Le Pr. Sureau, ancien
président de l’Académie nationale de médecine et membre du Comité
consultatif national d’éthique, a publié un livre sur le statut de
l’embryon intitulé Son nom est personne. Le faible écho que cet ouvrage
a suscité dans les médias ne doit pas faire oublier le piège de ses
propositions.
Respecter l'embryon ?
Sur l’affaire des
fœtus morts découverts à l’hôpital Saint Vincent de Paul, Claude Sureau
se déclare surtout choqué par la désinvolture qui touche les fœtus et
les embryons vivants.
De même, il comprend les parents confrontés à l’homicide involontaire du
fœtus sans possibilité d’en poursuivre pénalement l’auteur depuis le
revirement de jurisprudence de la Cour de cassation.
Il s’indigne ensuite d’une décision de justice qui, après une panne
d’électricité responsable de la perte de plus de 500 embryons congelés,
ne reconnut ni la mort de personnes humaines, ni la destruction d’objets
appartenant aux parents.
Il regrette enfin l’interdiction du transfert posthume d’embryons,
obtenus par fécondation in vitro du vivant du couple, à la veuve
qui le demande, etc. Et, de proche en proche, par petites touches, le
lecteur se sent presque gagné par la force des arguments de M. Sureau…
Variations énigmatiques
Or tout
s’effondre un peu plus loin quand le Pr. Sureau approuve le clonage
thérapeutique en faisant semblant de croire que les embryons ainsi
obtenus ont moins de valeur que ceux conçus avec ovule et spermatozoïde.
Et comme la loi française autorise la recherche sur les embryons
surnuméraires qui "sont indiscutablement des embryons humains", à
plus forte raison doit-elle autoriser le clonage, démontre-t-il. Par
comparaison, le clonage passe pour une transgression moins violente que
le sacrifice des embryons surnuméraires. Rappelons que le Pr. Sureau
milita pour obtenir la recherche sur les embryons congelés lors de
l'examen de la loi de bioéthique de 2004. Une fois cette victoire
acquise (par le vote de la loi), l’embryon redeviendrait pour lui un
être humain respectable ? Cela permet surtout de justifier la
fabrication de clones humains rebaptisés artéfacts cellulaires.
Autre souhait de M. Sureau : autoriser une recherche susceptible de
porter atteinte à l’embryon pour ensuite le transférer dans l’utérus
afin d’y étudier son développement. Cette proposition n’a qu’un seul but
: améliorer les résultats de la fécondation in vitro et non pas
soigner les embryons malades. Or la véritable médecine prénatale n’a que
faire de ces préoccupations statistiques. Quant à dire qu’il faut
prendre le risque de faire mourir le patient pour mieux le guérir, à
part les médecins de Molière, on ne voit pas très bien qui cela peut
convaincre de nos jours.
Un
statut animal pour l'embryon
Ainsi en
arrive-t-on à la révélation stupéfiante du livre. L’auteur, dans un
chapitre de conclusion intitulé « Le paradoxe du petit chien »,
ne propose rien de moins que de donner à l’embryon humain le statut
de l’animal. Depuis le droit romain, on pensait que l’homme était un
petit de l’homme. Sur la base de ce constat -sûrement hâtif - une
summa divisio distinguait deux catégories d’êtres : les personnes
que l’on doit respecter, et les choses dont on peut disposer. Mais
depuis le Pr Sureau il n’y a plus les personnes et les choses. Il y
aurait les personnes, les choses et… les ratons laveurs dont nous
ferions tous partie dans notre extrême jeunesse.
Un
statut infra humain
L'allégeance
qu’il se croit obligé de renouveler à la loi Veil, « loi bénéfique pour
la santé publique », ne laisse pas beaucoup de doute sur la sincérité de
ses ardeurs à vouloir donner un statut protecteur à l’être prénatal.
Il faut que tous ceux qui seraient prêts -par générosité et avec les
meilleures intentions du monde- à donner un statut à l’embryon,
comprennent l'enjeu. Par définition, toute proposition
de donner un
statut à l’embryon ne peut conduire qu’à lui donner un statut infra
humain. La proposition de M. Sureau est doublement suspecte. D’abord
parce qu’à l’évidence le statut d’animal protégera encore moins
l’embryon que le statut d’être humain dont il continue à être doté
depuis le droit romain, même si les juges ne l’appliquent plus toujours.
Ensuite parce que la loi aujourd’hui ne permet pas absolument n’importe
quoi. Elle reste, malgré tout, encore protectrice. Or, une loi qui «
animaliserait » l’embryon permettrait de justifier une complète
disponibilité de l’embryon, voire l’autorisation de créer des embryons
par clonage. C’est cette loi que suggère Claude Sureau.

C. Sureau, Son nom est personne - Avant de naître l'enfant est-il une
chose, un amas de cellules ou un patient ? - Ed. Albin Michel, 2005.
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100
millions dans le monde
La revue médicale The Lancet1 vient de publier une
étude sur le déficit de naissance de filles en Inde. Les équipes de
Prabhat Jha (université de Toronto, Canada) et de Rajesh Kumar
(université de Shandigahr, Inde) ont mené, en 1998, un recensement en
Inde sur 1,1 million de ménages. Ils ont étudié le rapport entre
naissances masculines et naissances féminines pour plus de 133700
naissances intervenues en 1997. Ainsi sur ces 20 dernières années, 10
millions de foetus féminins auraient été victimes d'avortement. Ce
chiffre s’élève à 100 millions dans le monde, si l'on ajoute la Chine,
l’Afghanistan, le Pakistan et la Corée du Sud, confrontés au même
phénomène. En Occident il est né, entre 1997 et 2002, 103 à 106
garçons pour 100 filles. En Inde, sur cette même période le sex-ratio
est passé de 899 à 892 filles pour 1000 garçons. Dans les familles où
le premier enfant est une fille, il naît en second 759 filles pour
1000 garçons. Lorsque les deux premiers enfants sont des filles, le
ratio pour le troisième est de 719 filles pour 1000 garçons. En Inde,
chez les enfants âgés de zéro à six ans, on dénombre 927 filles pour
1000 garçons.
200
millions en 2025
Jean-Claude Chesnais, démographe, économiste et directeur de recherche
à l'INED, explique dans Le Monde2, que la
répartition entre hommes et femmes pourrait changer dans certaines
parties du monde avec les techniques médicales. En l'absence de
discrimination le nombre de femmes dépasse d'environ 5% celui des
hommes. Si la tendance observée dans certains pays se généralise, il
n'est pas exclu que le déficit des femmes atteigne 200 millions en
2025 sur la planète.
Forfait
échographie / avortement
Depuis 1994, il est interdit en Inde de faire des examens prénataux
pour connaître le sexe du foetus et de pratiquer une interruption de
grossesse sur ce seul critère mais cette loi "est souvent ignorée".
Dans ce pays, il est fréquent qu’une femme avorte, cinq, six fois
jusqu’à ce qu’elle attende un garçon. A Delhi, en 6 mois 4 000 fœtus
ont été éliminés.
C’est une "tuerie silencieuse" dénonce un membre d’une ONG. L’arrivée
de l’amniocentèse et de l’échographie n’a fait qu’amplifier le
phénomène.
Si la loi impose à l’hôpital public de ne pas révéler le sexe du bébé,
les cliniques privées, elles, ne s’en privent pas. Beaucoup proposent
d’ailleurs un forfait "échographie + avortement" de 5000 à 10000
roupies (100 à 200 €). Dans les villages, des stations portables
d'échographie permettent de sélectionner les fœtus garçons. Des
avortements tardifs sont aussi pratiqués clandestinement dans des
cliniques peu scrupuleuses. Les autorités tentent de prévenir ces
avortements sélectifs mais dans ce pays où la corruption est répandue
aucun médecin n’a encore été condamné à la prison. L’IVG a remplacé un
autre mode d’élimination des filles : l’infanticide après la naissance
qui reste de mise dans les familles pauvres.
Pour combattre ce génocide, plusieurs états indiens offrent des
bourses aux parents acceptant d'élever des filles mais cette aide n'a
qu'un effet mineur.
Violence et trafic
L’Inde se masculinise donc et dans de nombreuses régions, par
frustration sexuelle, la violence contre les femmes est en hausse.
Beaucoup d’hommes sont maintenant à la recherche de femmes. Certains
achètent même leurs épouses et l’on voit apparaître des cas de
polyandrie.
Un phénomène qui risque d'accentuer un autre drame : celui du trafic
d’êtres humains, un problème d’une dimension mondiale qui touche
chaque année 1,2 million de mineurs de moins de 18 ans. Le chiffre des
petites filles achetées et vendues à des fins de mariage, ou pour la
prostitution et l’esclavage s’élève déjà à 4 millions. "Le problème
des mariages arrangés – plus de 80 millions dans le monde – imposés à
des jeunes filles de moins de 18 ans, a été dénoncé par de nombreuses
organisations humanitaires, également pour le risque mortel encouru
par les jeunes mères" souligne l’agence Fides, organe
d’information de la Congrégation vaticane.
Infanticide et génocide en Inde
Shirish S.Sheth, du Breach Candy Hospital de Bombay, indique en
commentant l'étude du Lancet : "l'infanticide féminin du
passé s'est raffiné et est devenu une technique aiguisée sous ces
nouveaux atours". Il rappelle qu'en 1986, les sociétés
d'obstétrique et de gynécologie d'Inde avaient déclaré "le
foeticide" féminin "
crime contre l'humanité
".
Alors qu'aujourd’hui, en Inde, il "manque" au moins 36 millions
de femmes, le Dr B. S. Dahiya, qui se bat depuis plus de vingt ans
contre l’élimination des filles déclare dans Marie-Claire qu'il s'agit
d’un véritable "génocide"3. Pour Donna Fernandes,
membre de l’association féministe Vimochana, il s’agit "de la
violation des droits humains la plus fondamentale qui soit. Il ne peut
y avoir aucun droit humain si l’on vous refuse celui de naître".
IVG et droit de la femme
L'étude du Lancet précise que plus le niveau d'éducation de
la femme est élevé, plus le sex-ratio est défavorable aux filles.
Le déficit peut être deux fois plus élevé chez une femme "éduquée",
sur place ou à l'étranger, que chez une femme illettrée. Le seul
facteur de cette sélection ne serait donc pas la pauvreté. Au poids
des coutumes il faut ajouter celui du sentiment de liberté totale de
la femme "éduquée" face à son choix d'enfant.
Pourtant avec l'élimination massive des petites filles, ce "droit
fondamental" revendiqué par les femmes à pouvoir dire et faire "un
enfant quand je veux, comme je veux" semble se retourner contre
elles-mêmes.
Le féminisme absolu qui a fait de la liberté d'avorter l'emblème de
tous les combats contre la société sexiste, deviendra-t-il le premier
ennemi de la femme ?

1 - The Lancet, 21
/01/2006, Missing female births in India, Sheth SS, Vol. 367, Issue
9506, Pages 185-186
2 - Le Monde, 15/11/ 2005, "Il pourrait manquer 200 millions de femmes
sur Terre en 2025".
3 - Marie-Claire, 09/2005 : "Génocide en Inde. 36 millions de femmes
manquent à l’appel". |
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