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La technique de reprogrammation
La technique de "reprogrammation" développée initialement par Shinya
Yamanaka, puis corroborée par Rudolf Jaenisch et James Thomson (v.
Gènéthique n° 96), est très intéressante. Ceci dit, il s'agit d'une
recherche qui ne prétend à aucune application clinique dans son stade
actuel, et qui nécessite encore bien d'autres explorations, en
particulier pour clarifier le mécanisme par lequel les quatre facteurs
de transcription individués par Yamanaka agissent pour déterminer la
totipotence. Les résultats divergents de Thomson (lui inclut Nanog dans
ses facteurs) montrent que la question ne se résout pas simplement avec
l'isolement de quatre "facteurs magiques". Ce sont les mécanismes mêmes
de l'instauration de la totipotence qui doivent être explorés, et ceci
permettra peut-être ultérieurement de se passer du transfert génétique
par vecteur rétroviral (Yamanaka) ou lentiviral (Thomson). Le grand
mérite de cette recherche est qu'elle montre de façon claire la
possibilité de la reprogrammation cellulaire, ôtant ainsi l'obstacle
éthique de la nécessaire destruction de blastocystes pour obtenir des
cellules embryonnaires (ES). Son autre grand mérite est justement
d'inviter les scientifiques à explorer davantage les mécanismes de la
totipotentialité.
Les objections
Curieusement, on a peu souligné que les résultats de Yamanaka-Thomson ne
résolvent qu'en partie le problème posé par une éventuelle application
clinique des cellules ES : demeure le risque cancérigène, qui
nécessitera la mise en oeuvre de techniques efficaces d'élimination des
cellules ES non différenciées ; il reste aussi le problème d'un contrôle
effectif de la différenciation de ces cellules.
En revanche, on a souligné le risque que fait peser l'emploi de
l'oncogène c-Myc comme agent de totipotentialité par Yamanaka.
Depuis, Yamanaka a montré que l'on pouvait se passer de c-Myc, et
Thomson ne l'emploie pas. Donc cette objection, pesamment posée par R.
Lanza, a trouvé sa réponse.
L'objection soulevée par Debi Vinnedge (Children of God) à propos
de l'utilisation des cellules Plat-E par Yamanaka (cellules 293T
modifiées, initialement préparées dans les années 70 à partir de cellule
rénales fœtales venant d'un fœtus avorté) est intéressante, mais
ne peut être réellement prise trop au sérieux dans l'état actuel des
recherches, puisqu’il ne concerne que la technique de "packaging" des
rétrovirus employés pour le transfert de gènes et n'est certainement pas
au centre du protocole de Yamanaka. Nous n'en sommes pas au stade
clinique. Il est bon toutefois de signaler aux chercheurs que, s'ils
veulent être parfaitement respectueux de l'éthique, ils devraient
s'abstenir d'utiliser comme cellules de "packaging" des vecteurs des
lignées cellulaires dérivées de fœtus avortés. En fait, les techniques
disponibles pour les transferts de gènes sont multiples, et là n'est pas
le problème.
Efficacité de la méthode
La vraie question est celle de l'efficacité de la méthode (moins de 1%
des cellules sont reprogrammées). Même en utilisant le biais du gène
résistant à la néomycine pour développer sélectivement, en culture, les
cellules iPS, celles-ci sont plutôt rares, ce qui pousse d'ailleurs
Yamanaka à vouloir développer une banque de ces cellules (mais alors on
retrouve les problèmes de rejet immunologique que la technique de
Yamanaka permettait de résoudre si les cellules iPS étaient utilisées
chez le patient donneur des fibroblastes initiaux). Là encore la
recherche sur les mécanismes de la totipotentialité devrait permettre
d'obtenir une technique bien plus efficace.
Conclusion
En conclusion, c'est une recherche à soutenir sans oublier les cellules
souches adultes et les cellules de sang de cordon ombilical, qui ont une
application clinique immédiate. Il reste encore beaucoup de travail à
faire avant de penser à une application clinique des cellules iPS. Il
faut enfin rappeler le caractère non éthique de l'utilisation par
Yamanaka des cellules Plat-E et 293T, dérivées initialement d'un fœtus
avorté, comme "lignées cellulaires d'encapsidation" (packaging) des
vecteurs rétroviraux. 
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A l’occasion de la diffusion du téléfilm, le 3 décembre 2007, "Marie
Humbert, l’amour d’une mère", la polémique rebondit avec le
témoignage d’Hervé Messager, kinésithérapeute de Vincent Humbert.
Le témoignage du kinésithérapeute
Hervé Messager a soigné Vincent Humbert pendant deux ans au centre
héliomarin de Berck-sur-Mer. Il affirme "qu’à partir d’un fait réel,
on a brodé tout ce qu’il fallait de douloureux, de souffrance […]
pour faire passer une idéologie". "On a manipulé complètement la
vérité et l’opinion", souligne-t-il dans un message envoyé à tous
les parlementaires et diffusé sur le site de l ‘association SOS Fin de
vie. "Pourquoi avoir tué Vincent ? Il avait encore plein de choses à
vivre […]. Il blaguait, il riait. On a menti sur plein de choses
pour justifier l’acte final. On a dit qu’il était aveugle : certes, il
voyait très mal, mais il voyait ; on a fait croire qu’il avait mal : il
n’avait mal nulle part." Hervé Messager reconnaît que Vincent
passait par des phases de découragement et de peur mais qu’il savait
aussi être gai.
Sous influence ?
Marie Humbert semble avoir été influencée par des associations
militantes du ″droit de mourir″. Vincent n’était pas tétraplégique,
comme on l’a affirmé, mais il avait une double hémiplégie, ce qui
signifie que son cortex était atteint et ses facultés intellectuelles
très diminuées. Comment alors aurait-il pu écrire une lettre au
Président Jacques Chirac ? "Il ne savait pas utiliser la langue
française avec une telle subtilité. Derrière ce qui était dit de la
réalité indéniable de son état, je découvrais des sophismes qui ne
pouvaient venir de lui, comme le rapprochement entre le droit de grâce
présidentiel et la revendication d’un droit à la mort." Il est
également improbable qu’il ait pu écrire le livre qu’on lui prête,
précise Hervé Messager.
Médecin ou vétérinaire ?
Dans son livre "Pour tous les Vincent du monde" (1),
Marie Humbert réclame l’insertion dans le code pénal de l’exception
d’euthanasie. "Comme me le disait si souvent mon fils quand il me
suppliait d’accéder à sa demande, lorsqu’un chien agonise, on le
transporte chez le vétérinaire qui se charge de mettre fin à son
calvaire." La proposition de loi dite "loi Vincent Humbert"
s’inspire de la législation belge : "là-bas, les gens n’ont plus peur
de mourir depuis que cette loi a été adoptée puisqu’ils sont sûrs de ne
pas avoir à souffrir inutilement…", avance Marie Humbert. Qu’en
est-il alors du climat de confiance qui doit régner entre le malade et
le personnel soignant dont le rôle est aussi de les soutenir dans les
moments de découragement ?
Parallèle avec l’IVG
On retrouve chez Marie Humbert, ou ceux qui tiennent sa plume, les mêmes
arguments et erreurs que ceux invoqués il y a 35 ans pour réclamer la
légalisation de l’avortement, en prétendant que l’euthanasie est déjà en
France une réalité qu’il est urgent d’encadrer : Marie Humbert affirme
que "dans les services de réanimation, la moitié des patients meurt
après décision de limitation ou d’arrêt de soins actifs et l’on peut
estimer qu’une proportion de 10 à 20% de ces décisions médicales sont
des injections avec intentionnalité de décès". Sur les 180 000
malades qui meurent chaque année en France dans un service de
réanimation, elle insinue donc que 9 000 à 18 000 personnes seraient
déjà victimes d’une euthanasie active… Plutôt qu’accepter la
généralisation sournoise, elle réclame donc que la loi prenne en compte
les cas extrêmes "où le devoir d’humanité ne saurait s’assimiler à un
geste criminel". On se souvient que, devant l’Assemblée Nationale,
le 26 novembre 1974, Simone Veil s’écriait : "nous ne pouvons pas
fermer les yeux sur les 300 000 avortements qui chaque année mutilent
les femmes de ce pays". Une estimation raisonnable de l’INED situe
ce chiffre d’alors entre 40 et 60 000… 
1. Pour tous les Vincent du monde -
Une histoire d’amour, Marie Humbert, Ed. Michel Lafont, Août 2007. |
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Accompagner jusqu’au bout
Comment accompagner un être cher jusqu’à la mort lorsque l’on sait, lui
le premier, qu’il est atteint d’un mal incurable ? Avec sensibilité et
délicatesse, Elise Gagnet raconte plusieurs fins de vie à travers son
expérience quotidienne d’infirmière dans un service de soins palliatifs.
Sans tabou, avec humour parfois et une grande humanité, elle aborde
toutes les questions qui naissent au cours de cette période douloureuse
et, à travers ces chroniques, répond aux questions des malades, des
familles et des soignants.
La mort apaisée
Offrir aux patients le confort maximum pour leurs derniers instants,
effacer la douleur, leur donner le temps, si précieux à la fin, de dire
adieu, de faire la paix avec eux-mêmes et avec leurs proches, promet une
mort plus apaisée.
Le soutien d’une équipe
Il faut de la force pour supporter autant de douleurs, de deuils au
quotidien. Il faut aimer la vie doublement et vouloir en faire profiter
les patients jusqu’au bout. La solidarité et le dialogue au sein de
l’équipe soignante sont plus qu’ailleurs fondamentaux, pour ne jamais
laisser une infirmière seule face à ses propres angoisses, sa propre
frayeur devant la mort. Ici, les traitements sont décidés par toute
l’équipe médicale. Psychologues, aides-soignantes, infirmières, tous
sont là pour aider le médecin à choisir le traitement le plus adapté et
la meilleure façon de l’administrer.
Envie de mourir ?
Si Elise Gagnet évalue à un sur trois, les patients qui ont exprimé,
dans des moments d’intense douleur ou d’angoisse, leur envie de mourir,
si certains supplient : "faites-moi une piqûre pour que je meure…",
elle témoigne que le rappel de l’interdit, de la légalité, est un moyen
d’amorcer le dialogue avec le patient, de le pousser dans ses
retranchements. La demande finit toujours par disparaître quand la
personne est soulagée physiquement et psychologiquement. "Ce n’est
pas la peur du gendarme qui me retient de donner la mort, mais la
conviction profonde qu’il y a d’autres solutions."
Quand le contact humain prime sur la technique, au delà de la thérapie,
offrir son temps et sa patience aide les familles exténuées par une
prise en charge lourde et difficile. Il est possible de rendre à l’homme
sa dignité ultime. Ce livre lumineux en est le témoignage.

1 – La mort apaisée – Chronique
d’une infirmière en soins palliatifs, Elise et Michaëlle Gagnet, Ed.
de la Martinière, Octobre 2007.
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www.genethique.org
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