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Livre-événement,
"L’affaire Jane Roe, histoire d’une manipulation" 1, raconte
comment la femme qui fut, malgré elle, à l’origine de la légalisation de
l’avortement aux Etats-Unis est devenue une des plus célèbres
porte-parole des pro-life.
L’arrêt Roe vs Wade
A 21 ans, Norma McCorvey, enceinte de son troisième enfant, pauvre et
paumée, devient la plaignante, sous le pseudonyme de Jane Roe, dans
l’affaire conduisant à l’arrêt Roe vs Wade. Rendue par la Cour suprême
le 22 janvier 1973, cette décision a, en déclarant nulle la législation
contre l’avortement en vigueur dans l’Etat du Texas, légalisé
l’avortement. L’avortement est désormais reconnu comme un "droit"
fondamental, induit par la Constitution, et ce nouveau "droit"
constitutionnel a force de loi dans tous les Etats qui, jusqu’alors,
étaient souverains sur le sujet.
Mensonges et manipulation
Norma McCorvey raconte comment elle a été utilisée par le lobby
pro-avortement, elle qui n’a jamais avorté et encore moins été violée,
contrairement à ce que lui ont fait affirmer ses avocats, pour apitoyer
les juges. "Sarah Weddington [son avocate, NDLR] m’avait
clairement fait comprendre, en un bon nombre d’occasions, que je n’étais
rien d’autre qu’un nom dans une action judiciaire. Seule Jane Roe
comptait pour Sarah ; la véritable Norma McCorvey ne présentait aucun
intérêt."
Dans une clinique d’avortements
Après l’affaire, Jane Roe devient directrice marketing d’une clinique
d’avortements, chargée de "vendre des avortements". Ici encore
les mensonges sont monnaie courante, à l’égard des patientes surtout,
sur les délais (plus la grossesse est avancée, plus l’acte coûte cher)
et la réalité même de l’avortement. "Nous les assurions qu’elles
avaient fait le bon choix, et que, bien sûr ce n’était pas vraiment un
bébé ; c’était juste un retard des règles." Le personnel de la
clinique aussi se ment à lui-même pour survivre dans "une entreprise
déshumanisante par nature". Ils trouvent refuge dans l’alcool et la
drogue qui leur permettent de fuir leurs actes : "vous voyez des membres
découpés, vous entendez les pleurs des femmes. Impossible de continuer à
vous mentir à vous même, du moins pas sans stimulation artificielle.
C'est pourquoi les drogues, l'alcool et les plaisanteries lourdes sont
si courants à l'intérieur des cliniques. Si nous restions sobres et si
nous ne nous moquions pas de nous-mêmes, nous en arriverions à nous voir
comme des monstres abominables prenant les petits bébés pour proie".
De la mort à la vie
Alors que la cause de l’avortement est sa seule raison de vivre ("je
vis, mange, respire et pense avortement"), l’installation voisine de
ceux qu’elle nomme les "terroristes" pro-life marque le début
d’une aventure intérieure et spirituelle qui conduira Norma McCorvey à
devenir la figure de proue du mouvement pro-vie américain. Sa rencontre
avec la fille d’une des militantes d’Operation Rescue, qui avait
failli être avortée, la bouleverse profondément : "c’était la
première fois que l’avortement se trouvait personnalisé. Je ne voyais
plus l’avortement comme un moyen pratique de traiter "les produits de la
conception" ou "des règles en retard". Au lieu de cela, l’avortement
représentait le "droit légal" de mettre un terme à la vie d’un enfant
aussi précieux qu’Emily. Cette jolie petite-fille aurait pu être tuée
légalement sans aucune sanction, ai-je pensé - et tout cela était de ma
faute". Sans effacer tout ce qu’elle a fait pour obtenir et
conserver la légalisation de l’avortement, elle s’engage alors dans le
combat pour la vie.
En changeant de camp, Norma McCorvey mesure la force de la haine. Elle
note ainsi la différence de comportement des médias à son égard : "auparavant
quand j’étais Jane Roe, plaignante dans l’affaire Roe contre Wade,
j’étais en quelque sorte le chouchou des médias. (…) Maintenant
j’étais "Norma McCorvey, chrétienne extrémiste", l’ennemie".
L’arrêt Doe vs Bolton
Promulgué le même jour que l’arrêt Roe vs Wade, l’arrêt Doe vs Bolton,
en définissant la santé de la femme de manière vague, levait les rares
restrictions mineures mentionnées dans Roe. "Du jour au lendemain,
l’avortement était devenu légal partout, pendant les neuf mois de
grossesse – pour pratiquement n’importe quelle raison – grâce à Jane Roe
et à Mary Doe." Plaignante dans l’affaire conduisant à l’arrêt Doe
vs Bolton, Sandra Cano a un parcours assez similaire à celui de Norma
McCorvey : manipulée elle aussi, elle n’a jamais voulu avorter.
Le 23 mars 1997, toutes deux désavouent publiquement leur rôle dans "la
tragédie de l’avortement". Ensemble, elles se battent pour renverser
les arrêts qui portent leurs noms. "Notre manière de nous y prendre
c’est de montrer que la vie et les droits des femmes n’ont ni progressé,
ni augmenté, mais qu’ils ont au contraire été détruits par l’avortement
sur demande. Nous rassemblons des témoignages destinés à être produits
en justice, de femmes que l’avortement a meurtries, de femmes qui sont
convaincues que le vrai féminisme est pro-vie, et de professionnels qui
savent que Roe a affaibli le tissu moral du monde judiciaire et médical."
Aujourd’hui, seul un changement du rapport de force au sein de la Cour
suprême rendrait, ad minima, aux Etats la faculté de légiférer
sur l’avortement. Plusieurs Etats s’apprêtent à défier cette
jurisprudence en promulguant des lois restreignant ou interdisant
l’avortement, de telle sorte que la Cour suprême, saisie par des
particuliers ou des associations pro-choix contestant ces lois, puisse
rendre un arrêt contraire à celui de 1973. 
1- Norma McCorvey,
L’affaire Jane Roe, histoire d’une manipulation, éd. de l’Homme
Nouveau, octobre 2008
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