Appel à
un nouveau ralliement
L’urgence d’un changement, c’est le sous-titre d’un livre écrit
par des catholiques qui se déclarent fervents et fidèles à l’Église.
Leur impatience se résume en deux phrases : "Les mœurs ont évolué,
l’enseignement de l’Église, non" et "l’Église n’est plus écoutée".
Si l’Église n'infléchit pas ses directives, elle va donc se saborder...
C'est une nouvelle réaction à l’encyclique Humanae vitae, déjà
ancienne (38 ans), qui fut mal reçue par de nombreux fidèles. La
controverse est ici relancée par un appel vibrant en faveur du
ralliement de l’Église catholique à la contraception.
Une
approche biaisée
Parce que cette contestation revêt une portée qui dépasse le monde
catholique, il a semblé utile d’informer nos lecteurs de cette
tentative. La contraception est en effet un des sujets les plus
prégnants à l’heure actuelle. Comment ne pas souligner l’effort
gigantesque de nos sociétés pour diffuser et faire appliquer les
techniques contraceptives, non seulement pour offrir aux familles un
moyen efficace de limiter les naissances mais aussi pour enrayer le
fléau de l’avortement ?
L’avortement ? Les auteurs déclarent qu’ils ne feront qu’effleurer le
problème. Effleurer est bien le mot, car il n’en est question que pour
s’en remettre à la conscience des parents et pour nier pratiquement
l’effet abortif du stérilet, voire de la pilule du lendemain et même du
« RU21 »2 (sic) - un lapsus sans doute au lieu de «
RU486 » - dont le rôle serait, disent-ils « d’empêcher une éventuelle
nidification d’un ovule dont la fécondation reste en toute occurrence
hypothétique mais possible. » Quand au stérilet, selon eux, il «
empêche la survie de cellules fécondables et leur nidification. »
Peut-on encore ignorer qu’une cellule fécondable, un gamète, est
incapable de nidifier ? Chacun sait que la nidification ne peut
concerner qu’un ovule fécondé, un embryon. Une approximation aussi
grossière, à peine excusable pour le profane, ne l’est pas de la part
d’auteurs qui s’assurent du contrôle d’un médecin, spécialiste de la
mère et de l’enfant. Parce qu’elle permet de dissimuler une réalité,
l’effet abortif du stérilet et du RU486, elle entame la confiance du
lecteur sur l’ensemble du discours.
Pour en
finir avec Humanae vitae ?
Venons-en au cœur du sujet. La lecture de l’histoire de la contraception
montre combien le sujet n’est pas neuf. Depuis Saint Paul, les
théologiens ont réfléchi sur la vie conjugale et son rapport à la
fécondité. Au milieu du XIXème siècle déjà, les réserves formulées par
l’Église sur la contraception rencontraient la réticence de catholiques,
et généraient un malaise dans le clergé. Le phénomène n’est donc pas
nouveau… Ce qui l’est vient de la découverte des contraceptifs modernes,
la pilule de Pincus et… le stérilet, officiellement considéré comme
contraceptif, bien que clairement abortif.
Au chapitre 5 est contée l’élaboration de l’encyclique Humanae vitae
; comment, pendant cinq ans, des commissions successives ont été
invitées par le pape à donner leur avis sur la question : faut-il
assouplir la doctrine ? Toutes, dans des formes diverses, ont proposé
des adoucissements. Après beaucoup d’hésitations, la décision du pape a
été aussi claire que surprenante, il a maintenu la position de ses
prédécesseurs et a promulgué l’encyclique. Celle-ci, après une longue
introduction sur la signification de l’amour conjugal et de son
expression corporelle, confirme le « lien indissoluble (…) entre les
deux significations de l’acte conjugal : union et procréation (…). Tout
acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie. »,
est-il répété, citant Pie XI. En revanche, la légitimité de « tenir
compte des rythmes naturels (…) pour user du mariage dans les seules
périodes infécondes et réguler ainsi la natalité » est reconnue.
Réquisitoire
La suite du livre est un plaidoyer pour un assouplissement de ces
directives. Les auteurs souhaitent relancer le débat. Un débat serein ?
On le souhaiterait, mais le ton du livre serait plutôt celui d’un
réquisitoire.
Les auteurs montrent les hésitations de certains théologiens.
Hésitations sur la date de la création de l’âme humaine, sur la nature
de l’embryon. Aucun ne conteste pour autant la gravité de l’avortement.
Hésitations sur la portée doctrinale de l’encyclique, hésitation sur la
portée morale d’un acte isolé quand toute la vie témoigne d’une
rectitude morale (théorie de la globalisation).
Les auteurs ne font pas de différence fondamentale entre l’usage des
contraceptifs et l’abstinence réglée sur le cycle ovarien. Ils
contestent que l’introduction d’un agent stérilisant soit d’une autre
nature que l’adaptation aux conditions physiologiques du cycle féminin.
Ils ne considèrent pas que l’infécondité créée par la pilule change en
profondeur la qualité des rapports. En fait, ils ne distinguent pas,
pour l’abstinence périodique, l’intention et le choix de la méthode.
L’Église n’a jamais approuvé une activité sexuelle fermée à la
fécondité, sans motif sérieux, quelque soit le moyen utilisé.
Pour les méthodes dites naturelles, insistant sur l’aspect technique des
moyens employés (usage du thermomètre, graphiques), la critique des
auteurs frise la caricature, par une sorte d’acharnement à montrer
qu’elles ne sont pas si naturelles.
On observe la même tendance à caricaturer les directives de
l’encyclique, désignées comme « une réglementation ». Les termes «
d’abus de pouvoir », de « scandale, d’incompréhension voire de
ridicule » reflètent une certaine âpreté.
Méconnaissance de l’amour humain
Le livre n’a pas la prétention de traiter de l’amour humain ; pourtant,
il est malaisé de parler d’activité sexuelle d’un couple humain sans
évoquer l’importance du don dans l’échange amoureux. Don total, sans
restriction, de tout soi-même, ce qui devrait exclure de se livrer à
l’autre privé d’un de ses attributs essentiels, le pouvoir d’engendrer.
L'enseignement de J-P II sur la sexualité est passé sous silence.
Celui-ci constitue pourtant une réflexion novatrice qui domine les
études profanes accomplies depuis 30 ans.
Lien
entre fécondité et sexualité
On s’étonne enfin que les auteurs fassent peu de cas d’un
approfondissement théologique récent : le lien entre fécondité et
sexualité, exposé dans
l’instruction Donum Vitae, qui reprend ce principe, exposé
dans Humanae Vitae et maintes fois rappelé par Jean-Paul II.
C’est ce principe auquel s’opposent les adversaires de l’Église ; il
n’est pas de publication où ils ne se félicitent d’avoir rompu, grâce à
la contraception, le lien entre fécondité et sexualité, dissociation
présentée comme un progrès et une libération. Faut-il, pour leur donner
raison, que l’Église se rallie à une mentalité environnante dont elle
dénonce précisément les faiblesses ?

1 - L’Église et la
contraception : l’urgence d’un changement, C. Grémion et H. Touzard,
Ed. Bayard.
2 - « Le RU21 est un remède contre la « gueule de bois » consécutive
à des libations », p. 153. Ce produit n’a rien à voir ici. |
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Le début d'un nouveau
millénaire est l’occasion de réévaluer de nombreuses tendances
culturelles. Le féminisme est l'une de celles qui nécessitent une
réévaluation complète. Au cours du XXème siècle, le féminisme s'est
engagé dans sa propre crise en succombant à l'idéologie et à la
politique et en négligeant de se fonder sur de solides arrière-fonds
philosophique et anthropologique. Aujourd'hui il y a presque autant de
tendances différentes que de partisans et il présente des conceptions de
la personne humaine incompatibles voire contradictoires.
Le livre que nous présentons aujourd'hui, s'inscrit dans ce mouvement de
réflexion et de questionnement. Partagé en treize articles, écrits par
d'éminents chercheurs internationaux, l'ouvrage s'efforce de mettre en
œuvre une anthropologie intégrale, philosophique et théologique. Au
centre de cette anthropologie se trouve la révélation de la personne
humaine –homme et femme - dans le Christ. Toutefois l'ensemble de
l'ouvrage qui entretient un dialogue significatif avec le féminisme
traditionnel pourra intéresser tout lecteur, y compris non-chrétien.
Au coeur du féminisme
Le nouveau féminisme est un défi lancé pour la première fois par le pape
Jean Paul II dans sa lettre encyclique Evangelium Vitae (1995).
Il se fonde sur deux composantes fondamentales : l'hylémorphisme et
la réalité dynamique des personnes agissantes. L'hylémorphisme
affirme que l'âme est "l'agir" du corps et que la personne est une unité
d'âme et de corps. Pour Jean Paul II, "l'âme elle-même ne peut être
qualifiée de féminine, ou appartenant au genre féminin, mais plutôt
l'âme d'une femme qui est un être humain féminin." La personne
humaine est une réalité composée, capable d'actualisation continue vers
une identité plus parfaite en tant qu'homme ou femme.
- La relation âme/corps est donc au centre de la réflexion sur le
féminisme et le pape affirme que les hommes et les femmes sont
fondamentalement des modes différents d'être des personnes. Il rejette
en cela l'explication unisexe, que l'on découvre d'abord chez Platon,
puis Descartes.
- Un autre critère d'analyse est la relation interpersonnelle,
la personne étant par définition tournée vers les autres. Les femmes et
les hommes sont l'illustration d'une complémentarité biologique,
individuelle, personnelle et spirituelle. Le pape expose les racines du
génie de la femme, dans son ouverture à une autre personne. De là
découle son instinct maternel. S'ensuit une étude des conséquences
sur la femme de l'utilisation des méthodes artificielles de contrôle des
naissances qui "coupent la femme de sa propre source de génie".
La volonté de contrôle de la femme sur son propre corps et sur celui des
autres (par l'avortement) viole quant à elle la norme personnaliste.
Ancien / nouveau
féminisme
La comparaison entre ancien et nouveau féminisme permet de faire émerger
quelques principes fondamentaux communs. Ainsi peut-on lire que "le
nouveau féminisme vise à reconnaître et exprimer le vrai génie féminin
dans toutes les manifestations de la vie en société, travaillant à
dépasser toute forme de discrimination, de violence et d'exploitation"
(Jean Paul II, Evangile de la Vie, 99). Mais cette comparaison révèle
les oppositions fondamentales entre les différents courants du
féminisme.
- Le principe de la vie humaine est une mesure essentielle du
nouveau féminisme. En faveur de la vie, la pensée et l'action de la
femme doivent jouer un rôle déterminant.
- La distinction et la séparation radicale du sexe et du genre
est significatif du récent mouvement féministe. Dans la recherche du
genre la question traditionnelle "Qu'est-ce qu'une femme ?" est
remplacée par "Comment devient-on femme ?" Un chapitre particulièrement
intéressant de Beatriz Vollmer Coles décrypte cette évolution et tente
de réconcilier l'agir et le genre dans la quête légitime de
l'accomplissement personnel, propre au nouveau féminisme.
Enfin comment parler de nouveau féminisme sans évoquer la phénoménologie
d'Edith Stein ? Elle tente de répondre indirectement à la question du
genre en réfléchissant sur les phénomènes de la corporéité de la femme.
Une étude de Sibylle von Streng nous dévoile la triple vocation de la
femme selon Edith Stein. La personne est un être en devenir, attiré vers
un but, qui tout en manifestant la plus grande fidélité à elle-même, se
dévoile en explorant les voies que lui proposent son esprit et les
circonstances de la vie.
Cet ouvrage nous invite à réfléchir au droit et à la responsabilité de
chaque femme de s'accomplir selon la liberté parfaite.

1 - Femmes dans le
Christ - Vers un nouveau féminisme, sous la direction de Michele M.
Schumacher, Ed. du Carmel, juillet 2003 |
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www.genethique.org
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