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Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité bioéthique

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N°93 - Septembre 2007


Le film « 4 mois, 3 semaines, 2 jours » a fait l’objet, en France, d’une critique unanimement positive voire louangeuse. Or sur un sujet aussi politiquement correct dans notre pays que celui de l’avortement, cette unanimité est suspecte. Elle est même troublante.

Un mauvais film sur l’avortement
Il ne s’agit pas d’une œuvre majeure sur l’avortement, pour la raison fondamentale que le sujet n’est pas traité. Je ne dis pas que le sujet n’est pas traité comme je voudrais qu’il le soit. Je dis que le sujet n’est pas traité du tout. Ce qui est traité, et sans doute bien traité, c’est l’interdiction et la répression de l’avortement par le régime communiste de Ceaucescu et les moyens de les contourner, ce qui est totalement différent.
Alors qu’on est confronté à une question de principe, la suppression d’une vie humaine, il n’est question que de mise en œuvre : comment y parvenir. Si c’était l’avortement lui-même qui avait été le cœur du sujet abordé, la question de la conscience n’aurait pas pu être évitée. Elle s’imposait et imposait un positionnement dans un sens ou dans un autre. On ne peut pas aborder une question qui est essentiellement, par définition, d’ordre moral, sans en dire un mot. Transposez à d’autres situations qui concernent la mort (peine de mort, génocides…) et vous verrez, il n’y a aucun contre exemple. Or aucun des protagonistes ne se pose, à aucun moment, l’ombre d’une question morale sur la nature de l’acte lui-même qui va être commis. Est-il bon ou mauvais ? Dois-je ou puis-je le faire ou non ? Le rôle de la conscience, l’existence d’une norme intériorisée ou l’exercice de la liberté par rapport à la nature homicide de l’acte lui-même ne sont visiblement pas la préoccupation du cinéaste. Il ne saurait être question ici de le lui reprocher.
Mungiu a fait un film sur l’oppression communiste en Roumanie et pris comme exemple l’avortement. Il a mis en scène des personnages qui se demandent seulement comment ils vont s’y prendre pour organiser et financer un avortement clandestin en Roumanie. Rien de plus.

Une vision amorale de l’amitié
Il y a une autre raison qui incite également à dire que le film de Mungiu n’est pas un grand film. C’est sa conception de l’amitié. Personne n’en a parlé. Au contraire, le journal La Croix titre un de ses articles : « C’est aussi une histoire d’amitié et de solidarité ». Mais quelle est aujourd’hui la conception qu’on a de l’amitié ? Aider une copine à avorter sans se — ni lui — poser de question et appeler cela de l’amitié, c’est tout de même une vision pour le moins réductrice de l’amitié. La plus grande faiblesse du film est peut être là. Que la femme concernée par une grossesse inattendue n’y voit pas clair et qu’on ne lui demande pas de s’expliquer à l’écran, soit. Mais le rôle tenu par l’amie, généreuse et compatissante, est absolument central. C’est le rôle principal.
Est-ce elle la grande figure du film, celle qui tire l’histoire vers le haut, qui risque d’inspirer les malheureux élèves à qui on va en infliger la projection ?

La pédagogie de la neutralité
Ensuite, cette œuvre offre-t-elle une dimension pédagogique, comme les commentateurs ont cru la déceler ? Pour que ce soit le cas, il aurait fallu que le film comporte intrinsèquement des éléments qui permettent au spectateur — en l’occurrence collégien ou lycéen ! — de se forger une opinion et donc de progresser dans sa réflexion. Où sont ces éléments de discernement ? Quels sont les passages qui soulignent la gravité morale de l’acte ? Ils sont inexistants. Tout ce qu’on sait, c’est que les héros risquent de ne pas pouvoir payer, de se faire virer de l’hôtel, d’aller en prison, d’attraper une infection… L’information est complète sur les risques de la clandestinité, elle est neutre sur la connotation morale de l’avortement. C’est bien aujourd’hui le seul acte humain apparemment inconséquent et dont on accepte individuellement et collectivement l’inconséquence.
Dès lors, le spectateur est inéluctablement conduit à penser qu’il vaut mieux vivre en France où l’avortement est encadré. Franchement, il est difficile d’imaginer qu’un lycéen ou un collégien moyen, baignant dans le relativisme ambiant, et sous l’influence de maîtres dont on a du mal à penser qu’ils soient majoritairement capables d’oser un soutien explicite à la culture de vie, puisse aboutir seul à une conclusion différente.
Objectivement, le drame de l’avortement, c’est la suppression de la vie d’un être humain. Ici, le drame de l’avortement c’est de savoir si les protagonistes vont enfin y arriver…


1. Extraits de l’article de Jean-Marie Le Méné, « 4 mois, 3 semaines, 2 jours : un film âprement amoral », Liberté Politique, 8/09/2007.

 


Au-delà de la controverse

Pierre-Olivier Arduin, responsable de la commission Bioéthique et Vie humaine du diocèse de Fréjus-Toulon et auteur d’une note de réflexion éthique qui avait suscité à l’automne dernier la controverse du Téléthon, vient de publier un livre, La bioéthique et l’embryon. Tout en prenant appui sur la polémique de l’année dernière, cet ouvrage la dépasse résolument pour proposer une réflexion approfondie sur les problématiques bioéthiques contemporaines. L’auteur souhaite s’inscrire dans ce que Mgr Rey, qui signe la préface, appelle une pastorale de l’intelligence visant à armer et former les consciences de tous ceux qui sont sensibles à la protection de la vie humaine, fût-elle fragile et vulnérable.
Les thématiques abordées embrassent les mécanismes de consensus au sein des enceintes bioéthiques, l’eugénisme, la place des biotechnologies dans notre postmodernité, le relativisme et l’utilitarisme éthiques, le statut de l’embryon humain, une lecture critique de la loi française de bioéthique, l’instrumentalisation du langage, les rapports entre loi civile et loi éthique naturelle, les aspects scientifiques totalement novateurs des cellules souches adultes…

Un choc culturel et moral
Enfin au-delà de ces questions majeures, l’auteur ouvre une perspective plus large qui est celle d’un choc culturel et moral entre, d’une part, l’idéologie relativiste postmoderne, et d’autre part, le magistère actuel de l’Eglise qui reste le seul porte-voix de la conscience morale universelle. De ce livre, écrit comme un vibrant appel à la réflexion et à l’action de tous ceux qui sont attachés au respect intangible de la vie humaine dès sa conception, il ressort que l’objection de conscience est porteuse d’une dynamique capable d’ébranler les forces contemporaines de la culture de mort.


1. La bioéthique et l’embryon, quels enjeux après la controverse du Téléthon ?, Pierre-Olivier Arduin, préface de Mgr Rey, avant-propos de Jean-Marie Le Méné, éditions de l’Emmanuel, 2007.

 


L’autorisation britannique

En mai 2007, le gouvernement britannique a autorisé la création d’embryons hybrides « homme-animal » (voir Gènéthique n°89, mai 2007). La Human Fertilisation and Embryology Authority vient à son tour d’accepter que certains laboratoires de recherche produisent ces embryons, faisant ainsi tomber la barrière qui sépare l’espèce humaine de toutes les autres, pour le progrès thérapeutique...

Réexaminer la loi française ?
Valérie Pécresse, ministre de la Recherche, annonçait le 11 septembre qu’elle souhaiterait « que l’Agence de Biomédecine se saisisse dès maintenant des questions éthiques que suscite la décision britannique » d’autoriser la création d’un embryon homme-animal. « Ces questions ne se posent pas aujourd’hui à notre pays dans son cadre législatif actuel, mais pourraient émerger dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique prévue en 2009. »

En effet, la loi bioéthique de 2004 pose comme principe que « la recherche sur l’embryon humain est interdite ». Par dérogation, « une recherche ne peut être conduite que sur les embryons conçus in vitro dans le cadre d’une assistance médicale à la procréation qui ne font plus l’objet d’un projet parental. Elle ne peut être effectuée qu’avec le consentement écrit préalable du couple dont ils sont issus » (CSP, art. L.2151-5). Dans ce cadre, il existe aujourd’hui dans les laboratoires français plus de 30 000 embryons qui ne font plus l’objet d’un « projet parental » et « pourraient » ainsi, selon la loi, être utilisés pour la recherche sous réserve de l’autorisation parentale1.
Par ailleurs, « le fait de procéder à la conception in vitro ou à la constitution par clonage d’embryons humains à des fins de recherche est puni de sept ans d’emprisonnement et de 100 000 euros d’amende » (CSP art. L.2163-4).

L’objectif de cette nouvelle technique de création d’embryons hybrides serait bien d’obtenir un embryon, selon le principe du clonage, par injection du noyau d’une cellule humaine dans un ovocyte prélevé chez un animal, par exemple une vache, dans le but de disposer de cellules souches pour la recherche. Mgr Elio Sgreccia, président de l’Académie pontificale pour la vie, a dénoncé « un acte monstrueux dirigé contre la dignité humaine » et demande à la communauté scientifique de se mobiliser.


1. Rapport annuel 2006 de l’Agence de Biomédecine.

 


Diagnostic préimplantatoire élargi

Pour la première fois, le recours au diagnostic préimplantatoire (DPI) vient d’être autorisé par la Human Fertilisation and Embryology Authority pour sélectionner un embryon exempt d’un gène prédisposant au cancer du sein et de l’ovaire. Cet embryon est sélectionné in vitro parmi un certain nombre. Celui sélectionné sera réimplanté tandis que les autres seront éliminés. L’équipe du Dr Paul Serhal (University College Hospital de Londres) se félicite de cette première : « le DPI pourra, désormais, être mis en œuvre sur la base d’un risque estimé à moins de 100%. Dans le cas d’antécédents familiaux, le risque de survenue d’un cancer du sein est estimé entre 60% et 80% et 40% pour le cancer ovarien ».

De la maladie à la prédisposition
En France, la loi autorise le recours au DPI lorsque le couple a une « forte probabilité de donner naissance à un enfant atteint d’une maladie génétique d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic » (CSP art. L2131-4), afin de choisir de n’implanter que des embryons exempts de la maladie. Déjà certaines équipes, comme celle du Pr Viville, chef de service du Laboratoire de biologie de la reproduction et responsable du centre de diagnostic préimplantatoire (CHU de Strasbourg), estiment pouvoir élargir l’utilisation du DPI dans le cas d’une simple prédisposition, après étude approfondie des dossiers familiaux. Une réflexion serait en cours, menée sous l’égide de l’Institut national du cancer. Il s’agira alors de détruire des embryons sans avoir la certitude qu’ils seront un jour atteints de l’affection génétique.

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