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Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité bioéthique

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N°96 - Décembre 2007


Cellules souches adultes pluripotentes
Deux équipes de chercheurs – l’une japonaise, dirigée par Shinya Yamanaka, de l’Université de Kyoto, et l’autre, américaine, dirigée par James Thompson, de l’université Wisconsin-Madison – ont annoncé avoir réussi à créer des lignées de cellules souches pluripotentes humaines à partir de fibroblastes, cellules constitutives de l’épiderme. Ces travaux ont été publiés respectivement dans les revues scientifiques Cell et Science de novembre 2007. Les cellules de peau humaine ont été reprogrammées, en y introduisant quatre gènes différents au moyen d’un rétrovirus, pour être transformées en cellules, dites iPS, ayant les mêmes propriétés que les cellules souches embryonnaires ; c’est-à-dire capables de se différencier en plusieurs types de cellules du corps humain. Cette avancée révolutionnaire est l’application à l’homme de la première découverte faite par Yamanaka : en août 2006, il avait, en insérant quatre gènes dans des cellules de peau de souris, obtenu des cellules au potentiel comparable à celles des cellules souches embryonnaires (cf. Lettre Gènéthique n°90). Cette nouvelle technique aurait aussi l’avantage d’éliminer tout risque de rejet en cas de transplantation, puisqu’elle devrait permettre de créer des cellules souches ayant le code génétique du patient. Depuis, des chercheurs du Whitehead Institute for Biomedical Research de Cambridge (Massachusetts) déclarent avoir guéri, avec ces cellules, des souris drépanocytaires et S. Yamanaka a réussi à supprimer le risque tumoral en écartant le gène responsable.

Ian Wilmut renonce au clonage
"Ces résultats nous entraînent dans une ère entièrement nouvelle de la biologie des cellules souches", s’est exclamé le Professeur Ian Wilmut du Roslin Institute d’Edimbourg. Le "père" scientifique de la brebis clonée Dolly vient d’annoncer qu’il abandonnait ses recherches sur le clonage, au profit de la production de cellules souches sans embryon. Il renonce donc à exploiter la licence qu’il a obtenue, il y a deux ans, pour cloner des embryons humains et souhaite se rallier aux recherches du Professeur Yamanaka qui lui semblent plus prometteuses que celles sur les embryons. "Nous pouvons maintenant envisager le moment où une méthode simple pourra être utilisée pour générer n’importe quel tissu à partir d’un tout petit échantillon pris sur n’importe lequel d’entre nous."

Réactions des scientifiques
Pour
Jean-Claude Ameisen, président du comité d’éthique de l’Inserm, "le travail de Yamanaka véritable révolution scientifique, prouve qu’il est possible de reprogrammer des cellules adultes ordinaires et montre que la plasticité des cellules est beaucoup plus grande qu’on ne le pensait. Avec cette technique, on ne peut plus dire : il n’y a pas moyen de faire autrement (que la recherche sur l’embryon, NDLR)". Jean-Claude Ameisen relève aussi : "10 ans se sont écoulés entre la première brebis clonée et les premiers primates clonés, 15 ans ont été nécessaires pour passer des cellules souches embryonnaires de souris aux cellules souches embryonnaires humaines et il a fallu à peine 1 année à S. Yamanaka pour passer de sa découverte sur l'animal à son application à l'homme". Quant à Axel Kahn, directeur de l’Institut Cochin, il estime que "dans la perspective de la médecine régénératrice, c’est la plus importante avancée depuis la naissance de Dolly, il y a dix ans". Dans le contexte de la révision des lois de bioéthique prévue en 2009, il ajoute "qu’il n’est pas urgent d’autoriser la création de cellules souches embryonnaires par transfert nucléaire à des fins thérapeutiques" (c’est-à-dire par clonage, NDLR).

Cellules souches de sang de cordon
Dans un autre domaine tout aussi prometteur, lors du colloque sur les cellules souches adultes et les cellules de sang de cordon, organisé au Sénat le 22 novembre dernier, le Dr Nico Forraz (Université de Newcastle) a annoncé le lancement prochain d’un consortium international sur la recherche sur les cellules souches de sang de cordon, baptisé Novus Sanguis. Créé par l’équipe du Pr Colin McGuckin (Université de Newcastle) et la Fondation Jérôme Lejeune, Novus Sanguis réunira des laboratoires de plusieurs pays.

Recherche embryonnaire : impasse
Comme le démontre Pierre-Olivier Arduin, responsable de la commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon, au regard de ces avancées, il semble que la France "s’obstine dans l’absurdité scientifique" en soutenant la recherche embryonnaire. Aucune publication scientifique ne fait état d’un traitement à base de cellules embryonnaires, notamment parce qu’elles sont d’une grande instabilité chromosomique et cancérigènes, alors que de grands groupes industriels comme L’Oréal ou LVMH investissent dans la recherche sur les cellules souches adultes. Ce "décalage démesuré (…) remet lourdement en cause les décisions d’autorisation de protocoles de recherche par l’Agence de biomédecine. La dépénalisation des recherches sur l’embryon est, selon la loi, soumise à deux conditions : celle "d’être susceptible de permettre des progrès thérapeutiques majeurs" et celle "de ne pouvoir être poursuivie par une méthode alternative d’efficacité comparable". (…) A quand une plainte des associations de malades contre l’Etat pour non application de la loi du 4 août 2004 ?".1


1. Décryptage, 22 novembre 2007

Lire l'interview du Dr Nicolas Forraz à propos de la plateforme internationale de recherche sur le sang de cordon : Novus Sanguis
 

Génétiquement incorrect fait suite à l’entretien qu’avait accordé Didier Sicard, président du Comité consultatif national d’éthique, le 5 février dernier, au quotidien Le Monde. Il y dénonçait la généralisation du dépistage prénatal (DPN) et la sélection des embryons : "Je suis profondément inquiet devant le caractère systématique des dépistages, devant un système de pensée unique. (…) Le dépistage réduit la personne à une caractéristique. C’est ainsi que certains souhaitent que l’on dépiste systématiquement la maladie de Marfan dont souffraient notamment le président Lincoln et Mendelssohn. Aujourd’hui, Mozart, parce qu’il souffrait probablement de la maladie de Gilles de la Tourette, Einstein et son cerveau hypertrophié à gauche. (…) La vérité centrale est que l’essentiel de l’activité de dépistage prénatal vise à la suppression et non pas au traitement. Ainsi ce dépistage renvoie à une perspective terrifiante : celle de l’éradication. Et ceci est peut-être plus vrai en France que dans d’autres pays". Quelques jours après, Nicolas Journet avait obtenu une tribune dans le même quotidien, dans laquelle il s’insurgeait, en tant que "premier concerné", contre le développement du DPN et son application à "sa" maladie. De là est né son livre.

Diagnostic prénatal et eugénisme
Nicolas Journet est en effet atteint du syndrome de Marfan et cette maladie orpheline fait peser sur lui la menace permanente d’une crise cardiaque. Dès l’adolescence, il découvre le manque de prise en charge des maladies génétiques, et surtout le regard froid et accusateur des médecins qui le considèrent comme un
problème à éliminer et culpabilisent ses parents : pour le corps médical, il n’aurait pas dû naître. Pourtant, maladie génétique et bonheur ne sont pas incompatibles ! A travers ce plaidoyer aussi dérangeant que salutaire, il entend bien prouver qu’il a le droit d’exister, d’être heureux et même d’avoir des enfants.

Une réforme du Téléthon
Au nom du droit à la différence, N. Journet demande une réforme du Téléthon qu’il accuse de "favoriser le développement d’une politique eugéniste en France, en subventionnant les recherches sur la sélection des embryons et le diagnostic prénatal". Il demande que l’affectation des fonds du Téléthon soit contrôlée par l’Etat, pour empêcher cette grave dérive de la santé publique en France. "En 1935, Carel parlait de chambres à gaz ! En 2007, pour éliminer les défectueux, on a le diagnostic prénatal, beaucoup plus urbain. Et on a encore mieux. Il y a le diagnostic préimplantatoire."

"L’homme et l’Animal"
A quoi bon mettre une majuscule au mot Homme si c’est pour finir après des siècles de progrès scientifiques par le sélectionner comme un animal ? Nicolas Journet s’étonne de voir combien les animaux sont souvent plus choyés que nous autres humains : "Je suis dans la même situation que le tigre blanc du Bengale, un autre mutant naturel. Il est atteint d’une maladie récessive, le leucistisme, qui donne à son pelage cette couleur particulière. Mais lui, il est accueilli dans les parcs zoologiques du monde entier. Les animaux, eux, ont droit à la différence. Leur particularité justifie une protection rapprochée. (…) D’un côté, la tare génétique d’un animal constitue un élément vital de la diversité biologique de notre planète. Dans le même temps, toute anomalie génétique chez l’homme doit être férocement combattue".


1. Génétiquement incorrect, Nicolas Journet, Ed. Danger Public, nov. 2007.

 


Deux ouvrages récents évoquent le tabou des grossesses interrompues et les conséquences psychologiques sur la femme et son entourage.

Quel âge aurait-il aujourd’hui ?1
Le Docteur Stéphane Clerget, psychiatre, vient d’écrire
"Quel âge aurait-il aujourd’hui ? Le tabou des grossesses interrompues" dans le but de prévenir, accompagner et guérir des conséquences psychologiques des fausses couches, des interruptions volontaires de grossesse, et des interruptions médicales de grossesse. C’est le regard d’un psychiatre, a priori pas opposé à l’avortement, qui, à travers les confidences recueillies au cours de ses consultations, décrit les traces psychiques laissées par une interruption de grossesse chez la femme, mais aussi dans sa famille, et particulièrement ses enfants présents et à venir. Du traumatisme à la dépression, de la colère au déni ou à la culpabilité, il explique les réactions diverses, souvent niées par l’entourage et propose des remèdes dont la reconnaissance sociale du deuil périnatal, élargi aux fausses couches. Le Dr Clerget préconise de légitimer la douleur morale de la perte de l’embryon ou du fœtus, quelle qu’en soit la cause, et de mettre en place des rituels laïcs ou religieux de deuil. Pour soulager ces souffrances, il faut les reconnaître.

Des souffrances interdites
Depuis la loi Veil de 1975, 4 à 5 millions de femmes en France ont eu recours à l’avortement. Beaucoup viennent consulter un psychiatre, pour une dépression résistante, pour des angoisses de mort et sont surprises de découvrir que cela a commencé quelque temps après une IVG. Mais pour des raisons idéologiques personne en France n’ose évoquer les conséquences psychologiques et physiologiques de l’avortement.

Accompagner ces souffrances
"Le traumatisme post-avortement" du Dr F. Allard et de J.R Fropo (2), à travers de nombreux témoignages et l’analyse de la littérature médicale anglo-saxonne lève le voile sur ces souffrances et exhorte les femmes à en parler et accepter de se faire accompagner pour surmonter une épreuve qui affecte la sérénité familiale.


1. Quel âge aurait-il aujourd’hui ? Le tabou des grossesses interrompues, Stéphane Clerget, Ed. Fayard, oct. 2007
2. Le traumatisme post-avortement, F. Allard
&  J.R Fropo, Ed. Salvator, août 2007



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