|
Source de cellules pluripotentes
Le sang de cordon, présent dans le cordon ombilical qui relie le
nourrisson au placenta, peut être prélevé après la naissance, sans
contrainte pour l’enfant ni pour sa mère. Plus de cent millions
d’enfants naissent chaque année dans le monde, ce qui représente une
quantité considérable de cellules souches disponibles, couvrant une
grande variété de types tissulaires. Le sang de cordon est généralement
incinéré après la naissance alors qu’il représente une source éthique de
cellules souches pluripotentes pour la majorité de la population
mondiale. Son stockage, par congélation, est facile et sa disponibilité
plus grande que celle des cellules souches issues de la moelle osseuse.
Contrairement aux cellules souches embryonnaires qui nécessitent la
destruction de l’embryon, le recueil du sang placentaire est un acte
totalement éthique et accessible à tous qui ouvre de grandes
perspectives thérapeutiques.
Les perspectives thérapeutiques
Le sang de cordon contient un groupe de cellules souches très rares et
très immatures qui ont la capacité exceptionnelle de former plusieurs
types de tissus. Le Professeur Colin McGuckin, de l'Université de
Newcastle a été le premier au monde à avoir démontré (en 2005)
l’existence de cellules pluripotentes dans le sang de cordon,
c’est-à-dire qui ont la propriété de se transformer en de nombreux
tissus différents. Cette équipe parvient à créer du foie, mais aussi du
tissu nerveux, du tissu de pancréas, des vaisseaux sanguins, à partir de
ces cellules extraites du sang de cordon. Elle a aussi utilisé ces
cellules souches pour régénérer du tissu de cornée humaine.
Le 24 octobre 2006, le Pr. McGuckin a publié d'autres résultats
étonnants : la création pour la première fois d’un mini foie en 3
dimensions et il y a quelques semaines, en juin 2007, son équipe publie
dans Cell Proliferation un article montrant qu’elle a réussi à
créer des tissus humains produisant de l’insuline.
Les greffes de sang de cordon ombilical sont utilisées depuis plus de
vingt ans pour le traitement de maladies sanguines telles que les
leucémies ou les drépanocytoses. Mais elles ne le sont pas seulement
pour les maladies liées au système sanguin ou immunitaire (bébé bulle) :
elles le sont aussi pour des pathologies touchant la moelle osseuse, le
système nerveux ou le métabolisme, comme le diabète juvénile ou la
cornée humaine. Le sang de cordon est ainsi utilisé pour traiter plus de
85 maladies, dont récemment la maladie de Krabbe, une maladie génétique
touchant le développement du système nerveux. S’agissant de la
reconstitution des cellules du foie, les applications sont nombreuses,
notamment pour les entreprises pharmaceutiques qui veulent tester
l’impact de leurs médicaments sur le foie, sans avoir recours à l’animal
de laboratoire.
Pourtant, certains chercheurs continuent à nier l’efficacité
thérapeutique des cellules de sang de cordon, à l’instar de Marc
Peschanski, directeur du laboratoire de l’Inserm d’Evry, qui, cofinancé
par l’Association française contre les myopathies (AFM), travaille sur
les cellules embryonnaires et affirme que « les cellules de sang de
cordon n’ont pas apporté la preuve de leur efficacité dans le domaine de
la médecine régénérative »1.
Pénurie, retard et préjudice
Conformément à l’avis rendu par le Comité consultatif national d’éthique
le 12 décembre 2002, les autorités françaises refusent les banques
privées au nom des principes de solidarité, de gratuité et d’anonymat du
don or, aujourd’hui, la France ne compte que 2 banques publiques de sang
de cordon, à Bordeaux et à Besançon.
Entre 1994 et 2005, les hôpitaux ont importé 63% des greffons alors que
ces derniers coûtent dix fois plus cher (20 000 euros) que s’ils avaient
été conservés en France. Comment justifier que, dans ce contexte de
pénurie de dons, plus de 2000 cordons ombilicaux soient détruits chaque
jour ? La France ne dispose que de 5800 unités de sang placentaire
disponibles, (ce qui la classe au 16è rang mondial, derrière la
république tchèque), il en faudrait dix fois plus pour répondre à toutes
les demandes. L’Agence de biomédecine vient de décider d’allouer un
budget de 575 000 euros pour disposer, d’ici trois ans, d’un stock de 10
000 unités placentaires. Cela semble dérisoire comparé à d’autres pays :
ainsi, la Suède a débloqué 2 millions d’euros pour dépasser les 250 000
unités (pour 9 millions d’habitants).
Selon certains juristes, ce retard pourrait un jour être assimilé à un
préjudice par les patients qui pourraient alors attaquer les médecins
coupables de ne pas leur avoir permis de bénéficier de cette technique.
Les banques de sang de cordon sont un maillon indispensable pour les
progrès de la médecine régénérative. Comme le conclut le journaliste de
La Vie, qui vient de consacrer un article passionnant à cette question1,
« la généralisation de la collecte de sang de cordon ne peut
relever que d’une volonté politique ». Aux Etats-Unis, par
exemple, le Congrès a voté 265 millions de dollars pour développer un
réseau de banques publiques à travers le pays… Dans d'autres pays, comme
en Angleterre, se développent des modèles intéressants de banque, comme
celui de la Virgin Health Bank, semi privée-publique (cf.
Gènéthique n°90, juin 2007).
Pour se développer, cette recherche nécessite un travail de concertation
entre les gouvernements, les milieux médicaux, les industriels et le
grand public. 
1. L. Grzybowski , Sang de cordon : l’étrange omerta,
La Vie, 5 juillet 2007 |