipolaire. Le développement vrai et intégral, fondé sur l’homme dans son intégrité est nécessaire, et des réalités aussi variées que la protection sociale, la protection des travailleurs, la culture, la lutte contre la faim, le respect de la vie, la liberté religieuse, y sont étroitement liées.

Du savoir à la sagesse
Les causes du sous-développement étant multiples, il invite à se libérer des idéologies pour examiner avec objectivité la dimension humaine des problèmes. Toutes les disciplines doivent collaborer et pour que le savoir devienne sagesse, il doit être guidé par l’intelligence de l’amour, car les exigences de l’amour ne contredisent pas celles de la raison, mais les prolongent. Les évaluations morales et la recherche scientifique notamment doivent croître ensemble. Le Pape rappelle que "l’élargissement de notre conception et de notre usage de la raison est indispensable" pour mener une réflexion nouvelle et approfondie et parvenir à une révision profonde et clairvoyante du modèle de développement. Il faut remarquer l’insistance avec laquelle au long des chapitres il appelle les hommes de bonne volonté à considérer que le progrès économique et technologique ne peuvent suffire à la promotion de l’homme et que "pour fonctionner correctement l’économie a besoin de l’éthique (…) d’une éthique amie de la personne" (n°45) qui ne saurait faire l’impasse sur la force morale et spirituelle de l’homme.

Un enjeu crucial
A plusieurs reprises et en des termes qui trahissent une réelle inquiétude, Benoit XVI évoque le respect de la vie "qui ne peut en aucun cas être disjoint des questions relatives au développement des peuples" (n°28). Les politiques de contrôle démographique "par les instances gouvernementales qui souvent diffusent la contraception et vont jusqu’à imposer l’avortement" dans les pays pauvres, et les législations contraires à la vie, privent les sociétés des motivations et des énergies nécessaires pour œuvrer au service du vrai bien de l’homme. "L’accueil de la vie trempe les énergies morales et nous rend capables de nous aider mutuellement". "Considérer l’augmentation de la population comme la cause première du sous-développement est incorrect, même du point de vue économique" (n°44). Le respect des droits et des devoirs en matière démographique est primordial pour permettre le vrai développement des peuples et celui-ci est en danger quand les droits de l’homme sont mis en délibération devant une assemblée de citoyens (n°43). Enfin au terme de l’encyclique, le Pape rappelle que la bioéthique est "un domaine primordial et crucial" de l’affrontement entre la technique et la responsabilité morale de l’homme (n°74). "C’est le lieu ou émerge avec une force dramatique la question fondamentale de savoir si l’homme s’est produit lui-même ou s’il dépend de Dieu." Devant la promotion des manipulations du vivant "on ne peut minimiser les scénarios inquiétants pour l’avenir de l’homme". "A la plaie tragique et profonde de l’avortement, pourrait s’ajouter à l’avenir, et c’est déjà subrepticement in nuce (en germe), une planification eugénique systématique des naissances". Or "prompts à se scandaliser pour des questions marginales, beaucoup semblent tolérer des injustices inouïes". "Tandis que les pauvres du monde frappent aux portes de l’opulence, le monde riche risque de ne plus entendre les coups frappés à sa porte, sa conscience étant désormais incapable de reconnaitre l’humain". "Face à ces problèmes dramatiques, la raison et la foi s’aident réciproquement. Ce n’est qu’ensemble qu’elles sauveront l’homme".


Suivant Vous pouvez télécharger cette Lettre au format PDF
 

©
Lettre mensuelle gratuite, publiée par la Fondation Jérôme Lejeune - 37 rue des Volontaires - 75 725 Paris cedex 15 - www.genethique.org - Siège social : 31 rue Galande - 75 005 Paris
Directeur de la publication : Jean-Marie Le Méné - Rédacteur en chef : Aude Dugast
Contact : contact@genethique.org - 01 44 49 73 39