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Le nombre d’embryons
humains congelés dans le monde augmente chaque jour et se compte par
centaines de milliers. Aux Etats-Unis, on dénombre 400 000 embryons
congelés, dont 11 000 qui ne font plus l’objet d’un projet parental ; en
France, il y aurait plus de 80 000 embryons surnuméraires, en Belgique,
24 000… La question de leur devenir prend une dimension mondiale et
urgente.
Aux Etats-Unis
par exemple, l’adoption d’embryons se développe mais elle n’a rien de
gratuit ni d’anonyme. Selon certains programmes d’adoption, les familles
génitrices peuvent définir les critères de la famille adoptive et les
familles sont invitées à rester en contact tout au long de l’éducation
de l’enfant.
Appel
éthique
Le père Alain
Mattheeuws, jésuite, docteur en théologie morale et sacramentaire de l’Institut
catholique de Toulouse, professeur dans différentes facultés et
spécialiste de la recherche bioéthique en théologie morale répond aux
délicates questions qui entourent la congélation, l’implantation et
l’adoption d’embryons créés par fécondation in vitro1.
Il lance un « appel éthique » pour que soit respecté l’embryon
congelé qu’il nomme « enfant embryonnaire congelé ».
Congélation des embryons
La congélation des
embryons humains permet d’augmenter l’efficacité des différentes
techniques de reproduction médicalement assistée et vise à éviter des
prélèvements répétés d’ovocytes. Si l’on considère ces cellules
embryonnaires comme un matériau biologique, un embryon potentiel, leur
congélation ne pose que des problèmes juridiques et techniques : à qui
appartiennent ces embryons confiés à la clinique, abandonnés ou oubliés
dans un hôpital ? Leur destruction accidentelle peut-elle entraîner une
responsabilité, des dommages et intérêts, etc. ?
En revanche, si l’on
considère qu’il faut respecter l’être humain dès sa conception, la
congélation de l’embryon est inacceptable et moralement illicite.
L’instruction Donum Vitae de la Congrégation pour la Doctrine de
la Foi, en 1987, s’exprimait ainsi : « La congélation des embryons,
même si elle est réalisée pour garantir une conservation de l’embryon en
vie constitue une offense au respect dû aux êtres humains, car elle les
expose à de graves risques de mort ou d’atteinte à leur intégrité ; elle
les prive au moins temporairement de l’accueil et de la gestation
maternelle et les place dans une situation susceptible d’offenses et de
manipulations ultérieures. »
Responsabilité des parents
Le père Mattheeuws
souligne que les parents n’ont pas un droit absolu sur leurs
« enfants embryonnaires » ; en revanche, ils en sont responsables.
Les centres de Procréation Médicalement Assistée (PMA) font en général
signer certains documents aux parents. Cette signature est un engagement
civil qui ne correspond pas toujours à la loi inscrite dans les cœurs.
Ainsi, comme parents, ils ne peuvent pas « moralement signer une
décharge totale des embryons issus de leur corps et de leurs
personnes ». Les parents ne sont pas habilités à donner leurs
enfants embryonnaires comme des objets, ils ne peuvent pas être
déchargés de la responsabilité qu’ils ont prise en concevant ces
embryons, même avec l’aide de médecins.
Ajouter
un mal à un autre mal ?
Il revient aux
parents d’éviter que l’on ajoute un mal à un autre mal. Créer des
embryons surnuméraires et les congeler est un mal, les maintenir dans
cet état en est un autre, de même que la décision d’en faire un matériau
pour la science. Les parents doivent veiller à protéger la dignité de
leurs enfants embryonnaires congelés dans ce qu’ils sont et ce qu’ils
peuvent devenir. Dans l’état de congélation, on enlève à l’embryon une
qualité inhérente à ce qu’il est : son temps et son devenir. Son statut,
par nature fragile, est fixé dans la fragilité.
Adoption
d’embryons congelés : quels enjeux ?
La femme qui
« adopte » un embryon congelé accueille l’enfant pour le porter et
le mettre au monde. Cet embryon, qui lui est génétiquement étranger, ne
sera pas porté par ou pour une autre femme, comme c’est le cas pour une
mère porteuse ; l’enfant est accueilli pour lui-même. Il n’en reste pas
moins que la femme n’a pas un droit absolu sur son corps. « Son être
est essentiellement personnel, corps, cœur et esprit et cette unité
personnelle ne peut devenir un pur instrument de survie de l’embryon
congelé ». La femme accepte alors, dans l’intimité de son corps,
l’enfant issu d’une autre relation ; cet acte l’instrumentalise, qu’elle
le veuille ou non. Corporellement, la femme qui accueille en elle un
enfant embryonnaire congelé pose un acte qui n’est pas le sien : l’acte
d’une autre et d’un couple. Or cet acte ne peut être délégué ; il y a
une « unité insécable » entre la conception et la gestation.
L’adoption des embryons congelés révèle une intention généreuse, mais
l’objet de l’acte (faire accéder ces embryons à la vie terrestre)
contredit le respect qui est dû à tout être humain, en l'occurrence à la
femme.
Concilier respect des embryons et respect de la femme
Pour le Père
Mattheeuws, il ne s’agit pas de condamner les femmes qui généreusement
proposent d’adopter ces embryons mais de faire réfléchir : pourquoi
promouvoir une pratique qui n'est pas juste ? Prendre conscience du
caractère sacré de la vie est un impératif moral en toutes circonstances
mais l’aveu d’une impuissance humaine n’est pas toujours une faiblesse
ou un manque de générosité : il peut être le signe d’une humilité vraie,
celle qui cherche à trouver la vérité de toute vie et à respecter le
plan de Dieu dans l’histoire. Il nous faut peut-être admettre que nous
ne pouvons pas sauver les embryons congelés.
Pas
d’acharnement thérapeutique
Il
reste à faire le bien possible en assumant la condition absurde de ces
embryons congelés et le Père Mattheeuws conseille de « les retirer du
froid où ils sont emprisonnés, de les rendre aux conditions temporelles
qui sont les leurs, de ne pas utiliser de moyens disproportionnés pour
les sauver ou de moyens qui ne respectent pas leur dignité ou la dignité
des personnes désireuses de les aider. L’enseignement du Magistère
catholique au sujet du refus de l’acharnement thérapeutique trouve ici
une nouvelle actualité. Il ne s’agit pas d’une euthanasie, mais du refus
de prendre un moyen disproportionné et inadapté pour tenter de les faire
survivre.»

1 - Zenit, 23-24 mars
2006 (www.zenit.org) |