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Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité bioéthique

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N°84 - Décembre 2006

Le dernier ouvrage de Michel Schooyans, en collaboration avec Anne-Marie Libert, démonte quelques-uns des mécanismes essentiels du bioterrorisme qui s’est imposé dans les plus grandes organisations internationales, l’Organisation des Nations Unies (ONU), le Fonds Monétaire International (FMI), l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’UNICEF, etc., où il règne sans partage, recourant à une panoplie où se côtoient les sciences biomédicales, la démographie, la linguistique et la communication. Ce livre aussi vigoureux que lumineux invite à reprendre à la racine la question de l’humanité de l’homme.

 

Déconstruction du langage

Le sens des mots n’est plus assuré ; il fait l’objet de discussions, voire de marchandage et le trafic du langage devient l’instrument indolore d’un retournement psychologique. Discrètement, inexorablement, les personnes, même de bonne foi, sont captivées par les mots qui les trompent : protection, vie, santé reproductive, consensus, etc. Autant d’expressions symboles dont le sens est retourné pour habiller des entreprises homicides.

Contraception ou avortement ?

Ainsi, l’avortement n'est plus la mort prématurée de l’embryon ou du fœtus au cours de son développement mais c'est maintenant selon l’OMS, une méthode « qui agit après que la nidation a eu lieu ». Cette définition permet de faire mieux accepter la pilule du lendemain ou le stérilet, qui le plus souvent, n’agit qu’après la fécondation, en empêchant la fixation de l’ovule fécondé, c’est-à-dire de l’embryon. La majorité des pilules a un effet abortif plutôt qu’anovulatoire. Comme le précisent la plupart des notices, « un contraceptif oral peut agir à trois niveaux pour une sécurité maximale : la pilule permet le blocage de l’ovulation, empêche l’implantation de l’œuf et empêche les spermatozoïdes de monter vers l’utérus ».

C’est ainsi que, lors de la rédaction de  l’encyclique Humanae Vitae, Paul VI avait bien compris que s’il acceptait la contraception, il devrait approuver l’avortement. On remarquera que cette définition trompeuse de l’avortement lève également tout obstacle à l’utilisation d’embryons à des fins expérimentales.

Contrôle démographique

Bien qu’il n’ait jamais été démontré que le contrôle de la natalité des pays pauvres favorise leur développement, le mot d’ordre de l’OMS est d’y favoriser l’avortement et la contraception tout en changeant les lois et les mentalités, en impliquant autant que possible les personnes influentes et les groupes religieux.

 

La tactique du salami

L’ouvrage de Michel Schooyans démontre ensuite comment sont utilisés les hésitations, les compromis, les ambiguïtés des chrétiens dans le domaine de la vie humaine et de la famille, comment les institutions catholiques sont infiltrées et utilisées pour mettre en œuvre les programmes onusiens de santé reproductive, en particulier au Brésil et dans les pays en développement. Au Mexique et au Brésil, près de 40% de la population féminine a été stérilisée ! Les résistances sont grignotées petit à petit ; la tactique a pour but de neutraliser l’adversaire puis de le récupérer en obtenant de lui, tranche après tranche, ce qu’il ne concèderait jamais en bloc.

 

L’enseignement de Nuremberg

Lors du procès de Nuremberg, les dirigeants et les organisations nazis ont été déclarés criminels par nature. Le tribunal a reproché aux médecins d’avoir obéi à des ordres et des lois injustes et d’avoir ordonné ou couvert des pratiques ou des expériences inhumaines.

On leur a fait grief d’avoir eu connaissance des programmes dans lesquels ils étaient impliqués, de les avoir exécutés et de ne pas avoir pratiqué l’objection de conscience alors qu’ils auraient dû le faire. Les juges de Nuremberg ont accueilli l’idée de la responsabilité de ceux qui institutionnalisent le crime. Ils ont condamné l’organisation de l’eugénisme, d’expériences médicales immorales et cruelles et de morts massives.

L’objection des hommes politiques

Aujourd’hui, la loi légitime le crime. D’après les chiffres de l’OMS, 50 millions d’avortements sont réalisés chaque année, et la légalisation de l’avortement fait de la société politique une société publiquement criminelle. Le mal de l’avortement apparaît plus clairement aujourd’hui qu’en 1975, au moment de la loi Veil. On perçoit combien il entraîne une altération du tissu social, instaure un principe de discrimination, banalise l’eugénisme, etc. Il est urgent d’éclairer la conscience morale des hommes politiques ; l’avortement, comme l’euthanasie, s’opère dans un réseau serré d’étroites complicités ; toute la chaîne des agents est solidaire dans le crime, du législateur au médecin, en passant par le juge.

Les chrétiens et l’objection de conscience

Or le respect de toute vie humaine est fondamental dans la définition de l’identité chrétienne. Il ne s’agit pas d’un choix qui serait laissé à chacun à l’intérieur de l’éthique chrétienne. Cette vérité, pleinement accessible à la raison, est pour ainsi dire le portique de toute la morale chrétienne. Les politiciens qui se taisent pratiquent l’objection de conscience à l’envers. En contestant les valeurs chrétiennes pour donner la primauté aux lois positives favorisant la mort, en choisissant l’éthique de responsabilité plutôt que l’éthique de conviction,  ils font le choix de plaire aux hommes plutôt qu’à Dieu. Peut-on servir deux maîtres ?

 

La terreur douce

Avec l’arrivée de la terreur douce, toute existence humaine est en sursis et les hommes, à qui on a appris à se mépriser eux-mêmes, sont prêts à se reconnaître surnuméraires dans la société. Au nom du pluralisme, trop de chrétiens se laissent dépouiller de leur propre morale, au point d’adhérer à une vision perverse de la démocratie.

Dans ce monde où le droit à la vie ne tient qu’à un fil appelé consensus, le chrétien doit apparaître comme un signe de division et d’espérance.

Un livre remarquable et passionnant, complété d’une riche bibliographie.

A méditer de toute urgence.

Le terrorisme à visage humain, Michel Schooyans coll. Anne Marie Libert, ed. F.X. de Guibert, 2006.

 

Saisi par le Professeur Laurent Degos, spécialiste d’hématologie à l’hôpital Saint Louis (Paris), le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) vient de se prononcer en faveur d’une certaine forme de commercialisation des cellules souches humaines.

Les recommandations
Après avoir rappelé que les cellules souches sont des éléments du corps humain et qu’elles ne sauraient faire, en tant que telles, l’objet de commercialisation ou donner lieu à rémunération, le CCNE remarque que « ce principe ne fait pas obstacle au fait que soient rémunérés, y compris sous forme commerciale, d’une part, les actes, interventions et opérations qui précèdent, entourent ou suivent les prélèvements de cellules, notamment les diverses transformations dont elles peuvent être l’objet, d’autre part, les diverses utilisations dont le produit transformé pourrait être l’objet au terme de modifications profondes ». C’est le procédé de transformation, et non la cellule elle-même, qui pourrait faire l’objet d’un brevet. Le CCNE recommande des règles d’attribution restrictives de ces brevets et la mise en œuvre de licences obligatoires afin de ne pas brider les nouveaux développements de la recherche, au détriment de la santé publique et de l’accès aux  soins. La constitution de banques de cellules, comparables à celles qui existent aujourd’hui pour le sang de cordon ombilical, doit aussi être envisagée.
 

Cellules embryonnaires et clonage
Ces recommandations concernent également les cellules d’origine embryonnaires, « mais il ne faut pas mésestimer le risque que l’embryon ne soit alors considéré comme un simple matériau de laboratoire, voire un médicament (…) » L’hypothèse, aujourd’hui exclue par la loi, de cellules souches obtenues par clonage, poserait un problème éthique similaire.
 

Objections éthiques
Trois des membres du CCNE ont refusé de s’associer à cet avis, jugeant « l’argumentation particulièrement hypocrite » : le Père Olivier de Dinechin, Philippe Rouvillois, président honoraire de l’Institut Pasteur, et Marie-Thérèse Hermange, sénateur.

Inquiétude sur l’origine des cellules
Leur inquiétude concerne principalement l’origine des cellules souches. Ils rappellent que les lignées de cellules souches embryonnaires ne peuvent être obtenues que par prélèvement sur des embryons humains qui sont de ce fait, détruits. Ces embryons sont ainsi « traités comme un simple matériau de laboratoire ». Or, « notre manière de traiter l’être humain en devenir ne peut qu’avoir de fortes répercussions sur nos représentations de la personne humaine et, de ce fait, sur nos comportements… On franchit, sans le dire, un pas très important dans la banalisation de la recherche sur l’embryon, loin des précautions du législateur et des motivations désintéressées invoquées jusqu’ici ».

De même « envisager » la constitution de banques de cellules «suscite légitimement de graves inquiétudes, du fait qu’elle ne prévoit aucune distinction entre les lignées de cellules souches humaines qui entreraient dans la constitution de ces banques. N’est-ce pas un appel à multiplier le prélèvement de cellules sur des embryons humains in vitro, à légitimer abusivement des programmes de recherche opportunistes, voire orientés à des fins purement lucratives, par exemple cosmétiques ? »   
 

Adoption du 7ème PCR
Le 7ème programme-cadre de recherche (PCR) de l’Union européenne (2007-2013) a été adopté les 29 et 30 novembre 2006, avec une enveloppe de 54 milliards d’euros. La recherche sur le clonage humain à des fins de reproduction ou visant à modifier le patrimoine génétique d’êtres humains et la création d’embryons humains pour la recherche ne seront pas financés par les fonds communautaires. Le 7ème PCR pourra financer la recherche sur les cellules souches humaines adultes et embryonnaires en fonction du contenu du projet scientifique et de la législation des Etats membres impliqués.

Législations européennes
La création de lignées de cellules souches embryonnaires, à partir d’embryons dits « surnuméraires », c’est-à-dire les embryons ne bénéficiant plus d’un projet parental, est autorisée en France, au Danemark, en Finlande, en Grèce, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Belgique et en Espagne.

La Hongrie, l’Estonie, la Lituanie et la Slovénie n’ont pas de législation particulière sur les cellules souches embryonnaires.

La création de lignées de cellules souches embryonnaires est interdite en Allemagne et en Italie.

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