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Le film « 4 mois,
3 semaines, 2 jours » a fait l’objet, en France, d’une critique
unanimement positive voire louangeuse. Or sur un sujet aussi
politiquement correct dans notre pays que celui de l’avortement, cette
unanimité est suspecte. Elle est même troublante.
Un mauvais film sur l’avortement
Il ne s’agit pas d’une œuvre majeure sur l’avortement, pour la raison
fondamentale que le sujet n’est pas traité. Je ne dis pas que le sujet
n’est pas traité comme je voudrais qu’il le soit. Je dis que le sujet
n’est pas traité du tout. Ce qui est traité, et sans doute bien traité,
c’est l’interdiction et la répression de l’avortement par le régime
communiste de Ceaucescu et les moyens de les contourner, ce qui est
totalement différent.
Alors qu’on est confronté à une question de principe, la suppression
d’une vie humaine, il n’est question que de mise en œuvre : comment y
parvenir. Si c’était l’avortement lui-même qui avait été le cœur du
sujet abordé, la question de la conscience n’aurait pas pu être évitée.
Elle s’imposait et imposait un positionnement dans un sens ou dans un
autre. On ne peut pas aborder une question qui est essentiellement, par
définition, d’ordre moral, sans en dire un mot. Transposez à d’autres
situations qui concernent la mort (peine de mort, génocides…) et vous
verrez, il n’y a aucun contre exemple. Or aucun des protagonistes ne se
pose, à aucun moment, l’ombre d’une question morale sur la nature de
l’acte lui-même qui va être commis. Est-il bon ou mauvais ? Dois-je ou
puis-je le faire ou non ? Le rôle de la conscience, l’existence d’une
norme intériorisée ou l’exercice de la liberté par rapport à la nature
homicide de l’acte lui-même ne sont visiblement pas la préoccupation du
cinéaste. Il ne saurait être question ici de le lui reprocher.
Mungiu a fait un film sur l’oppression communiste en Roumanie et pris
comme exemple l’avortement. Il a mis en scène des personnages qui se
demandent seulement comment ils vont s’y prendre pour organiser et
financer un avortement clandestin en Roumanie. Rien de plus.
Une vision amorale de l’amitié
Il y a une autre raison qui incite également à dire que le film de
Mungiu n’est pas un grand film. C’est sa conception de l’amitié.
Personne n’en a parlé. Au contraire, le journal La Croix titre un
de ses articles : « C’est aussi une histoire d’amitié et de
solidarité ». Mais quelle est aujourd’hui la conception qu’on a de
l’amitié ? Aider une copine à avorter sans se — ni lui — poser de
question et appeler cela de l’amitié, c’est tout de même une vision pour
le moins réductrice de l’amitié. La plus grande faiblesse du film est
peut être là. Que la femme concernée par une grossesse inattendue n’y
voit pas clair et qu’on ne lui demande pas de s’expliquer à l’écran,
soit. Mais le rôle tenu par l’amie, généreuse et compatissante, est
absolument central. C’est le rôle principal.
Est-ce elle la grande figure du film, celle qui tire l’histoire vers le
haut, qui risque d’inspirer les malheureux élèves à qui on va en
infliger la projection ?
La pédagogie de la neutralité
Ensuite, cette œuvre offre-t-elle une dimension pédagogique, comme les
commentateurs ont cru la déceler ? Pour que ce soit le cas, il aurait
fallu que le film comporte intrinsèquement des éléments qui permettent
au spectateur — en l’occurrence collégien ou lycéen ! — de se forger une
opinion et donc de progresser dans sa réflexion. Où sont ces éléments de
discernement ? Quels sont les passages qui soulignent la gravité morale
de l’acte ? Ils sont inexistants. Tout ce qu’on sait, c’est que les
héros risquent de ne pas pouvoir payer, de se faire virer de l’hôtel,
d’aller en prison, d’attraper une infection… L’information est complète
sur les risques de la clandestinité, elle est neutre sur la connotation
morale de l’avortement. C’est bien aujourd’hui le seul acte humain
apparemment inconséquent et dont on accepte individuellement et
collectivement l’inconséquence.
Dès lors, le spectateur est inéluctablement conduit à penser qu’il vaut
mieux vivre en France où l’avortement est encadré. Franchement, il est
difficile d’imaginer qu’un lycéen ou un collégien moyen, baignant dans
le relativisme ambiant, et sous l’influence de maîtres dont on a du mal
à penser qu’ils soient majoritairement capables d’oser un soutien
explicite à la culture de vie, puisse aboutir seul à une conclusion
différente.
Objectivement, le drame de l’avortement, c’est la suppression de la vie
d’un être humain. Ici, le drame de l’avortement c’est de savoir si les
protagonistes vont enfin y arriver… 
1. Extraits de
l’article de Jean-Marie Le Méné, « 4 mois, 3 semaines, 2 jours : un
film âprement amoral », Liberté Politique, 8/09/2007.
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