En cette époque de
l’année, vous êtes nombreux à nous poser des questions sur le Téléthon.
Sans mettre en doute la bonne volonté de nombreux participants et le
succès de certaines réalisations du Téléthon, il nous est apparu
nécessaire de répondre avec transparence à ceux qui nous interrogent.
Certaines
recherches sont contraires au respect de la vie humaine
La sélection des embryons pour leurs critères génétiques Des équipes de
scientifiques financées par le Téléthon utilisent la méthode de sélection
des embryons d'après leurs caractéristiques génétiques dénommée diagnostic
pré-implantatoire (ou DPI). Quand un couple est porteur d'une maladie
génétique, on lui propose de faire une fécondation in vitro, puis de
rechercher sur les embryons obtenus ceux qui sont porteurs de la maladie
et ceux qui ne le sont pas. Seul l’embryon qui n'est pas porteur de la
maladie est réimplanté, les autres sont détruits. Les enfants rescapés de
ce tri embryonnaire ne sont donc pas guéris puisqu'ils n’ont jamais été
malades. Et les embryons malades ne sont pas non plus guéris puisqu'ils
sont détruits. Ainsi est né le petit Valentin (en bonne santé évidemment)
et sont morts ses frères et sœurs au stade embryonnaire. Cette annonce a
été le moteur médiatique de la campagne du Téléthon 20001.
La recherche qui utilise des fœtus avortés Des travaux sur les maladies de
Parkinson et de Huntington entraînent des greffes de cellules neurales
extraites de fœtus avortés. Il faut en général utiliser de 3 à 10 fœtus
pour un patient2 et il s'agit de fœtus dont les cellules
neurales ne sont pas encore mortes pour que la greffe réussisse. Un essai
pour la maladie de Huntington fut réalisé sur 5 patients en 2000, un autre
portant sur 100 patients a démarré en 2002 et serait toujours en cours3.
Dès 2002 l’équipe annonce qu'elle manque de cellules fœtales, « cherche de
nouvelles sources de cellules pour les greffes et espère notamment pouvoir
expérimenter sur les cellules souches embryonnaires humaines4
». Cette recherche fait partie des quelques programmes très médiatisés par
l'association.
L'utilisation des embryons pour la recherche Le Téléthon a permis de financer en
2004 un centre d'étude sur les cellules souches embryonnaires. L'objectif
est de créer un Institut de recherche dédié aux cellules souches
embryonnaires, I-STEM, qui sera le premier centre français de test à
grande échelle des recherches sur l'embryon humain. Rappelons que la
recherche sur les embryons humains ne signifie pas qu'on envisage de
guérir des embryons malades. Mais cela signifie qu'on prélève des cellules
de l'embryon (que l'on détruit) pour les
utiliser comme matériau de recherche.
L'importation des cellules embryonnaires pour la recherche
Certains scientifiques attendaient avec impatience de pouvoir travailler
sur les embryons « surnuméraires, dépourvus de projet parental ». La loi
de bioéthique de 2004 autorise aujourd'hui ces recherches. Mais les
décrets d'application n'étant pas signés, les chercheurs ne pouvaient pas
utiliser ces embryons français. Certains chercheurs financés par le
Téléthon ont donc obtenu, en février 2005, des ministres de la Santé et de
la Recherche, des autorisations spéciales d'importer des cellules
embryonnaires pour pouvoir commencer tout de suite leurs recherches dans
le cadre du projet I-STEM5. Une autre autorisation
d'importation de cellules embryonnaires humaines a été signée en septembre
20056.
Le lobbying d'une association dont la
seule éthique est la loi
« L'AFM a toujours eu comme politique de se conformer à la loi, et rien
qu'à la loi.7 »
L’influence de l'association française contre les myopathies (AFM),
organisatrice du Téléthon, est devenue importante dans la politique de
recherche de l'Etat. Mais ce pouvoir n'a pas de contrepoids éthique
suffisant. En effet, les seules prétentions éthiques de l'AFM sont de se
conformer à la loi, même quand celle-ci ne respecte pas la vie humaine
avant la naissance. Il suffit dès lors à l'AFM d'orienter la loi selon ses
objectifs, ce qu'elle fait…
Ainsi l'AFM a-t-elle mené une action de lobbying auprès de l'Etat pour
obtenir le décret d'application du diagnostic pré-implantatoire.
Eric Molinié, ancien président de l’AFM, s’en explique : «Par exemple, en
1997, nous avons adopté une résolution sur le diagnostic pré-implantatoire
(DPI) pour demander au gouvernement de voter les décrets d’application de
la loi sur la bioéthique le concernant .» En 2000, après la naissance du
1er bébé obtenu après DPI, l'association se réjouit : « ce résultat (...)
récompense le militantisme de l'AFM sur ce sujet9. »
La méthode de l'AFM
pour obtenir l'autorisation de la recherche sur l’embryon
Une « conférence de malades » a été organisée en juin 2002, sur les
cellules souches et le clonage humain. Il s'agissait de confronter des
scientifiques à un panel de douze personnes malades ou parents d'enfants
malades. Tous les scientifiques invités étaient favorables à la recherche
sur l'embryon et un certain nombre était favorable au clonage d'embryons
pour la recherche (dit thérapeutique). Ils ont vanté aux malades les
thérapeutiques possibles grâce aux cellules embryonnaires et au clonage
humain. A l'issue de cette journée, les malades devaient exprimer leurs
attentes et rédiger leurs recommandations à destination du grand public,
des médias et des parlementaires, en vue de la révision des lois de
bioéthique. Que contenaient ces recommandations ? Évidemment la demande
d’autoriser la recherche sur l'embryon et le clonage humain pour la
recherche. En août 2004, les parlementaires votaient la loi autorisant la
recherche sur les embryons surnuméraires.
Le lobbying de l'AFM déjà en action pour obtenir le clonage humain
Le panel de malades de la conférence de consensus concluait déjà en 2002
qu'il est "non légitime d'interdire ou de proposer un moratoire sur le
clonage thérapeutique"10. Le Pr. Peschanski, financé par le
Téléthon, considère le clonage "comme un nouveau et enthousiasmant secteur
de recherche"11. Une proposition de loi demandant d’autoriser
le clonage d'embryons pour la recherche a été déposée au Sénat et une
autre à l'Assemblée. Celle-ci est soutenue par quatre scientifiques
français, dont le Pr. Peschanski qui déclarait : « maintenant il faut
changer la loi très vite parce qu’autrement, nous aurons cinq ans de
retard. On a vraiment besoin de cette technique puisqu’elle est jouable12.
» Un groupe d'études sur les applications des biotechnologies en génétique
et les problèmes éthiques vient d'être créé à l'Assemblée nationale...
L'opinion publique ébranlée en découvrant
l'envers du décor
Le Téléthon bénéficierait-il d’autant de soutiens si l’on savait que :
- les survivants de l’avortement -les «bébéthons»- ont servi à l’appel
à la générosité du public.
Déjà le Pr. Jacques Testart avait mis en garde : « La mise en scène
triomphaliste de victoires toujours promises sur le malheur est un
argument qui ne correspond pas à la rigueur scientifique. Le Téléthon a
d’abord présenté des enfants myopathes, appelant à la solidarité des
téléspectateurs. Après quelques années, on a pu voir apparaître à l'écran
des enfants heureux d’être normaux dont l’existence était annoncée comme
consécutive à la générosité du public : ces « bébéthons » étaient en
réalité les survivants du diagnostic prénatal, lequel les avait démontrés
normaux in utero malgré leur conception par des «couples à risques .»
- les personnes handicapées elles-mêmes réagissent face à ce qu’elles
perçoivent comme une violence à leur encontre.
«Si on me dit que l’association française contre les myopathies va se
consacrer au dépistage anténatal dans un but de favoriser l’élimination
prénatale, j’arrête tout de suite de donner et de me mobiliser». «J’émets
une grande réserve quant aux «bébéthons» car on croit que c’est grâce à la
recherche qu’ils ont guéri alors qu’ils sont le fruit d’une sélection ; et
l’avortement thérapeutique en a fait disparaître bien d’autres. D’où la
question : « Et si mes parents m’avaient avorté ? » Je suspecte la
recherche scientifique d’être utilisée, non pas pour la recherche
thérapeutique, mais pour une suppression des malades». «En regardant une
émission sur le Téléthon, j’ai compris. Il y avait toujours une kyrielle
de beaux bébés qu’ils appelaient les «bébés miracles du Téléthon». (…)
Dans le bouquin, (sur l’aventure du Généthon) on pouvait lire que grâce au
progrès, on pouvait empêcher les enfants de souffrir en ne les faisant pas
naître… J’étais révoltée d’avoir envoyé de l’argent pour ça14
».
- la naissance de Valentin, après un tri embryonnaire, a été faussement
présentée comme un grand succès thérapeutique.
On a pu lire en effet que « l’AFM a partiellement à son actif de grands
succès thérapeutiques15 », notamment «la naissance en France du
premier enfant en bonne santé à la suite d’un diagnostic préimplantatoire
(DPI)16 ». Or Valentin est un rescapé du tri embryonnaire. Il
n'a jamais été guéri, car il n'a jamais été soigné, car il n'a jamais été
malade. C’est donc une triple contre-vérité qui a été largement
médiatisée. L’opinion publique est persuadée à tort que si Valentin est en
bonne santé, c’est grâce au Téléthon.
- la « conférence de malades » organisée par l'AFM pour produire des
recommandations favorables à la recherche sur l'embryon et au clonage
humain a été une mise en scène.
Quel homme politique, quel média, résisterait à la demande formulée par
des parents d'enfants malades ou par des malades eux-mêmes ? Mais que
penser de l'objectivité de recommandations obtenues sous l'influence des
chercheurs désireux d'obtenir l'autorisation de recherche sur l'embryon ?
Qui sait parmi le grand public que le lobbying de l'AFM est actif
aujourd'hui pour modifier la loi de bioéthique de 2004 et obtenir
l’autorisation du clonage humain ? Faudra-t-il attendre une autre «
conférence de malades » et l'invitation du spécialiste coréen du clonage
pour influencer les parlementaires, avant que nous réagissions ?
1 -
Communiqué de presse, AFM, 30/11/2000 2 - Rapport de l'Office
parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques du
24/02/2000 3 -
www.afm-france.org,
les essais cliniques en cours soutenus par l'AFM, mise à jour septembre
2005 4 - Repères (journal de
l’INSERM), mars 2002. 5- Le Monde,
18 février 2005 ; Le
Figaro, 19 février 2005 ; Actualités de l'Institut de Myologie, 4 mars
2005 (in Orphanews)
6 - Le Quotidien du Médecin, 2 septembre 2005
7 - Eric Molinié, ancien président de l’AFM, in La bioéthique, foire aux
fantasmes. 2001
8 - id
9 - Communiqué de presse, AFM, 30/11/2000
10 - Publication des recommandations du panel, 27 janvier 2003
11 - Le Monde, 11 février 2005
12 - AFP, 20 mai 2005.
13 - Jacques Testart, Des hommes probables, Seuil, 1999
14 - Danielle Moyse et Nicole Diederich, Les personnes handicapées face au
diagnostic prénatal, Erès, 2001
15 - Le Monde, 9 décembre 2000
16 - Communiqué de presse AFM Téléthon 2000
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