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Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité bioéthique

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N°83 - Novembre 2006

Une avancée exceptionnelle
L’équipe du Pr McGuckin et du Dr Forraz (Université de Newcastle) est parvenue à créer un modèle de foie miniature à partir de cellules souches prélevées dans du sang de cordon ombilical. Le sang de cordon ombilical est prélevé après la naissance sans danger pour la mère ou l’enfant. Les scientifiques ont placé ces cellules souches du sang de cordon prélevé chez des nouveaux-nés dans un bioréacteur mis au point par la Nasa. Les effets reproduits de l’apesanteur ont permis aux cellules de se développer plus rapidement et de se transformer avec des facteurs de croissance en tissus de foie en 3 dimensions. Cette équipe serait ainsi la première à fabriquer des tissus de taille non négligeable (quelques millimètres) en 3 dimensions à partir de cellules souches de sang de cordon ombilical.

Des impacts énormes
Selon les experts, cette découverte pourrait avoir  des impacts énormes sur l’industrie pharmaceutique car les « mini-foies » pourraient, d’ici à deux ans, être utilisés pour des essais médicamenteux, offrant un outil adapté afin de mieux prédire les effets secondaires toxiques d’un médicament en développement, réduisant ainsi l’expérimentation animale. A moyen terme, cette technologie  pourrait évoluer afin d’utiliser des tissus hépatiques pour créer des « dispositifs de foie artificiel » et traiter des patients en attente de greffe hépatique ou d’une régénération de leur foie ; d’ici quinze ans, on pourrait envisager de transplanter des « fragments hépatiques » pour compenser certaines atteintes du foie.

 

Lire l'interview du Dr Nicolas Forraz à propos de la plateforme internationale de recherche sur le sang de cordon : Novus Sanguis

 

Le nombre d’avortements ne cesse de croître en France, mais quel est l’impact psychologique de l’avortement auprès de toutes les personnes impliquées dans cette pratique ?

Enquête dans les hôpitaux
Pendant plusieurs mois, Sabine Faivre a mené une enquête au sein de l’hôpital ; elle a observé de façon « neutre » et écouté les personnes, de l’assistante sociale au médecin, des femmes et des couples concernés aux conseillers conjugaux et aux équipes d’infirmiers ; elle a ainsi retranscrit la réalité vécue aujourd’hui par chacun des acteurs1.

Des acteurs isolés

Chacun est le maillon isolé d’une chaîne, sur laquelle il a souvent le sentiment de n’avoir aucune prise, et qui peut le contraindre à des choix qui transgressent sa liberté de conscience ; chacun tente aussi de se protéger à la mesure de ses moyens, le plus souvent en se blindant derrière un mur de silence et de mensonge pour ne pas reconnaître l’échec de la loi sur l’IVG. A tous les niveaux, les témoignages sont souvent poignants et si beaucoup de personnes ont le sentiment de bien faire, l’atmosphère générale qui règne est celle d’un lieu où le désespoir et la mort ont finalement le dernier mot ; certains médecins avouent « nous, on croit servir, alors qu’on enfonce », « l’IVG, ça peut bousiller complètement une femme (…) mais on n’a pas le choix »…

Quel accompagnement ?
L’enquête menée par Sabine Faivre montre surtout l’immense solitude et le manque d’information des femmes qui avortent : vouloir dissuader une femme d’avorter, ne serait-ce qu’en présentant les alternatives à l’avortement, les aides possibles… c’est courir le risque de tomber sous le coup d’une poursuite pénale. Si tout le monde sait intimement que « l’après IVG » sera douloureux, l’assistante sociale qui se risquerait à aborder le sujet, dans un but d’information, pourrait être accusée d’avoir voulu dissuader la femme, alors que ce défaut d’information est ressenti comme une entrave à la liberté de choisir. « Une femme enceinte en détresse qui hésite, c’est un peu comme un grain de sable risquant de gripper l’engrenage ; dans ces conditions, il vaut mieux ne pas perdre trop de temps », raconte une assistante sociale. Depuis que la loi a inscrit le délit d’entrave à l’IVG dans le code pénal, les acteurs sociaux savent qu’ils n’ont pas le droit d’intervenir. La difficulté s’accroît avec une disposition de la dernière loi : depuis le 4 juillet 2001, les femmes peuvent même venir avorter sans entretien préalable avec les assistantes sociales.

A la limite de la maltraitance
L’auteur raconte la souffrance de mineures qui ont avorté sous la contrainte et la pression de leur famille ou d’un tiers, alors qu’elles désiraient garder leur enfant ; depuis que l’incitation à l’avortement n’est plus un délit condamnable, comment distinguer l’incitation de la contrainte lorsqu’il s’agit d’une personne vulnérable et dépendante ?

Mensonge et tabou
A tous les niveaux, on rencontre un énorme mensonge :
- mensonge sur les raisons : les femmes avancent l’argument économique pour ne pas reconnaître qu’elles sont incapables de gérer leur sexualité et leur fécondité ;
- mensonge sur la réalité de l’acte : certaines équipes préfèrent l’IVG chirurgicale parce qu’elles voient la femme partir au bloc et revenir presque dans le même état ; elles n’ont rien vu, rien entendu, cela leur permet de gommer l’événement. « Les femmes qui vivent l’IVG sous RU 486 le vivent encore plus mal, parce qu’elles assistent à leur avortement en direct ; elles récupèrent elles-mêmes les débris de l’avortement » ;
- mensonge sur les conséquences : la souffrance liée à l’avortement est taboue, elle n’est pas reconnue dans notre société. Pourtant, les femmes qui consultent pour un suivi post-IVG savent que pour parvenir à dépasser leur souffrance et à se reconstruire, il leur faudra apprendre à nommer l’enfant perdu.

En résumé, l’IVG est vécue comme un drame totalement isolé : isolé en amont des alternatives qui pourraient permettre de l’éviter, et isolé en aval des propositions d’écoute et d’accompagnement qui pourraient permettre de le soigner. Tel qu’il est conçu, le dispositif ressemble à une sorte d’entonnoir dans lequel les individus n’ont d’autre choix que s’y engouffrer. Tous reconnaissent que l’échec contraceptif mène à coup sûr vers l’avortement. Devant l’urgence à agir, la solution ne serait-elle pas dans l’éducation à une sexualité responsable qui aurait l’avantage d’être au service des hommes, dont on parle peu, autant que des femmes ?

1. La vérité sur l’avortement aujourd’hui, Sabine Faivre, ed. Téqui, 2006

 

Nombre record d’IVG en 2004
Une récente étude de la DREES1 indique que le nombre d’avortements ne cesse d’augmenter en France, pour atteindre 210 664 en 2004 (dernière année recensée), soit une hausse régulière de 1,8% par an depuis 1995. La part des IVG médicamenteuses continue de croître (elles représentent 42% en 2004, 38% en 2003) et surtout le nombre d’avortements chez les mineures est en constante augmentation depuis 1990 et atteint 11 500 en 2004, soit une jeune fille de 15-17 ans sur cent.

De la contraception à l’IVG
En parallèle, les méthodes contraceptives sont largement utilisées. 71% des personnes concernées y ont recours, 68% des 15-19 ans déclarent prendre la pilule et 56% recourir aux préservatifs. En outre, la « contraception d’urgence » s’est très fortement développée depuis 1999, date à laquelle elle est devenue accessible en pharmacie sans prescription médicale. Depuis 2000, elle peut être distribuée par les infirmières scolaires ; et depuis 2002, elle est gratuite en pharmacie pour les mineures. Plus d’un million de comprimés de Norlevo ont été vendus en 2005, soit six fois plus qu’en 1999 ; mais dans 7,5% des cas, la prise d’une « contraception d’urgence » n’a pas suffi à éviter une grossesse. Rappelons que selon la période du cycle féminin où elle est prise, soit elle empêche que la fécondation ne se réalise et a un effet contraceptif, soit, comme certains le pensent, elle agit en empêchant la nidation de l’embryon déjà conçu et a alors un effet abortif.

La hausse du nombre d’IVG ne semble donc pas s’expliquer par une moindre utilisation des contraceptifs, bien au contraire. Et  une étude de l’Inserm, De la contraception à l’avortement, sociologie des grossesses non prévues2, le confirme en indiquant que ¾ des grossesses non prévues sont interrompues par une IVG.

Il est donc illusoire de croire que la contraception comme la « pilule du lendemain » peut endiguer l’avortement ; bien au contraire, cette étude confirme que le développement d’une mentalité contraceptive conduit à toujours plus d’avortements.

1. Les IVG en 2004, DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), Ministère de la santé, Etudes et résultats n°522, sept. 2006

2. De la contraception à l’avortement, sociologie des grossesses non prévues, Questions en santé publique, N. Bajos, M. Ferrand et équipe GINE, Inserm, 2002

 

Les 20 et 21 novembre 2006, se sont tenues à Paris les Journées Cliniques Jérôme Lejeune (JCJL) consacrées aux perspectives thérapeutiques et à la prise en charge des personnes atteintes d’une maladie génétique de l’intelligence (trisomie 21, syndromes liés à l’X, syndromes rares…). Médecins et scientifiques du monde entier ont présenté leurs travaux et leurs observations cliniques. On peut signaler la présence du Pr. Mobley, président du Comité scientifique du Congrès (Stanford), du Pr. Tassé (Chapel Hill), du Pr. Hagerman (Sacramento), du Pr. Sommelet (Nancy)… 450 professionnels de nombreux pays (chercheurs, médecins et paramédicaux) y ont participé.

 

Meilleure prise en charge

L’objectif de ces Journées est de présenter les avancées cliniques et les progrès techniques réalisés pour une meilleure prise en charge de la personne atteinte d’une maladie génétique de l’intelligence.

Plusieurs intervenants ont abordé la problématique de la douleur chez ces patients : « L’interprétation de la douleur est très abstraite pour les personnes déficientes mentales, mais ce n’est pas parce que qu’elles ne s’en plaignent pas qu’elles ne la ressentent pas », a insisté le Pr. Tassé.

Enfin, des programmes de recherche ont été présentés notamment CiBleS21, un programme à visée thérapeutique mené par l’Institut Jérôme Lejeune1.

 

Une maladie orpheline de recherche

En France, 50 000 personnes sont trisomiques 21 ; pourtant, cette pathologie reste une maladie orpheline de recherche. Il n’existe aucune politique publique de recherche sur cette maladie.

1. L’Institut Jérôme Lejeune suit actuellement 3 800 patients atteints d’une maladie génétique de l’intelligence.

 

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