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N°61 - Janvier 2005

L’avortement, trente ans après… une société ébranlée

Désinformation par les chiffres
Lors de la discussion du projet de loi dépénalisant l’interruption volontaire de grossesse, Madame Simone Veil, dans son discours devant l’Assemblée nationale le 26 novembre 1974 s’écriait : « nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les
300 000 avortements qui chaque année, mutilent les femmes de ce pays, qui bafouent nos lois et qui humilient et traumatisent celles qui y ont recours
» (Les hommes aussi s’en souviennent, ed. Stock 2004, p.40). Ce chiffre auquel il sera continuellement fait référence influera sur le vote du Parlement. Les promoteurs de la loi avaient tout intérêt à présenter un chiffre élevé d’avortements clandestins, alors qu’aujourd’hui1 une estimation raisonnable situe ce chiffre entre 40 000 et 60 000.
On est donc passé de 60 000 avortements clandestins en 1974 à plus de 200 000 avortements légaux aujourd’hui, et ce chiffre est stable, voire en progression en ce qui concerne les IVG d’adolescentes. Dans l’Europe des quinze, la France se situait parmi les pays au plus fort taux d’avortement, après la Suède…

De la contraception à l’avortement
L’usage généralisé de la pilule a profondément changé les mentalités ; on est passé de l’enfant « don de la nature » à « un bébé si je veux et quand je veux » avec cette conséquence redoutable : que faire si l’enfant s’annonce quand il n’a pas été programmé, n’est-il pas « un agresseur injuste » ? L’instauration d’une « mentalité contraceptive », « anti-vie », conduit fatalement à la perspective de l’avortement : "j’ai le droit de me débarrasser d’un importun qui est devenu un gêneur". On comprend dès lors que les multiples campagnes en faveur de la contraception n’aient jamais fait diminuer le nombre des avortements. Deux tiers des grossesses non désirées proviennent d’une contraception chimique qui a échoué : 60% d’entre elles conduisent à une IVG (Le Quotidien du médecin, 30 avril 2003). L’INED confirme : six grossesses non prévues sur dix se terminent aujourd’hui par une IVG (quatre sur dix en 1975)2. Laissons la conclusion à l’INED, « contrairement à une idée naïve, les femmes qui avortent ne se recrutent pas préférentiellement parmi les moins informées ou les moins expérimentées en matière de contraception. Les contraceptrices sont en un sens les premières « clientes » de l’IVG parce qu’elles sont par hypothèse les plus décidées à éviter une grossesse... ».3

Depuis la dépénalisation …
La loi du 17 janvier 1975 dépénalise l’avortement jusqu’à la dixième semaine de grossesse, lorsque la femme est dans une situation de détresse et l’article 1er rappelle : « La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de sa vie. Il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu’en cas de nécessité et selon les conditions définies par la présente loi ». En 1982, la loi Roudy autorise le remboursement de l’IVG et la loi Neiertz de 1993 crée le délit d’entrave à l’IVG, passible de 2 à 3 ans de prison et de 2000 à 30 000 francs d’amende. En juillet 2001, la loi Aubry facilite l'accès à l’avortement : le délai légal est porté à douze semaines, l’autorisation parentale pour les mineures est supprimée, ainsi que l’entretien obligatoire pour les femmes majeures. Le délit d’entrave est étendu aux pressions morales et psychologiques et la clause de conscience des médecins est fortement entamée, voire supprimée pour les chefs de service hospitalier. En novembre 2004, le ministre de la santé P. Douste-Blazy signe le décret autorisant l’avortement médicamenteux à domicile.

Quel bilan ?
La réalité aujourd’hui est bien éloignée des intentions affichées par Simone Veil dans son discours devant l’Assemblée nationale le 26 novembre 1974 : « si la loi admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler et, autant que possible, en dissuader la femme », « l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue » ; « ceux qui font tout pour permettre à ces femmes d’assumer leur maternité, nous aiderons dans cette entreprise » ; « le gouvernement s’est fixé un triple objectif : faire une loi réellement applicable ; faire une loi dissuasive ; faire une loi protectrice ». « Tout laisse à penser que l’adoption du projet de loi n’aura que peu d’effet sur le niveau de la natalité en France… »

Trente ans plus tard, le nombre des avortements a été multiplié par 4 ou 5 ; les informations concernant les droits des jeunes mères, les possibilités d’accoucher sous X ou d’adoption, d’avoir recours à une association pour une aide matérielle ou morale, ont été supprimées de l’entretien préalable. Le délai de réflexion de huit jours a été supprimé, ainsi que l’obligation de consultation sociale préalable, sauf pour les mineures. Enfin, en ce qui concerne la natalité, le taux de fécondité de 1,89 aujourd’hui est insuffisant. Quand il y a entre 760 000 et 800 000 naissances par an, à qui faire croire que 200 000 avortements sont sans influence sur la natalité alors qu’il manque 150 000 naissances par an pour assurer le remplacement des générations ?

Le silence d’une société ébranlée
Les séquelles psychologiques de l’avortement commencent à être connues et reconnues4. Les psychologues parlent aujourd’hui du syndrome post-abortif des femmes qui ont subi un avortement et du syndrome du survivant des jeunes qui s’interrogent : "en vertu de quelle roulette russe suis-je venu au monde alors que mon frère ou ma sœur n’y a pas eu droit ?" L’avortement blesse aussi parfois profondément les hommes, les médecins, les équipes soignantes, les assistantes sociales qui, depuis la loi Neiertz, n’ont pas le droit d’intervenir pour dissuader une femme d’avorter, même si elle est soumise à une pression évidente. C’est toute la société qui est ébranlée par la dévalorisation dans le regard porté sur la vie humaine. Ainsi depuis 30 ans, les débats sur la procréation médicalement assistée, la bioéthique et aujourd’hui l’euthanasie sont tronqués : il est interdit de poser la question du statut de l’embryon ou la définition de l’être humain de peur de remettre en cause la légitimité de l’avortement.

1 - La seconde révolution contraceptive, Cahier de l’INED n° 117, 1987.
2 - INED, Populations et sociétés, n°407, décembre 2004.
3 - La seconde révolution contraceptive, Cahier de l’INED n° 117; 1987, p. 265.
4 - P. de Cathelineau, Les lendemains douloureux de l’avortement, ed. CLD, Tours.

 

Cellules souches embryonnaires : pas aussi thérapeutiques que promis...

La revue La Recherche de janvier fait le point sur les annonces médiatiques qui présentent les cellules souches embryonnaires humaines (cellules ES) comme susceptibles de guérir un jour les maladies de Parkinson, d’Alzheimer, le diabète ou les maladies cardiaques et constate pourtant que « du fantasme à la réalité, il y a un monde »1.

Cet article revient sur les différentes recherches menées à partir de cellules souches embryonnaires humaines.

Différenciation des cellules ES
Le premier défi concernant la recherche sur les cellules ES est de maîtriser la différenciation. Rappelons que ces cellules, extraites d’embryons au stade de blastocyste sont pluripotentes, c’est-à-dire capable de se différencier en n’importe quel type de cellule. Il faudrait donc arriver à les faire se multiplier avant qu’elles se différencient spontanément mais, explique Michel Puceat, directeur de l’équipe « cellule ES et différenciation cardiaque » du CNRS de Montpellier, « nous sommes encore loin de savoir engager le devenir des cellules ES vers un seul et unique type cellulaire ».

Transplantation des cellules ES
Une fois les cellules ES différenciées en un type cellulaire précis, il faut pouvoir les transplanter dans l’organisme receveur sans les endommager. Différentes techniques concluantes ont été mises au point (notamment par les équipes de Michel Puceat – CNRS Montpellier, Philippe Menasché – Hôpital G. Pompidou Paris ; Lior Gepstein – Haïfa, Israël).

- Essais cliniques
Pour la maladie d'Alzheimer, souvent présentée comme un exemple de maladie que les cellules souches embryonnaires peuvent guérir, la greffe de neurones est pour l’heure inenvisageable car la dégénérescence neuronale s’étend trop rapidement à tout le cerveau. C’est au tout début de la maladie qu’il faudrait agir, alors que la pathologie ne peut pas être dépistée à un stade précoce.
En revanche, dans la maladie de Parkinson ou la Chorée de Huntington, la dégénérescence reste localisée à une seule zone jusqu’à un stade avancé de la maladie. Les neurones perdus sont situés dans une zone appelée substance noire et émettent des prolongements vers une autre zone, le striatum où ils libèrent de la dopamine. Des cellules souches ES pourraient être greffées directement dans ce striatum où elles se différencient et libèrent la dopamine. Si des résultats ont été publiés chez le rat, « chez l’homme, les cellules ES représentent certes un potentiel, mais ce sera beaucoup plus compliqué » rappelle Philippe Hantraye, spécialiste du système nerveux central au service hospitalier Frédéric-Joliot à Orsay.

- Risques de rejet
Pour Raphaël Scharfmann, directeur de l’unité E0363 de l’Inserm et spécialiste des organes endocrines, dans ce domaine on est « à peu près au point zéro ». Pour François Pattou, spécialiste de thérapie cellulaire à l’Université de Lille et à l’Inserm, l’obstacle majeur est le rejet des greffons, qui ne sera peut-être pas surmonté avec les cellules-souches. Pourtant l’équipe de Michel Puceat a mené des greffes cardiaques de cellules ES entre animaux de même espèce et entre animaux d’espèces différentes sans constater de problème de rejet. Pour ce scientifique, il faut « définir avec précision les caractéristiques immunologiques des cellules ES ».

- Création de lignées de cellules ES porteuses d’une anomalie génétique afin de constituer un modèle humain de cellules malades au lieu d’utiliser une lignée de cellules embryonnaires de souris transformée avec le gène muté humain.

- Utilisation sur l’homme des lignées ES
Le passage à l'homme risque d'être difficile du fait même de la technique de fabrication et de conservation de ces lignées, conservées à partir de matrice animale (fibroblastes de souris et sérum
de veau foetal) ce qui interdit leur utilisation sur l'homme pour des raisons de sécurité sanitaire. Des équipes annoncent avoir détourné le problème en établissant de nouvelles lignées ES sur des cellules nourricières humaines et non animales.

Cet article qui s’appuie sur de nombreuses expériences en cours nous montre la complexité de la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Car si certaines études sont concluantes chez l’animal, elles sont loin d’être applicables à l’homme. Parler de thérapie par cellules ES humaines relève bien aujourd'hui de la fiction...

Bien que ce ne soit pas l’objet de l’article de La Recherche, nous rappelons qu’une alternative à la recherche sur les cellules souches embryonnaires est celle sur les cellules souches adultes. Ces cellules, outre le fait que leur utilisation ne pose aucun problème éthique, ont fait la preuve de leur pluripotence et ont montré leur capacité thérapeutique dans la réparation cellulaire dans le cadre d’essais cliniques sur l’homme, (cf. lettre Gènéthique n°49).

C’est sans insister sur la question du clonage dit thérapeutique, revendiqué par certains chercheurs comme source sans fin de fabrication de cellules ES. Or la technique du clonage n’étant pas maîtrisée, de plus en plus de scientifiques ont abandonné le terme de clonage thérapeutique pour celui de clonage de recherche. Ce terme a été repris par l’UNESCO dans son document "Human cloning" édité en 2004 qui précise "puisque la notion de thérapeutique suggère que le clonage peut avoir des applications bénéfiques, ce qui aujourd'hui semble complètement injustifié, il est plus approprié de modifier ce terme positif et d'utiliser un mot plus neutre, le clonage de recherche."

1 - La Recherche, C. Klingler « Cellules souches, résultats embryonnaires »,  janvier 2005.

 

  lettre mensuelle gratuite, publiée par la Fondation Jérôme Lejeune.
Directeur de la publication : Jean-Marie Le Méné et Rédacteur en chef : Aude Dugast 
Contact :  - 31 rue Galande  75005 Paris - Tél : 01.55.42.55.14 
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