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Le
lobby de l’euthanasie
Le 15 mars dernier, à l’issue d’un procès très médiatisé, la Cour
d’assise de Dordogne a condamné un médecin à un an de prison avec sursis
et acquitté une infirmière. Poursuivies pour un acte d’euthanasie par
injection d’une substance létale à une patiente en phase terminale d’un
cancer, le docteur Laurence Tramois et l’infirmière Chantal Chanel, ont
bénéficié du soutien de l’Association pour le droit à mourir dans la
dignité (ADMD). A la veille d’une échéance électorale majeure, les
manœuvres du lobbying actuel en faveur d’une dépénalisation de
l’euthanasie peuvent être comparées à celles qui ont abouti à la
légalisation de l’avortement en 75. Le "manifeste des 2000 soignants"
affirmant avoir aidé des patients à mourir avec décence rappelle celui
des "343 salopes" qui en 1971 affirmaient avoir pratiqué des avortements
clandestins, ce qui avait ouvert la voie au débat sur l’avortement et à
sa dépénalisation, des procès ultra médiatisés dans les deux cas, une
prise en otage de la raison par le terrorisme compassionnel, etc.
L’euthanasie en campagne
Le débat sur l’euthanasie est en campagne. Pour Ségolène Royal, "il
faut mettre en place une législation qui permette d’apaiser les
souffrances les plus intolérables" et saisir le Parlement d’un "projet
de loi Vincent Humbert". Nicolas Sarkozy a parlé d’une éventuelle
légalisation de l’euthanasie car "on ne peut pas rester les bras
ballants devant la souffrance d’un de nos compatriotes qui appelle à ce
que ça se termine". Mais fin mars, Nicolas Sarkozy se prononce
contre une loi sur l'euthanasie et préfère faire confiance au dialogue
entre les médecins et les familles.
Urgence à soulager la souffrance
Les partisans d’une loi sur l’euthanasie invoquent les souffrances
intolérables des personnes en fin de vie alors que la loi destinée à
soulager ces souffrances existe déjà. "Les textes encadrent
parfaitement la fin de vie et si des cas de souffrances intolérables
sont rapportés, cela montre que la loi n’est pas appliquée partout".
Marie de Hennezel, psychologue et écrivain suggère que les candidats
s’engagent d’abord à faire appliquer ces bonnes pratiques de fin de vie,
à rendre obligatoire la formation des médecins aux soins palliatifs, à
financer des postes de psychologues pour épauler les médecins et rendre
possible le congé d’accompagnement prévu par la loi du 9 juin 1999.
Vers une mort à deux vitesses ?
Sans ces mesures, Marie de Hennezel explique que nous allons vers une
mort à deux vitesses : d’un côté, celle qui a recours aux soins
palliatifs où la fin de vie sera apaisée ; de l’autre, celle qui ne
propose d’autre issue que de demander la mort pour soulager la
souffrance. "Il n’existe que 700 lits pouvant accueillir les patients
en soins palliatifs alors qu’au moins 10 000 personnes devraient en
bénéficier", ajoute-t-elle.
Appliquer la loi Leonetti
Selon la loi Leonetti du 22 avril 2005, "les actes de prévention,
d’investigation et de soins ne doivent pas être poursuivis par une
obstination déraisonnable. Lorsqu’ils apparaissent inutiles,
disproportionnés ou n’ayant d’autre effet que le maintien artificiel de
la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris". Lors
du vote de cette loi, le gouvernement avait annoncé l’ouverture de 1990
lits supplémentaires de soins palliatifs et la création de 35 nouvelles
unités mobiles en 2005. On les attend toujours.
L’urgence aujourd’hui est de se donner les moyens d’appliquer la loi.
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L’objection de conscience
L’objection de conscience consiste à refuser d’obéir à une loi civile
jugée en conscience gravement injuste. Si un accord général existait
depuis des siècles sur les valeurs essentielles qui fondaient l’autorité
politique et les équilibres sociaux, aujourd’hui ces valeurs sont
soumises à une constante remise en question théorique et pratique. Dans
un monde marqué par le relativisme, la tolérance s'est transformée au
point de devenir un véritable instrument politique qui contient en lui
même de redoutables forces de totalitarisme et d’exclusion.
Tolérance idéologique
L’acte de refuser en conscience d’obéir à une loi injuste se réalise
aujourd’hui dans ce contexte de tolérance idéologique qui, par nature,
n’est pas disposé à le supporter. La société idéologiquement tolérante
ne peut tolérer l’objection de conscience, car celle-ci échappe à son
empire.
En disant "toutes les opinions se valent", le "tolérant idéologique"
affirme comme une règle générale ce qui n’est jamais qu’une opinion
parmi d’autres, selon sa propre affirmation. Il ne peut sortir de cette
impasse que par la violence qui lui fait dire : si vous me contredites
quand je dis que toutes les opinions se valent, vous êtes un dangereux
intolérant à combattre par tous les moyens. La tolérance idéologique
veut s’imposer à tous.
Ce que la tolérance ne peut tolérer
Une société tolérante ne peut tolérer ce qui met en péril son équilibre
instable et contradictoire, à savoir qu’il existe une vérité à
chercher et que cette vérité puisse avoir un caractère universel. Dès
lors, tout débat de fond doit être évacué, privé d’implications
éthiques et transformé en échange d’idées relatives. Ainsi,
l’affirmation positive de la dignité de l’homme comme vérité valable
pour tous est rejetée ; tout devient alors possible sauf de
respecter l’homme inconditionnellement.
Le cas de l’avortement
C’est ainsi que dans la culture contemporaine, l’avortement est devenu
un bien, non seulement pour la personne libre de le pratiquer, mais pour
la société elle-même qui le permet, l’encourage, le promeut et le
finance. L’idéologie qui a établi puis encouragé l’avortement, en le
présentant comme un droit personnel des femmes, a privé la société de
toute possibilité de réfléchir sereinement sur la question fondamentale
du respect de l’embryon, par crainte justement que soit remis en
question ce choix législatif. Ce faisant, elle n’a plus la capacité de
faire face éthiquement aux défis que représentent un certain nombre de
pratiques médico-chirurgicales et de manipulations liées à la recherche
médicale.
De la tolérance au totalitarisme
L’exemple de l’avortement en France montre qu’une société tolérante ne
peut tolérer que s’exerce en son sein un droit d’objection de
conscience, car elle n’est plus en mesure d’accepter, en les honorant,
les valeurs supérieures qui s’expriment en son sein. Elle choisit alors
des valeurs consensuelles, dont certaines, la conduisent à la mort¹.
Comment exercer cette objection de conscience ? A l'heure électorale, la
question est concrète. 
1. Histoire de l’objection de conscience et différentes acceptions du
concept de tolérance – Prof. Jean Laffitte, Académie pontificale
pour la Vie, XIIIe assemblée générale, 24 février 2007 |
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La vie comme un défi
"Le médecin qui pratique l'échographie, une femme, semble contrarié :
- Il y a un problème. Je comprends immédiatement et comme
instinctivement que c'est grave, et je m'entends dire :
- Il va mourir ? (Pourquoi ai-je parlé tout de suite de la mort ?)
- Oui." Le médecin explique délicatement que l'enfant a une malformation
cérébrale qui compromet sa vie.
Avec émotion Sophie, maman d'une petite fille lourdement handicapée qui
ne devait pas vivre et qui aujourd'hui a sept ans, nous fait pénétrer
dans le monde clos d'un cabinet médical où se jouent tant de mystères
humains. Les questions de Sophie et Damien son mari, s'enchainent. Et
l'échographiste comprend alors qu'ils veulent "garder" l'enfant.
Désarçonnée par cette décision, elle initie un étrange dialogue avec les
parents, en état de choc. "Non", ce n'est pas d'abord par
conviction religieuse mais par simple réflexe d'humanité, "c'est une
réaction de parents", répond Sophie. "Non", ils ne jugent pas
les autres en disant cela, comment le pourraient-ils d'ailleurs, eux qui
n'ont vraiment pas la tête à philosopher en cet instant de choc ?
L'esprit de Sophie navigue en d'autres eaux, entre mille et une
questions sur l'enfant, sa souffrance, sa vie, sa mort, leur angoisse de
parents.
Ainsi débute la maternité blessée de Sophie. Vivre sa maternité en
commençant un travail de deuil... "C'est un sentiment très étrange de
vivre sans cesse avec cette menace de mort, alors que je sens mon bébé
bien vivant en moi." "Aimer dans l'urgence." "Je sais que
c'est tout cela qu'il faut vivre sans rien rejeter, ni la douleur, ni la
douceur, ni l'amour. Je suis à ma place." Puis la naissance vient
balayer les plus sombres prévisions sur l'accouchement. "Me voilà
envahie par la joie d'avoir donné la vie et non la mort." A cette
joie succède l'apprentissage de l'accueil du handicap pour elle-même et
son mari, et pour l'équipe médicale, puis le retour inespéré à la
maison, avec Philippine dans les bras, bien vivante.
La vie appelle la vie
Les parents sont projetés aux limites de la vie et de son sens. Comme si
Philippine pressait le cœur de ses parents pour en extraire le sang et
l'eau. "Avec Philippine nous sommes aux limites de la vie. (...)
Je m'interroge sur le sens de sa vie mais aussi sur le sens de ma
vie." "Rester extérieur à Philippine, c'est la renvoyer vers la
mort et le néant. Entrer en contact avec elle, c'est au contraire
l'inscrire dans sa vie et dans la mienne."
Remises en question
Rien de ce qui n'est pas vrai ne résiste, jusqu'aux convictions les plus
intimes. "Quel est le sens de sa vie ? Elle ne sert apparemment à
rien. Mais moi, finalement, est-ce que je sers à quelque chose ?" "Y-
a-t-il des vies au rabais ?" "Pourquoi n'ai-je pas voulu "
interrompre la grossesse" ?" "Quelles étaient mes raisons ?"
L'auteur aborde les questions qui l'habitent depuis sept années.
- Remise en question intellectuelle et philosophique d'abord : sur quoi
reposent l'humanité et la dignité de Philippine ?
- Remise en question psychologique ensuite : comment panser les
blessures des parents, du couple, de la fratrie ?
- Remise en question spirituelle enfin : quel sens donner à la
souffrance ? La vie de Philippine est un mystère. "Pendant la
grossesse et ce temps d'attente si douloureux, ma foi se concentre sur
Jésus crucifié." "Je n'arrive pas à prier autrement, je regarde
simplement le Crucifié qui dit "pourquoi ?"" Sophie s'accroche :
essayer de couper la souffrance du mal, pour ne pas se laisser entraîner
dans une spirale destructrice.
Unité intérieure
Sans catastrophisme ni angélisme, Sophie regarde en face les sept années
écoulées avec les moments de joie ou de souffrance, l'expérience de la
solidarité et de l'incompréhension, les combats du quotidien et ceux
plus politiques (arrêt Perruche). Délicatement elle effeuille ses
souvenirs et ses émotions, pour en dégager le sens. Plus qu'un
témoignage, c'est le récit offert avec pudeur de son aventure
intérieure, où la force profonde l'emporte sur la peur. Le lecteur ne
pourra rester insensible à cette expérience de vérité où se révèle avec
talent une exceptionnelle unité de l'intelligence, du cœur et de l'âme.

1. Philippine, la force d'une vie fragile, Sophie
Chevillard-Lutz, ed.de l’Emmanuel, février 2007
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