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Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité bioéthique

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N°91 - Juillet 2007


Source de cellules pluripotentes
Le sang de cordon, présent dans le cordon ombilical qui relie le nourrisson au placenta, peut être prélevé après la naissance, sans contrainte pour l’enfant ni pour sa mère. Plus de cent millions d’enfants naissent chaque année dans le monde, ce qui représente une quantité considérable de cellules souches disponibles, couvrant une grande variété de types tissulaires. Le sang de cordon est généralement incinéré après la naissance alors qu’il représente une source éthique de cellules souches pluripotentes pour la majorité de la population mondiale. Son stockage, par congélation, est facile et sa disponibilité plus grande que celle des cellules souches issues de la moelle osseuse. Contrairement aux cellules souches embryonnaires qui nécessitent la destruction de l’embryon, le recueil du sang placentaire est un acte totalement éthique et accessible à tous qui ouvre de grandes perspectives thérapeutiques.


Les perspectives thérapeutiques
Le sang de cordon contient un groupe de cellules souches très rares et très immatures qui ont la capacité exceptionnelle de former plusieurs types de tissus. Le Professeur Colin McGuckin, de l'Université de Newcastle a été le premier au monde à avoir démontré (en 2005) l’existence de cellules pluripotentes dans le sang de cordon, c’est-à-dire qui ont la propriété de se transformer en de nombreux tissus différents. Cette équipe parvient à créer du foie, mais aussi du tissu nerveux, du tissu de pancréas, des vaisseaux sanguins, à partir de ces cellules extraites du sang de cordon. Elle a aussi utilisé ces cellules souches pour régénérer du tissu de cornée humaine.

Le 24 octobre 2006, le Pr. McGuckin a publié d'autres résultats étonnants : la création pour la première fois d’un mini foie en 3 dimensions et il y a quelques semaines, en juin 2007, son équipe publie dans Cell Proliferation un article montrant qu’elle a réussi à créer des tissus humains produisant de l’insuline.

Les greffes de sang de cordon ombilical sont utilisées depuis plus de vingt ans pour le traitement de maladies sanguines telles que les leucémies ou les drépanocytoses. Mais elles ne le sont pas seulement pour les maladies liées au système sanguin ou immunitaire (bébé bulle) : elles le sont aussi pour des pathologies touchant la moelle osseuse, le système nerveux ou le métabolisme, comme le diabète juvénile ou la cornée humaine. Le sang de cordon est ainsi utilisé pour traiter plus de 85 maladies, dont récemment la maladie de Krabbe, une maladie génétique touchant le développement du système nerveux. S’agissant de la reconstitution des cellules du foie, les applications sont nombreuses, notamment pour les entreprises pharmaceutiques qui veulent tester l’impact de leurs médicaments sur le foie, sans avoir recours à l’animal de laboratoire.

Pourtant, certains chercheurs continuent à nier l’efficacité thérapeutique des cellules de sang de cordon, à l’instar de Marc Peschanski, directeur du laboratoire de l’Inserm d’Evry, qui, cofinancé par l’Association française contre les myopathies (AFM), travaille sur les cellules embryonnaires et affirme que « les cellules de sang de cordon n’ont pas apporté la preuve de leur efficacité dans le domaine de la médecine régénérative »1.


Pénurie, retard et préjudice
Conformément à l’avis rendu par le Comité consultatif national d’éthique le 12 décembre 2002, les autorités françaises refusent les banques privées au nom des principes de solidarité, de gratuité et d’anonymat du don or, aujourd’hui, la France ne compte que 2 banques publiques de sang de cordon, à Bordeaux et à Besançon.
Entre 1994 et 2005, les hôpitaux ont importé 63% des greffons alors que ces derniers coûtent dix fois plus cher (20 000 euros) que s’ils avaient été conservés en France. Comment justifier que, dans ce contexte de pénurie de dons, plus de 2000 cordons ombilicaux soient détruits chaque jour ? La France ne dispose que de 5800 unités de sang placentaire disponibles, (ce qui la classe au 16è rang mondial, derrière la république tchèque), il en faudrait dix fois plus pour répondre à toutes les demandes. L’Agence de biomédecine vient de décider d’allouer un budget de 575 000 euros pour disposer, d’ici trois ans, d’un stock de 10 000 unités placentaires. Cela semble dérisoire comparé à d’autres pays : ainsi, la Suède a débloqué 2 millions d’euros pour dépasser les 250 000 unités (pour 9 millions d’habitants).

Selon certains juristes, ce retard pourrait un jour être assimilé à un préjudice par les patients qui pourraient alors attaquer les médecins coupables de ne pas leur avoir permis de bénéficier de cette technique.

Les banques de sang de cordon sont un maillon indispensable pour les progrès de la médecine régénérative. Comme le conclut le journaliste de La Vie, qui vient de consacrer un article passionnant à cette question1, « la généralisation de la collecte de sang de cordon ne peut relever que d’une volonté politique ». Aux Etats-Unis, par exemple, le Congrès a voté 265 millions de dollars pour développer un réseau de banques publiques à travers le pays… Dans d'autres pays, comme en Angleterre, se développent des modèles intéressants de banque, comme celui de la Virgin Health Bank, semi privée-publique (cf. Gènéthique n°90, juin 2007).
Pour se développer, cette recherche nécessite un travail de concertation entre les gouvernements, les milieux médicaux, les industriels et le grand public.


1. L. Grzybowski , Sang de cordon : l’étrange omerta, La Vie, 5 juillet 2007

 

Lire l'interview du Dr Nicolas Forraz à propos de la plateforme internationale de recherche sur le sang de cordon : Novus Sanguis

 


Enfant conçu : cause de divorce
La Cour d’appel de Nîmes1 vient de prononcer un divorce aux torts partagés en retenant une faute de l’épouse pour avoir conçu un enfant à l’insu de son mari, père de l’enfant : « En l’état des mœurs et des moyens de contraception existant dans la société française contemporaine, la conception d’un enfant par un couple marié doit relever d’un choix conjoint et d’un projet commun… La conception d’un enfant à l’insu du mari dans ces circonstances très particulières constitue de la part de l’épouse un manquement au devoir de loyauté que se doivent les époux, le mari étant de surcroît réduit au simple rôle de géniteur », fait constituant « une violation grave des devoirs et obligations du mariage et qui rend intolérable le maintien de la vie commune ». L’épouse ne pouvait ignorer que son mari ne souhaitait plus avoir d’enfant, le couple ayant déjà perdu deux enfants peu après leur naissance.

Enfant : préjudice pour le père ?
La Cour d’appel de Nîmes nous renvoie l’image d’un enfant, conçu dans le mariage, qui n’aurait pas dû exister au préjudice d’autrui, ici, son père. « À quand l’action d’un tel enfant lui-même contre sa mère (ou son assureur de responsabilité civile) pour l’avoir mis au monde en provoquant de la sorte, par sa faute, son divorce d’avec son père et le préjudice d’une vie déchirée ? La perspective d’une jurisprudence Perruche d’un nouveau genre, appliquée aux conflits parentaux, est-elle encore une hypothèse d’école ?»2

Droit du mari sur le corps de sa femme ?
La Cour a jugé qu’était constitutif d’une faute le fait d’être enceinte en l’absence de consentement de son mari, père de l’enfant. Le droit du mari sur le corps de sa femme s’étendrait donc à l’obligation pour elle de pratiquer la contraception, sans même qu’il soit indiqué qu’il le lui ait demandé !

Avortement sans accord du père
En revanche, le père ne dispose en France d’aucun moyen légal de s’opposer à la volonté abortive de la mère qui peut décider seule de supprimer leur enfant. S’il est marié, peut-être pourrait-il obtenir un divorce aux torts de l’épouse ayant, contre son avis, interrompu sa grossesse, mais aucune juridiction ne s’est encore prononcée sur cette question…


1. CA Nîmes, 21 mars 2007, 2è ch.civ.
2. Bull. Dictionnaire permanent bioéthique et biotechnologies, juillet 2007

 


La Fondation Jérôme Lejeune ouvre, en septembre 2007, un troisième cycle de bioéthique, en coopération avec l’Institut politique Léon Harmel, dans le but de « former les consciences et armer les professionnels » face aux défis posés par la médecine moderne, dans une perspective personnaliste.

Pour qui ?
Cette formation s’adresse aux professionnels de santé, aux étudiants en biologie, droit, médecine, philosophie, aux différents acteurs de la vie politique et sociale et à tous ceux qui souhaitent se former pour relever les défis posés par les nouveaux enjeux de la bioéthique.

Pour quoi ?
Parce qu’un jour ou l’autre ces personnes seront confrontées à des situations engageant leur responsabilité, ce 3ème cycle leur donne des clés pour :
- comprendre les enjeux philosophiques et anthropologiques des questions de santé
- acquérir des bases de réflexion en matière d’éthique médicale
- se mettre au service de la vie et de la personne humaine souffrante

Programme :                                                                               Enseignants :

Philosophie                                                                                   Pr Bénédicte Mathonat
Droit                                                                                             Pr François Vallançon, Me Jean Paillot
Biologie et Physiologie                                                                   Dr Claire Diradourian
Anthropologie                                                                                Pr Gérard-François Dumont, Dr Damien Le Guay
Epistémologie (modèles bioéthiques)                                               Jean-Marie Le Méné, Pierre-Olivier Arduin
Les religions                                                                                  Isabelle Levy, Père de Malherbe, Père Biju-Duval

Informations pratiques
La formation se déroule à Paris en 300 heures réparties sur deux années, à raison d'une journée et demi par mois. Des sites décentralisés seront envisagés pour des groupes d’au moins cinq étudiants.

Renseignements et inscriptions : www.iplh.fr - Contact : contact@iplh.fr – Tél : 06 25 37 62 83

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