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Après l'adoption de la loi sur l'immigration autorisant le recours aux
tests ADN pour les candidats au regroupement familial, les media
ont consacré de nombreux dossiers à la tentation du "tout génétique" et
aux enjeux financiers de ces tests. Si l'amendement Mariani ouvre une
brèche qui inquiète de nombreux observateurs, il faut convenir qu'en
matière de santé, la ligne rouge a déjà été franchie.
Tests ADN et sécurité
Selon l'hebdomadaire La Vie, le Fichier national automatisé des
empreintes génétiques (Fnaeg), créé en 1998 pour les seuls délinquants
sexuels, compte aujourd'hui 500 000 fiches nominatives (contre 4
millions en Grande-Bretagne). Il pourrait en compter 3 millions en 2010.
Depuis 2003, ce sont en effet 137 infractions qui peuvent donner lieu à
un test génétique. Ces tests génétiques ont largement prouvé leur
efficacité dans les enquêtes policières, aussi bien pour identifier le
coupable que pour innocenter de faux suspects. Le Fnaeg aurait ainsi
aidé à résoudre plus de 600 affaires.
Tests ADN et santé : la ligne rouge
En France, la loi de bioéthique de 2004 autorise le recours aux tests
génétiques dans un cadre médical ou de recherche scientifique. Ces tests
ne peuvent être prescrits que par un médecin et nécessitent un
"consentement éclairé" préalable de la part du patient. Les résultats de
ces tests doivent être rendus et expliqués par le médecin prescripteur.
La législation prévoit aussi que l'Agence de la biomédecine agrée les
médecins et les pharmaciens qui pratiquent ces tests, mais le décret
n'est pas encore sorti. Pour Carine Camby, directrice de l'Agence de la
biomédecine, ces tests génétiques posent deux problèmes majeurs : leur
compréhension par les utilisateurs car ils sont difficiles à interpréter
; et leur disponibilité croissante via Internet. Enfin, un autre
problème se pose, les résultats de ces tests peuvent intéresser les
membres de la famille concernée...
Comment ne pas s'inquiéter aussi d'une possible extension de l'usage de
ces tests en matière d'assurance ou d'emploi ? Même si, pour le moment,
le Code civil et le Code de la santé publique l'interdisent. D'après
Carlos de Sola, chef du service santé et bioéthique au Conseil de
l'Europe, la menace de l'utilisation de la génétique est grande du côté
des assurances : "s'il existe un consensus autour de l'emploi, un
droit fondamental, il n'en va pas forcément de même pour les assurances
privées". En Suisse, par exemple, des tests génétiques peuvent être
demandés pour souscrire une assurance-vie de plus de 400 000 francs
suisses (250 000 €).
Si la génétique a permis de réelles avancées thérapeutiques, les tests
génétiques permettent aussi la sélection d'un enfant sur ses critères
génétiques. Aujourd'hui, dans notre pays, 98% des enfants trisomiques 21
dépistés in utero n'ont "tout simplement" pas le droit de vivre. La
ligne rouge n'est-elle pas dès lors franchie ? Pour le philosophe
Olivier Abel, professeur à la faculté de théologie protestante de Paris
et membre du Comité consultatif national d'éthique, "croire que l'on
va tout régler grâce à la génétique est naïf". Ainsi, "connaître
le handicap irréversible qui pèsera sur la vie d'un enfant, ou savoir
quelle maladie il développera et à quel âge, ne donne pas toujours les
moyens de corriger l'anomalie constatée... en dehors du pouvoir
effrayant de sélectionner, avant la naissance, les existences dignes
d'être vécues ou de mettre à l'écart, en proportion de leurs handicaps,
les "ratés" de cette sélection".
"Pour éviter toute forme d'exclusion, on pourrait invoquer la
confidentialité (...). Le fondement de la morale ici pourrait être de
riposter par un "je ne veux pas le savoir"."
Tests et business
En 2006, le marché mondial du diagnostic in vitro (DIV)
représentait plus de 30 milliards d'euros. Le quotidien Le Monde
a consacré un intéressant dossier à ce business.
Outre les acteurs du système de soin, les principales cibles de ce
marché sont des particuliers, des magasins, des écoles ou encore des
entreprises. De plus en plus de patients notamment se tournent vers les
tests en vente libre. Les DIV reposent à la fois sur des techniques
traditionnelles d'analyse (hématologie, immunologie, biochimie,
microbiologie...) et sur deux techniques plus récentes en plein essor :
les tests de glucose et le diagnostic moléculaire. Les tests
moléculaires (ou génétiques) étudient et mesurent les variations et
mutations du matériel génétique humain. Ils représentent 20% du marché
mondial et croissent chaque année de 12 à 15%. Ces tests sont utilisés
dans la médecine de pointe, dans la lutte contre le bioterrorisme,
l'alimentation ou encore la santé publique mais, surtout, de plus en
plus, dans le développement de nouveaux médicaments ciblés qui ouvrent
la voie à la médecine personnalisée. Ces tests génétiques devraient
permettre d'élaborer des médicaments sur mesure.
Le quotidien cite l'exemple d'une entreprise de diagnostic génétique,
Labgenetics, qui propose, via Internet, deux sortes de diagnostic
génétique, aux particuliers et aux professionnels. Les premiers tests
ont une finalité médicale : ils permettent de détecter une
prédisposition à telle ou telle maladie (Alzheimer, Parkinson...). Les
seconds, qui représentent les 3/4 des demandes des particuliers,
concernent la paternité. Quant aux professionnels qui s'intéressent à de
tels tests, il s'agit en majorité de détectives privés. Labgenetics
affirme ne pas traiter avec les compagnies d'assurance. En 2007,
l'activité de Labgenetics a augmenté de 40% par rapport à 2006 et
son chiffre d'affaires est estimé à 400 000 €.
En 2005, les 10 premiers producteurs de DIV ont réalisé 80% du chiffre
d'affaires mondial. Quelques géants de l'industrie pharmaceutique - dont
Roche, Siemens, General Electric Healthcare - concentrent le marché
entre leurs mains. Laboratoires pharmaceutiques et spécialistes de
l'imagerie médicale se battent à coup de milliards autour d'un nouveau
concept : la médecine personnalisée.
J.-J. Cassiman, professeur de génétique humaine à l'Université
catholique de Louvain, estime le chiffre d'affaires potentiel du marché
des tests génétiques en Europe entre 900 000 € et 28 millions d’€ par
million d'habitants, "selon l'ampleur des prescriptions des
professionnels de santé"... 
Source :
La Vie, 01/11/07
Le Monde, 23/10/07
Le Quotidien du Médecin, 24/10/07 |