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Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité bioéthique

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N°100 - Avril 2008

L’équipe de Gènéthique est heureuse de vous adresser le 100e numéro de sa Lettre mensuelle. En 8 ans, Gènéthique s’est imposé comme une référence en matière de bioéthique. La Lettre mensuelle compte plus de 19 000 abonnés ; 9 000 personnes reçoivent quotidiennement une synthèse de l’actualité bioéthique et le site www.genethique.org enregistre 60 000 visites par mois en moyenne.

 


Les lois de bioéthique votées en 1994 et révisées en 2004, feront l’objet d’une nouvelle discussion en 2009. Quelles sont les réflexions en cours et les évolutions prévisibles ?

Loi cadre
Au cours de la journée d’auditions publiques, organisée le 29 novembre 2007 à l’Assemblée nationale pour préparer cette révision, certains ont plaidé pour l’adoption d’une loi cadre fixant les grands principes régissant les problématiques bioéthiques et instituant des agences indépendantes chargées de délivrer ou non les autorisations. Ces organisations ayant un rôle jurisprudentiel, il est à craindre que le débat démocratique sur les nouvelles pratiques biomédicales ne soit confisqué : les décisions sur ces enjeux majeurs de société seront prises par un groupe confidentiel d’"experts". L’exemple de l’Agence de la biomédecine - qui autorise des recherches sur l’embryon, alors que les conditions posées par la loi ne sont pas réunies ; qui vient de permettre, discrètement, dans 5 hôpitaux, le prélèvement d’organes sur cœur arrêté (et non en cas de mort cérébrale) – devrait suffire à appeler à la grande prudence quant au pouvoir conféré à ce type d’agence.

Recherche sur l’embryon
L’article L.2151-5 de la loi de 2004 autorise, pour cinq ans, par dérogation à l’interdit de principe posé par la loi, la recherche sur l’embryon humain et les cellules embryonnaires humaines. Ce décret du 06/02/06 soumet cette recherche à deux conditions : celles "d’être susceptible de permettre des progrès thérapeutiques majeurs" et "de ne pouvoir être poursuivie par une méthode alternative d’efficacité comparable".
Admettant que le bénéfice thérapeutique de la recherche sur l’embryon - largement mis en avant afin d’obtenir l’approbation de l'opinion publique - n’est à ce jour ni démontré, ni démontrable, certains, dont Marc Peschanski, préfèrent désormais parler de recherche fondamentale et plaident pour que la prochaine loi autorise cette recherche sans "condition thérapeutique". Comment ne pas souligner le glissement sémantique qui est en train de s’opérer et qui, comme l’a répété Claude Huriet, président de l’Institut Curie et membre du Comité international de bioéthique, change profondément la nature du débat ?
D’autre part, la deuxième disposition devrait aussi être modifiée, au vu des dernières avancées réalisées avec les cellules souches adultes et issues du sang de cordon (cf. Gènéthique n°96).
Chef du service de génétique médicale de l'hôpital Necker (Paris) et conseiller du président de la République, le Pr Arnold Munnich estime lui que libéraliser davantage la recherche sur l’embryon ne donnerait aucun essor puisqu’aucun progrès thérapeutique n’en est au fond espéré.
Logiquement, il reste donc deux solutions : soit prolonger le moratoire actuel, soit revenir en arrière, c’est-à-dire interdire toute recherche sur l’embryon. Pour autant, une vraie pression s’exerce en faveur d’une légalisation.
L’enjeu ici est de taille car autoriser sans condition la recherche sur l’embryon ferait naître une triple injustice : premièrement par rapport aux embryons eux-mêmes livrés aux paillasses ; deuxièmement par rapport aux patients trompés et délaissés, l’argent étant investi dans des recherches non thérapeutiques et troisièmement par rapport au grand public qui, pris en otage, sera complice d’une transgression qu’il a permise en croyant, à tort, qu’elle accélérerait la guérison des malades.

Diagnostic préimplantatoire (DPI)
Quelques mois à peine après que la Grande-Bretagne ait autorisé le recours au DPI pour sélectionner des embryons qui ne présentent pas de prédisposition au cancer du sein et de l’ovaire, la mission dirigée par le Dr Dominique Stoppa-Lyonnet (Institut Curie, Paris) a publié, le 9 avril dernier, son rapport sur les champs d'utilisation du DPI. Actuellement, en France, le recours au DPI est possible pour diagnostiquer sur les embryons les pathologies "d'une particulière gravité" et "incurables au moment du diagnostic". De fait, cela concerne des maladies dont on est certain qu'elles toucheront les enfants porteurs des gènes défectueux. Mais, selon ce rapport, "aucune modification de la loi de bioéthique n'est nécessaire" pour étendre l'utilisation du DPI à des prédispositions (cancers du côlon, du sein ou de l'ovaire par exemple), c'est-à-dire des pathologies dont il est probable qu'elles surviennent un jour.
L'Agence de la biomédecine a exprimé un "avis favorable" à la lecture de ces conclusions, tout en précisant qu’elles ne préfiguraient pas nécessairement les choix qui seront faits pour les prochaines lois de bioéthique.

Mères porteuses
Suite à la décision de la Cour d’appel de Paris reconnaissant comme parents un couple de français ayant eu recours à une mère porteuse américaine, un groupe de travail sur les mères porteuses a été mis en place, à l'initiative de la commission des affaires sociales et de la commission des lois du Sénat.
Considérant que "la question biologique est dépassée", Michèle André (PS), présidente du groupe de travail, s’est déclarée favorable à la légalisation de cette pratique. La psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval estime elle aussi qu’il est urgent d’autoriser ce procédé. Mais Catherine Labrousse-Riou, professeur de droit (Université Paris I), met en exergue la contradiction qui existe entre le fait, d’une part, de développer les tests de paternité et donc de valoriser le facteur biologique et de l’autre, de le nier en introduisant la pratique des mères porteuses au motif que le principe de filiation biologique n’est pas important. A l’heure des droits de l’enfant, elle montre que le procédé des mères porteuses restaure, de manière archaïque, une terrible pression parentale, plus forte que jamais, parce que s’exerçant in utero.
Outre les problèmes de filiation (en cas de recours à une donneuse d’ovocyte, l’enfant est issu de quatre intervenants : le père, la mère adoptante, la mère génétique et la mère porteuse), la "gestation pour autrui" (GPA) remet en cause tout l’édifice juridique fondé sur les principes d’indisponibilité du corps humain et de distinction entre les choses et les personnes. Il s’ensuivrait une instrumentalisation et une commercialisation du corps de la femme ainsi qu’une réification de l’enfant traité comme un objet de créance ou comme une chose due en vue du contrat, sans oublier les possibles dérives mercantiles.
Malgré cela, la pression de quelques militants est forte pour légaliser le recours aux mères porteuses, pour mieux encadrer une pratique déjà existante ou pour s’aligner sur les pays l’autorisant. A l’instar de l’Allemagne que son histoire a rendu prudente, la France saura-t-elle rester une exception éthique et refuser d’accéder au désir "d’un enfant à tout prix" de certains parents qui justifient leur demande par leur souffrance de ne pas pouvoir enfanter ?

Don de gamètes
Face à la "pénurie" de gamètes (il faut actuellement 2 ans et ½ pour avoir des ovocytes et quelques mois pour obtenir du sperme), l’Agence de la biomédecine lance régulièrement des campagnes pour recruter des donneurs. Afin de remédier à ce "manque", certains (dont René Frydman) plaident pour une rémunération des donneurs, comme en Belgique ou en Espagne.
Actuellement, la loi garantit aux donneurs un anonymat absolu, mais un mouvement s’est créé pour lever cet anonymat, comme en Grande-Bretagne, Suède, Autriche, Finlande ou Norvège. Autre système qui pourrait être adopté, celui dit du "double guichet", mis en place par la Belgique et la Suisse : le donneur choisit de se faire connaître ou non, les parents choisissent un donneur anonyme ou non.

Statut du fœtus
La question du statut du fœtus sera peut être aussi débattue. Pourtant, chercher un statut pour le fœtus, c’est estimer que celui inhérent à tout être humain ne lui convient pas, c’est le déposséder de ce qu’il est de fait et lui conférer un statut infrahumain (cf. Claude Sureau). Pour le défendre, il suffirait que la société ait la volonté de respecter les principes qui le protègent, sans instituer d’exceptions. D’ailleurs, pas une loi, ni celle sur l’avortement, ni celle sur la recherche sur l’embryon, ne nie l’humanité de l’embryon. Au contraire, elles l’affirment "en creux", par leur seule existence : si l’embryon n’était pas un homme, ces lois n’auraient pas été nécessaires.

D’autres points devraient aussi être abordés au cours des débats révisionnels tels que l’accès à l’assistance médicale à la procréation (AMP) pour les personnes seules et les couples homosexuels ; les progrès des neurosciences…

 


L’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) a adopté, le 16 avril dernier, par 102 voix contre 69 et 14 abstentions, un projet de résolution intitulé "accès à un avortement sans risque et légal".
Ce projet est issu d’un rapport établi – à partir d’auditions d’ONG en grande majorité militantes pro-avortement - et approuvé, le 11 mars 2008, par la commission de l’APCE sur l’égalité des chances pour les femmes et les hommes. Tout en reconnaissant que l’avortement doit être évité autant que possible et ne peut en aucun cas être considéré comme un moyen de planification familiale, ce rapport donne trois objectifs aux pays membres du Conseil de l’Europe :
- dépénaliser l’avortement si ce n’est déjà fait (sont ainsi visés Monaco, l’Andorre, Malte, l’Irlande et la Pologne) ;
- garantir l’exercice effectif et lever les restrictions qui entravent l’accès à un avortement sans risque ;
- favoriser l’accès à la contraception et rendre obligatoire l’éducation sexuelle des jeunes.

Avortement et "droit" des femmes
Le projet de résolution prévoit de considérer l’avortement comme un "droit" inclus dans les droits reproductifs ; or ce "droit" n’a jamais été reconnu par les instances internationales, que ce soit par l’ONU ou l’Union européenne. Aujourd’hui, en vertu du principe de subsidiarité, chaque Etat membre est souverain sur la problématique de l’avortement. Une telle manœuvre a donc pour but de l’extraire de la compétence des Etats.

Lever les restrictions
Dans les pays où l’avortement est dépénalisé, le rapport déplore les obstacles pour y accéder. Il dénonce ainsi un "manque" de structures de soins de proximité, les consultations médicales obligatoires, les délais de réflexion et le fait que les médecins puissent recourir à l’objection de conscience. Il invite donc les Etats à "prendre les mesures nécessaires pour créer les conditions sanitaires, médicales et psychologiques appropriées" à un "choix libre et éclairé".

Avortements médicamenteux
En conclusion, la résolution propose d’encourager une décision rapide de la femme (débarrassée des contraintes médicales et morales) pour que les avortements médicamenteux puissent être proposés.

Amnesty International
Le rapport s’appuie enfin sur la position d’Amnesty International qui, lors de son Congrès international à Mexico le 17 août 2007, a déclaré "soutenir la dépénalisation de l’avortement" et "défendre la possibilité pour les femmes d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse lorsque leur santé ou leur vie sont en danger".

 

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