|
Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité bioéthique |
|||
|
|
N° Précédent |
|
|
|
N°65 - Mai 2005 |
|||
|
En injectant
des cellules souches de tissu adipeux humain, des équipes de chercheurs du
CNRS et de l’INSERM ont réussi à régénérer des cellules musculaires
humaines, sans réaction de rejet. Ces travaux, prometteurs chez la souris,
sont un espoir dans le traitement de maladies musculaires, notamment les
myopathies de Duchenne1.
Cellules
sanguines et cardiaques
Basée sur
l’injection de cellules immatures susceptibles d’acquérir, dans un
environnement propice, la morphologie et la fonction de cellules déficientes
dans un tissu lésé, la thérapie cellulaire s’intéresse particulièrement aux
tissus adipeux. Ceux-ci représentent environ 10% du poids d’un individu sain
et jusqu’à 50% chez un obèse ; leur prélèvement ne présente aucun problème
éthique puisque les cellules utilisées proviennent de déchets opératoires.
En 2004, l’équipe CNRS-Inserm de Louis Casteilla avait démontré qu’il était
possible d’obtenir in vitro des cellules cardiaques à partir de cellules
adipeuses. Parallèlement, les équipes Inserm de Bernard Levy, en
collaboration avec l’équipe de Louis Casteilla et celle d’Anne Bouloumié
montraient que ces mêmes cellules pouvaient, chez la souris, se transformer
en cellules constituant les vaisseaux sanguins.
Réservoir
de cellules multipotentes
Les équipes
de Christian Dani, chercheur Inserm et directeur du Laboratoire « Cellules
souches et différenciation » et Gérard Ailhaud, UMR 6543 CNRS (Institut de
signalisation) ont réussi à obtenir, à partir de tissu adipeux de jeunes
donneurs, des cellules souches multipotentes dénommées hMADS (Human
Multipotent Adipose Derived Stem Cell). Celles-ci sont plus immatures, donc
de potentiel plus grand que les cellules obtenues précédemment. Ces travaux1
montrent qu’une même cellule souche hMADS est capable in vitro de donner
naissance à une cellule musculaire, osseuse, adipeuse ou de cartilage, en
fonction de son environnement. Une fois isolées et mises en culture, ces
cellules ont présenté une forte capacité de prolifération, des chromosomes
normaux, une absence de caractère tumorigène et pas de réaction de rejet.
Les chercheurs ont remarqué que ces cellules n'exprimaient que faiblement
les antigènes d’histocompatibilité responsables du phénomène de rejet des
greffes.
Myopathie
de Duchenne
Afin
d’étudier les potentialités réparatrices de ces cellules souches, l’équipe
s’est intéressée à des souris « mdx », modèles de myopathie de Duchenne. Ces
souris sont déficientes en dystrophine, une protéine nécessaire à
l’intégrité de la fibre musculaire qui, sans elle, ne peut plus résister aux
forces exercées lors de la contraction et dégénère. Chez l’homme, cette
distrophie musculaire génétique transmise par la mère touche à la naissance
1 garçon sur 3500 en France et conduit progressivement à une atrophie des
muscles squelettique, respiratoire et cardiaque. Transplantées en faible
quantité chez la souris dystrophique, ces cellules souches de tissu adipeux
n’ont pas été rejetées en l’absence de traitement immunodépresseur et ont
conduit à une expression importante et à long terme de dystrophine humaine.
Ces travaux ont donné lieu à un dépôt de brevet international.
1 - Journal
of Experimental Medicine, Transplantation of a multipotent cell
population from human adipose tissue induces dystrophin expression in the
immunocompetent mdx mouse, A.M Rodriguez, D. Pisani, C.A Dechesne, C.
Turc-Carel, J.Y Kurzenne, B. Wdziekonski, A. Villageois, C. Bagnis, J.P
Breittmayer, H. Groux, G. Ailhaud, C. Dani, 2 mai 2005. |
|
Créée par la
loi de bioéthique du 6 août 2004, l’Agence de biomédecine vient d’être
officiellement inaugurée avec la publication du décret du 4 mai 2005 qui en
fixe les règles de fonctionnement 1.
Deux
domaines de compétence
L’Agence de
biomédecine est compétente dans deux domaines très vastes : celui des
greffes d’une part, car elle remplace l’Etablissement français des greffes
(à ce titre l’Agence gère la liste des patients en attente de greffe ainsi
que le registre des refus de prélèvement et élabore les règles de bonnes
pratiques), celui de la reproduction, de l’embryologie et de la génétique
humaine d’autre part.
L’Agence
délivrera les agréments des praticiens dans ces domaines et autorisera les
activités de diagnostic prénatal et préimplantatoire et les déplacements
internationaux de gamètes humains, d’embryons, de tissus et cellules
embryonnaires et
Recherche
sur l’embryon : fin du
Afin de
répondre à l’impatience de certains chercheurs, un dispositif transitoire
avait été mis en place après la loi bioéthique du 6 août 2004 : les
ministres de la Santé et de la Recherche avaient autorisé, en février
dernier, l’importation de lignées de cellules souches embryonnaires (Gènéthique
n°63). L’Agence de biomédecine est aujourd’hui compétente pour autoriser
les recherches sur les embryons surnuméraires issus de la fécondation in
vitro et ne faisant plus l’objet d’un projet parental. On estime aujourd’hui
à près de 120 000 le nombre d’embryons congelés ; 45% d'entre eux ne font
plus l'objet d'un projet parental et pourraient ainsi être « utilisés ». Ce
chiffre peut être comparé aux 9500 enfants nés d’une FIV chaque année en
France…
« Bébés
médicament »
L’Agence est
chargée également d’autoriser le diagnostic préimplantatoire (DPI), dans le
but de faire naître un enfant utile au traitement d’un frère ou soeur
atteint d’une maladie génétique grave. Cette forme de DPI franchit, avec
l’aval de la loi, un pas de plus dans la sélection des embryons humains in
vitro ; elle conduit en effet à choisir, parmi des embryons sains, celui qui
sera utile au traitement d’un tiers et à éliminer les autres. Aux Etats-Unis,
pour soigner 9 enfants en attente de greffe de moelle, 199 embryons ont été
conçus in vitro dont 28, compatibles, ont été transférés in utero pour
donner naissance à 5 bébés HLA compatibles.
Indépendance de l’Agence
Au sein de
l’Agence, le conseil d’orientation est chargé de veiller à la qualité de
l’expertise médicale et scientifique, en prenant en considération les
questions éthiques. Alain Cordier vient d’en être nommé président. Sa
composition est sensée contrebalancer les pouvoirs des scientifiques
et permettre d’exprimer les préoccupations de la société civile. Ce conseil
comporte 24 membres. Les délibérations du conseil sont prises à la majorité
des membres présents.
Le rapport
annuel de l’Agence évaluera l’avancement des recherches sur l’embryon
et les cellules souches, la mise en oeuvre du DPI « bébé médicament » et
l’opportunité de les maintenir. Il fera un état des lieux des éventuels
trafics d’organes et de gamètes et proposera des mesures contre ces trafics.
Ce rapport sera transmis aux ministres chargés de la Santé et de la
Recherche. 1 - Décret n° 2005-420 du 4 mai 2005 relatif à l'Agence de la biomédecine et modifiant le code de la santé publique (partie réglementaire), JO du 5 mai. |
|
Danielle
Moyse et Nicole Diederich ont mené une étude sur l’échographie prénatale
après l’arrêt Perruche. Cette étude a été publiée en avril 2005.
L'arrêt
Perruche
L’arrêt de
la Cour de cassation du 17 novembre 2000 affirmait la nécessité d’indemniser
Nicolas Perruche, né handicapé du fait de la rubéole contractée par sa mère
pendant sa grossesse et parce que faute de diagnostic, Madame Perruche
"n'avait pu interrompre sa grossesse".
Cette
décision, ainsi que deux autres arrêts de la Cour de cassation des 13
juillet et 28 novembre 2001, semblait imputer au médecin et aux laboratoires
en cause, la responsabilité du handicap de l’enfant et sa naissance. Cet
arrêt de la Cour de cassation reconnaissait qu’il valait mieux ne pas venir
au monde que naître handicapé. Le Parlement a mis un terme à cette
jurisprudence Perruche par un article dans la loi du 4 mars 2002 relative
aux droits des
Vers un
eugénisme de précaution ?
La fonction
initiale du dépistage prénatal est de préparer l'accouchement en permettant,
par exemple, d’opérer à la naissance en cas d'anomalie. L’arrêt Perruche
risquait de conduire à un eugénisme de précaution, le diagnostic prénatal
devenant l’instrument d’un droit supposé à l’enfant normal. A la suite de
cette décision, les échographistes et gynécologues obstétriciens brandirent
la menace de cesser leur activité ou d’appliquer un eugénisme de précaution,
en demandant des interruptions médicales de grossesse au moindre doute sur
l’état du foetus, afin d’éviter tout risque de procès ultérieur.
L’évolution de la pratique : enquête
D'après une
enquête menée entre octobre 2002 et octobre 2004 auprès d'obstétriciens et
d'échographistes, l'arrêt Perruche a entraîné une importante cessation
d'activité, de l'ordre de 50 %. "Parmi les radiologues qui faisaient moins
de 30% d'échographies obstétricales dans leur activité globale, il y a eu un
taux d'arrêt de 50%", explique le président du Syndicat des échographistes.
“On retrouve les mêmes chiffres chez les échographistes exclusifs”. Les
médecins concernés expliquent cette désaffection aussi bien par la crainte
des procès et l'augmentation des primes d'assurance, que par les questions
éthiques. Le devoir d'information devient problématique et le devoir de "
tout dire" induit, d'après les praticiens, une angoisse susceptible de
provoquer des demandes d'interruptions médicales de grossesse qui n'ont pas
lieu d'être. Ce phénomène est renforcé par le déplacement de la date limite
d'interruption volontaire de grossesse de 12 à 14 semaines depuis la loi du
4 juillet 2001.
En voie
de disparition ?
Le Comité
national technique de l'échographie de dépistage prénatal remettra
prochainement au Ministre de la Santé un rapport sur l'échographie foetale.
Ce rapport tire la sonnette d'alarme. L'arrêt Perruche a conduit bon nombre
de médecins libéraux à abandonner l'échographie foetale et l'hôpital public
n'est pas en mesure de compenser la diminution de l'offre échographique
libérale... L'accès aux soins des moins favorisés est donc réduit, au mépris
de l'objectif premier de l'échographie : diminuer la mortalité périnatale et
maternelle et permettre de soigner dès la naissance.
1 -
L'échographie prénatale après l'arrêt Perruche, Etudes, Danielle Moyse
et Nicole Diederich, avril 2005. |
lettre mensuelle gratuite,
publiée par la Fondation Jérôme Lejeune.
Directeur de la publication : Jean-Marie Le Méné et Rédacteur en chef : Aude
Dugast
Contact : - 31 rue Galande
75005 Paris - Tél : 01.55.42.55.14
contact@genethique.org
|
|