Site d’information et d’analyse sur l’actualité bioéthique - fondation jerome lejeune
GenEthique.org, le site d’information et d’analyse sur l’actualité bioéthique
Revue de presse Gènéthique - Actualité en bioéthique et génétique (embryons, avortement, euthanasie)
Lettre mensuelle GèneEthique
La revue de presse quotidienne de GenEthique
Les dossiers bioéthiques
Moteur de recherche génétique et bioéthique
Textes officiels de bioéthique
Si vous souhaitez écrire à Gènethique

www.genethique.org

Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité bioéthique

N° Précédent

N° Suivant

N°90 - Juin 2007

 

De l’insuline avec le sang de cordon
D’après une étude menée par les équipes du Pr Colin McGuckin (Newcastle Center for Cord Blood, Newcastle University) et du Pr Larry Denner (Stark Diabete Center, University of Texas Medical Branch), il est possible de créer des cellules productrices d’insuline à partir de cellules souches de sang de cordon. Ces résultats ouvrent des perspectives nouvelles pour le traitement du diabète insulino-dépendant (ou diabète de type 1), maladie due à la destruction des cellules du pancréas qui assurent la synthèse de l’hormone régulatrice de la concentration du sucre dans le sang. Dans cette étude publiée dans Cell Proliferation de juin 2007¹, les chercheurs expliquent avoir réussi à transformer des cellules souches de sang de cordon en cellules productrices d’insuline en 21 jours.
 

Quels espoirs thérapeutiques ?
Ces travaux pourraient permettre de remplacer les greffes de fragments de tissus pancréatiques contenant des cellules de Langerhans productrices d’insuline. Nico Forraz, co-auteur de l’étude précise "pour les personnes souffrant de diabète de type 1, nous envisageons d’utiliser les cellules souches pour créer des cellules sécrétant de l’insuline, mais aussi les cellules immunitaires présentes dans le sang de cordon, qui pourraient permettre de "calmer" les racines auto-immunes de cette affection qui détruit des régions du tissu pancréatique".

Les banques de sang de cordon
Si l'intérêt thérapeutique de ces études se confirme, la nécessité d'obtenir des unités de sang de cordon en quantité va très vite s'imposer.
En France, les autorités sanitaires et éthiques sont opposées à la mise en place de banques de sang de cordon privées. Pour le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), la constitution de banques privées pour un usage strictement autologue du sang de cordon est contraire au principe de solidarité de notre système de santé. En 2002, le CCNE recommandait donc aux pouvoirs publics de promouvoir un important développement des banques publiques de sang de cordon à destinée essentiellement allogénique².

La situation française
En janvier 2006, la France possédait 5 150 unités stockées de sang de cordon, ce qui ne la plaçait qu'au 16
e rang mondial en nombre d'unités par habitant. Aujourd'hui, en juin 2007, 5 800 unités de sang de cordon sont conservées dans les banques publiques françaises. Pour être au même niveau que nos voisins européens, notre stock devrait s'élever à 50 000.
Or sur les quatre établissements hospitaliers faisant œuvre de banques publiques, deux ont dû arrêter pour des raisons financières. Il ne reste plus aujourd’hui que deux banques de sang de cordon, à Bordeaux et à Besançon, celle de l’hôpital Saint Louis à Paris, devant être à nouveau opérationnelle d’ici peu.
Ce retard est tempéré par la qualité des greffons français pour lequel la France s'affiche dans le "peloton de tête". Ainsi, l'enjeu de la France pour rester dans la compétitivité internationale est d'augmenter la taille de sa banque, tout en conservant l'excellente qualité de ses greffons.

Un retard à rattraper d’urgence
L’étude qui vient d’être publiée devrait contribuer à rappeler l’urgence qu’il y a, dans notre pays, à développer la conservation par congélation du sang de cordon ombilical. "Dans chaque sang de cordon, il est possible d’obtenir environ 500 000 cellules souches", rappelle Nico Forraz de l’Institut des Cellules souches de l’Université de Newcastle. Avec 120 millions d’enfants qui naissent chaque année dans le monde, les cellules souches de sang de cordon seront prédominantes dans la recherche sur les thérapies cellulaires.

La Virgin Health Bank
Sir Richard Branson, fondateur et président de Virgin, a annoncé, en janvier 2007, la création d’un nouveau modèle de banque de sang de cordon. La Virgin Health Bank sera la première banque de ce type à la fois privée et publique. Moyennant la somme d’environ 2 270 euros, les parents qui le souhaitent pourront faire conserver le sang de cordon de leur enfant pendant 20 ans.
Financée par ses clients et ses investisseurs, la Virgin Health Bank donnera, gratuitement, 80% de chaque prélèvement à une banque publique. Les 20% restants resteront la propriété exclusive de la famille.
Par ailleurs, Sir Richard Branson s’est engagé à reverser tous les bénéfices perçus par le groupe Virgin à la recherche sur les cellules souches adultes.


1. Directed Engineering of umbilical cord blood stem cells to produce C-peptide and Insuline ; L. Denner, Y. Bodenburg, J. G. Zhao, M. Howe, J. Cappo, R. G. Tilton, J. A. Copland, N. Forraz, C. McGuckin, R. Urban (2007); Cell Proliferation 40 (3), 367-380.
2. Avis de l’Académie nationale de médecine du 19 novembre 2002 et avis du CCNE du 12 décembre 2002.

 

Lire l'interview du Dr Nicolas Forraz à propos de la plateforme internationale de recherche sur le sang de cordon : Novus Sanguis

 

Une découverte révolutionnaire

Une équipe de chercheurs japonais (Pr Shinya Yamanaka, Université de Kyoto) et deux équipes de chercheurs américains (Whitehead Institute for Biomedical Research de Cambridge, Massachusetts et Harvard Stem Cell Institute de Boston) ont réussi à transformer des cellules de peau prélevées sur des souris adultes en cellules pluripotentes.
Konrad Hochedlinger, de l’Harvard Stem Cell Institute de Boston, a publié ses résultats dans la revue Cell Stem Cell. Les 2 autres équipes ont publié leurs travaux sur le site Internet de Nature¹.

Des cellules adultes pluripotentes
Les cellules adultes ont été reprogrammées pour devenir pluripotentes. Jusqu’à présent, la communauté scientifique s’accordait à dire qu’il était impossible qu’une cellule différenciée puisse revenir au stade d’une cellule indifférenciée et pluripotente. Cette expérience prouve aujourd’hui le contraire¹. Appliquée à l’espèce humaine, ces résultats révolutionneraient l’ensemble des recherches sur les cellules souches et rendraient définitivement inutiles les recherches sur l’embryon qui posent tant de graves problèmes éthiques.

Les travaux de Yamanaka
En août dernier, M. Yamanaka avait déjà découvert qu'en insérant 4 gènes dans des cellules de peau de souris, appelées fibroblastes, celles-ci avaient un potentiel extraordinaire, lors de tests en laboratoire. Mais ces cellules dites "iPS" présentaient encore des difficultés. Or les trois études qui viennent d'être publiées montrent que les cellules iPS s'avèrent avoir des propriétés identiques à celles des cellules souches embryonnaires.
Les chercheurs précisent qu'ils ne savent pas si cette procédure expérimentale pourra être reproduite avec succès sur des cellules humaines. Par ailleurs, l'un des gènes insérés est connu pour favoriser le cancer. Dans cette expérience, les souris qui ont reçu ces cellules iPS présentent des tumeurs.
En septembre 2006, le Professeur Yamanaka avait présenté ses travaux précurseurs au Congrès de Rome sur les cellules souches adultes, organisé par l’Académie pontificale pour la vie, la Fédération internationale des associations médicales catholiques (FIAMC) et la Fondation Jérôme Lejeune (voir Gènéthique Octobre 2006). Il annonçait déjà avoir identifié les facteurs qui génèrent des cellules souches pluripotentes à partir de cultures de fibroblastes.
Aujourd'hui, ses publications, confirmées par deux autres équipes, font l'unanimité. Pour Hans Schöler, du Max Planck Institute for Molecular Biomedecine de Munster, "c’est une réussite aussi importante que Dolly", la première brebis clonée au monde.


1. Ces travaux ont été publiés dans les revues Nature et Cell Stem Cell du 6 juin 2007.
 

Le coût de l’AMP
L’assistance médicale à la procréation coûte cher. En 2004, selon les derniers chiffres de l’Agence de la biomédecine, 113 000 tentatives d’AMP ont été recensées en France et 17 791 enfants sont nés grâce à ces techniques. Or, chaque tentative d’AMP coûte entre 3 500 et 5 000 euros.
Interrogée dans Le Monde du 28 mai 2007, et devant l’augmentation des demandes, dans des situations souvent non prévues par la loi, Véronique Fournier, médecin de santé publique et directrice du centre d’éthique clinique de l’hôpital Cochin, demande un débat national : est-ce à la solidarité nationale de payer pour des demandes qui relèvent davantage de la convenance personnelle que de la maladie ?

De plus en plus de cas limites
Avant de parler des mères porteuses ou de l’accès des homosexuels à l’assistance médicale à la procréation, ne faut-il pas s’interroger sur la légitimité d’une prise en charge de l’AMP dans les cas limites de plus en plus nombreux qui sont soumis à l’appréciation des Centres d’éthique clinique ?
Les demandes sortent souvent du cadre imaginé par le législateur : le recours à l’AMP est-il légitime par exemple pour donner un enfant à un homme de 70 ans qui a fait congeler son sperme avant une chimiothérapie et refait sa vie avec une jeune femme ? Que penser d’une demande d’AMP émanant d’une femme de 43 ans qui s’est faite ligaturer les trompes après avoir eu trois enfants lors d’une précédente union malheureuse et souhaite à nouveau devenir mère ?, etc.

Le rôle de l’assurance-maladie
L’assurance-maladie finance les soins rendus nécessaires du fait d’une maladie ; son rôle n’est pas de pallier les injustices ; ainsi, la Sécurité sociale ne rembourse pas la chirurgie esthétique. Alors que l’on envisage de limiter l’accès aux technologies coûteuses en fonction de l’âge du patient, Véronique Fournier insiste : "demandons-nous collectivement si c’est ou non le rôle de la société de payer pour les demandes qui relèvent davantage de la convenance personnelle que de la maladie ?".

La nécessité d’un débat public
Véronique Fournier propose que l’infertilité liée à une maladie soit prise en charge et que dans les cas où une réponse éthique serait trop difficile, une commission multidisciplinaire soit saisie afin d’établir si la solidarité nationale assume ou non le financement du projet parental. Mettre en débat public ce que la solidarité nationale doit ou non financer va devenir une question incontournable dans les années à venir.

© www.genethique.org

Vous pouvez télécharger cette lettre en format PDF

  Retour haut de page

  lettre mensuelle gratuite, publiée par la Fondation Jérôme Lejeune.
Directeur de la publication : Jean-Marie Le Méné et Rédacteur en chef : Aude Dugast - Site Web : www.genethique.org
Contact : Astrid Palluat - 37, rue des Volontaires - 75725 Paris Cedex 15 - Tél : 01.44.49.73.39  contact@genethique.org