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Cellules souches adultes pluripotentes
Deux équipes de chercheurs – l’une japonaise, dirigée par Shinya
Yamanaka, de l’Université de Kyoto, et l’autre, américaine, dirigée par
James Thompson, de l’université Wisconsin-Madison – ont annoncé avoir
réussi à créer des lignées de cellules souches pluripotentes humaines à
partir de fibroblastes, cellules constitutives de l’épiderme. Ces
travaux ont été publiés respectivement dans les revues scientifiques
Cell et Science de novembre 2007. Les cellules de peau
humaine ont été reprogrammées, en y introduisant quatre gènes différents
au moyen d’un rétrovirus, pour être transformées en cellules, dites iPS,
ayant les mêmes propriétés que les cellules souches embryonnaires ;
c’est-à-dire capables de se différencier en plusieurs types de cellules
du corps humain. Cette avancée révolutionnaire est l’application à
l’homme de la première découverte faite par Yamanaka : en août 2006, il
avait, en insérant quatre gènes dans des cellules de peau de souris,
obtenu des cellules au potentiel comparable à celles des cellules
souches embryonnaires (cf.
Lettre Gènéthique n°90). Cette nouvelle technique aurait aussi
l’avantage d’éliminer tout risque de rejet en cas de transplantation,
puisqu’elle devrait permettre de créer des cellules souches ayant le
code génétique du patient. Depuis, des chercheurs du Whitehead
Institute for Biomedical Research de Cambridge (Massachusetts)
déclarent avoir guéri, avec ces cellules, des souris drépanocytaires et
S. Yamanaka a réussi à supprimer le risque tumoral en écartant le gène
responsable.
Ian Wilmut renonce au clonage
"Ces résultats nous entraînent dans une ère entièrement nouvelle de
la biologie des cellules souches", s’est exclamé le Professeur Ian
Wilmut du Roslin Institute d’Edimbourg. Le "père" scientifique de
la brebis clonée Dolly vient d’annoncer qu’il abandonnait ses recherches
sur le clonage, au profit de la production de cellules souches sans
embryon. Il renonce donc à exploiter la licence qu’il a obtenue, il y a
deux ans, pour cloner des embryons humains et souhaite se rallier aux
recherches du Professeur Yamanaka qui lui semblent plus prometteuses que
celles sur les embryons. "Nous pouvons maintenant envisager le moment
où une méthode simple pourra être utilisée pour générer n’importe quel
tissu à partir d’un tout petit échantillon pris sur n’importe lequel
d’entre nous."
Réactions des scientifiques
Pour
Jean-Claude Ameisen,
président du comité d’éthique de l’Inserm, "le travail de Yamanaka
véritable révolution scientifique, prouve qu’il est possible de
reprogrammer des cellules adultes ordinaires et montre que la plasticité
des cellules est beaucoup plus grande qu’on ne le pensait. Avec cette
technique,
on ne peut plus dire : il n’y a pas moyen de faire autrement
(que la recherche sur l’embryon, NDLR)". Jean-Claude Ameisen relève
aussi : "10 ans se sont écoulés entre la première brebis clonée et
les premiers primates clonés, 15 ans ont été nécessaires pour passer des
cellules souches embryonnaires de souris aux cellules souches
embryonnaires humaines et il a fallu à peine 1 année à S. Yamanaka pour
passer de sa découverte sur l'animal à son application à l'homme".
Quant à
Axel Kahn,
directeur de l’Institut Cochin, il estime que "dans la perspective de
la médecine régénératrice, c’est la plus importante avancée depuis la
naissance de Dolly, il y a dix ans". Dans le contexte de la révision
des lois de bioéthique prévue en 2009, il ajoute "qu’il n’est pas
urgent d’autoriser la création de cellules souches embryonnaires par
transfert nucléaire à des fins thérapeutiques" (c’est-à-dire par
clonage, NDLR).
Cellules souches de sang de cordon
Dans un autre domaine tout aussi prometteur, lors du colloque sur les
cellules souches adultes et les cellules de sang de cordon, organisé au
Sénat le 22 novembre dernier, le Dr Nico Forraz (Université de
Newcastle) a annoncé le lancement prochain d’un consortium international
sur la recherche sur les cellules souches de sang de cordon, baptisé
Novus Sanguis. Créé par l’équipe du Pr Colin McGuckin (Université de
Newcastle) et la Fondation Jérôme Lejeune, Novus Sanguis réunira des
laboratoires de plusieurs pays.
Recherche embryonnaire : impasse
Comme le démontre Pierre-Olivier Arduin, responsable de la commission
bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon, au regard de ces avancées, il
semble que la France "s’obstine dans l’absurdité scientifique" en
soutenant la recherche embryonnaire. Aucune publication scientifique ne
fait état d’un traitement à base de cellules embryonnaires, notamment
parce qu’elles sont d’une grande instabilité chromosomique et
cancérigènes, alors que de grands groupes industriels comme L’Oréal ou
LVMH investissent dans la recherche sur les cellules souches adultes. Ce
"décalage démesuré (…) remet lourdement en cause les décisions
d’autorisation de protocoles de recherche par l’Agence de biomédecine.
La dépénalisation des recherches sur l’embryon est, selon la loi,
soumise à deux conditions : celle "d’être susceptible de permettre
des progrès thérapeutiques majeurs" et celle "de ne pouvoir être
poursuivie par une méthode alternative d’efficacité comparable".
(…) A quand une plainte des associations de malades contre l’Etat
pour non application de la loi du 4 août 2004 ?".1 
1. Décryptage, 22 novembre 2007 |