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 Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité bioéthique

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N°62 - Février 2005

Don de gamètes ou d’embryon : vers un tourisme procréatif ?

Royaume-Uni : large consultation
Les conditions de la procréation médicalement assistée avec donneur, largement pratiquée en Grande-Bretagne, vont être modifiées dans les deux années à venir : la loi vient de changer, et à partir d’avril 2005, les donneurs de gamètes ou d’embryons pourront être identifiés par les enfants qu’ils auront contribué à concevoir, si ceux-ci le souhaitent lorsqu’ils ont atteint l’âge de 18 ans. En avril 2006, la directive européenne n°2004/23/CE du 31 mars 2004 sur les tissus et cellules humains sera applicable en Grande-Bretagne ; la réglementation existante devra s’adapter, en particulier en ce qui concerne la sécurité et la qualité des tissus et cellules (dont les gamètes), en provenance de pays non européens. A cette occasion, la HFEA (Human Fertilisation and Embryology Authority), autorité britannique chargée de la reproduction humaine et de l’embryologie, lance une large consultation sur la procréation médicalement assistée avec donneur de sperme, d’ovocytes ou d’embryons, afin de rendre cette pratique plus efficace.

Vers une rémunération du don ?
Comment dédommager les donneurs ? Doivent-ils être rémunérés, comment compenser les charges induites par le don, les inconvénients de toutes sortes qu’il entraîne et arriver à une estimation réaliste ? Faut-il fixer un dédommagement maximum ou non ?… En matière de don de sperme, les avis semblent diverger entre aucune rémunération et un maximum de 50 £, sachant qu’un donneur peut faire jusqu’à 50 dons en six mois... La compensation financière devrait être nettement plus substantielle pour le don d’ovocytes qui nécessite des procédés médicaux et chirurgicaux invasifs beaucoup plus pénibles tant physiquement que nerveusement. Un niveau de compensation allant de 100 à 1000 £ a été suggéré et sert de base à la réflexion en cours. Le document de la HFEA imagine aussi que la femme donnant ses ovocytes pourrait en contre-partie bénéficier de réduction sur le coût de son propre traitement contre la stérilité. Enfin, à propos du don d’embryon, il semble qu’aucune rémunération ou compensation ne doive être envisagée car il s’agit d’embryons pour lesquels les parents n’ont plus de « projet parental ».

Importation de gamètes et d’embryons
Les gamètes (presque toujours le sperme) et des embryons peuvent actuellement être importés, mais il s’agit d’autorisations au cas par cas ; cette pratique va être concernée par les mesures relatives à l’identification des donneurs à compter d’avril 2005 et par la directive sur les tissus et cellules. La HFEA doit-elle continuer à autoriser cette pratique au cas par cas ou doit-elle autoriser les centres agréés à importer des gamètes à discrétion, à condition que les centres étrangers partenaires présentent toutes les garanties dans le recrutement des donneurs et le traitement des gamètes ?

Trafic d’ovocytes roumains
A ces questions et réflexions répond déjà la pratique : du fait de la difficulté à trouver des ovocytes en Angleterre, un centre de procréation médicalement assistée britannique vient de mettre en place un programme d’échanges avec un établissement roumain, le Global Art Center de Bucarest. Les jeunes donneuses roumaines, âgées de 18 à 34 ans sont sensées être altruistes et donnent volontairement leurs ovocytes alors qu’elles ne présentent aucun problème d’infertilité. Gratuitement ? Il est permis d’en douter quand on sait combien est pénible le traitement de stimulation de l’ovulation et de prélèvement des ovocytes… Le délai d’attente des futures mères britanniques n’est plus que de trois mois, et lorsque la donneuse a été repérée pour ses qualités physiques, médicales et génétiques, il suffit d’envoyer à Bucarest un échantillon de sperme du partenaire. La technique de l’ICSI sera utilisée pour fertiliser les œufs qui seront congelés et il ne restera plus qu’à planifier un voyage à Bucarest pour le transfert des embryons.

Les risques de la stimulation ovarienne
Pourtant les dangers liés à ces pratiques sont réels. Selon l’OMS, le syndrome de l’hyperstimulation ovarienne est constaté dans 1% des cas et peut entraîner la mort de la patiente. Il augmente avec le développement du don d’ovocytes et rend vulnérables certaines catégories de femmes européennes, victimes du tourisme procréatif.
Enfin, la mise sur le marché des gamètes n’est-elle pas une nouvelle forme de prostitution, médicalisée, encadrée juridiquement, au mépris des risques médicaux courus par la femme qui « fournit » les ovocytes ?

 

États-Unis : Mise en garde contre le RU 486

Des risques graves
La Food and Drug Administration (FDA), l'agence américaine chargée, entre autres, du contrôle des médicaments, a ordonné des mises en garde plus sévères contre les risques d'infection ou d'hémorragies utérines graves consécutives aux avortements par RU 486 (mifépristone). Il sera désormais fait mention, parmi les risques sérieux, des infections graves, des hémorragies et la mort pouvant survenir après la fin de la grossesse.

Sept décès enregistrés
En effet, entre août 2001 et janvier 2004, sept décès ont été répertoriés au Canada, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Suède et en Espagne. La dernière victime est une jeune californienne de 18 ans, décédée d'une septicémie à la suite d'une infection de l'utérus. La FDA a déjà reçu 676 déclarations d'effets secondaires liés à la mifépristone, dont 17 grossesses extra-utérines, 72 hémorragies sévères et sept cas d'infections graves.
Le RU 486, pour être efficace, doit être associé à des prostaglandines et les patientes doivent être étroitement surveillées.

 

Médecin aux urgences - Jacqueline Dauxois - Dr Marc Andronikof

Aujourd’hui, le chercheur intervient dans des domaines que les grandes civilisations ont toujours considérés comme sacrés : la vie, la mort et l’homme. Et les consciences acceptent ces exploits en s’adaptant aussi vite que progresse la technologie. Ce livre d’entretiens entre Jacqueline Dauxois et Marc Andronikov, médecin chef de service des urgences à l’hôpital Antoine Béclère de Clamart, qui porte en lui toute la lumière du christianisme orthodoxe, bouscule utilement le consensus mou sur les avancées scientifiques (1).

A-t-on le droit de refuser ?
Techniquement, on peut tout faire à l’homme. On peut… mais n’a-t-on pas aussi le droit de refuser ? A-t-on le droit de refuser de se considérer et de considérer les autres autrement que comme des assemblages d’organes et de tissus interchangeables ? Quels soins peut-on accepter ? Qui décide de ce que deviennent nos corps lorsque la conscience les abandonne ?… Est-il admissible qu’un médecin des urgences puisse décider qu’un malade, qui est perdu, doive absolument être réanimé au moyen de toutes les machines respiratoires, toutes les assistances circulatoires… pour qu’on puisse lui prélever ses organes ? Depuis la loi Caillavet de 1976, le consentement de la personne est implicite et quiconque n’a pas déclaré de son vivant qu’il s’opposait au prélèvement d’organe l’accepte. Qui le sait ?

« La mort n’est pas la mort »
La mort n’est plus définie par l’arrêt des trois fonctions vitales ; aujourd’hui, seule la mort cérébrale est considérée dans le milieu scientifique et dans la loi comme la mort mais cette définition qui autorise tous les prélèvements sur les personnes en coma dépassé n’est-elle pas une erreur scientifique ? On affirme que le cerveau détermine la mort parce que les atteintes au cerveau sont aujourd’hui irréversibles alors qu’on peut suppléer aux autres organes, au cœur, aux poumons par la réanimation. On définit les réalités médicales et la personne elle-même en fonction de ce qu’il est possible de réaliser techniquement aujourd’hui. Or la mort est un processus, puisque toutes les fonctions ne s’arrêtent pas en même temps... Mais la notion de mort cérébrale permet de prélever avant que les organes qui ne sont pas encore atteints commencent à souffrir.
Ainsi « le concept d’équivalence entre la mort et le coma dépassé repose sur trois erreurs grossières : prendre une continuité pour un point, prendre une partie pour le tout, prendre l’avenir vraisemblable pour un événement déjà réalisé. »

Le sexe aux urgences : une société déresponsabilisée
Un exemple parmi d’autres, puisé dans ce livre riche d’expériences : depuis que la pilule abortive, dite du lendemain, est en vente libre, les jeunes filles ne viennent plus la réclamer aux urgences. Mais on y voit toujours arriver dans la nuit ou au petit matin, des jeunes gens pleurant, réclamant la protection médicale parce que leur préservatif a éclaté et qu’ils craignent d’attraper le sida. L’hôpital est alors sollicité en urgence pour fournir les trithérapies !

L’homme : un amas de cellules ?
« Mettez un préservatif et faites ce que vos voulez », vous n’aurez plus de responsabilité vis-à-vis de votre corps et vis-à-vis du corps de l’autre », clament les publicités. L’homme est réduit à ses organes, ici l’organe du plaisir ou à ses cellules. Et finalement, dès lors que l’homme n’est pas plus qu’un amas de cellules, cloner n’est pas pire que de réduire les embryons surnuméraires, expérimenter sur eux ou les transformer en cosmétiques, que d’avorter, que de choisir les caractéristiques génétiques d’un enfant et éliminer celui qui ne peut être utilisé…A toutes les étapes de la vie, l’homme est encouragé à s’affaler dans ce qu’il croit être le bien-être au lieu de se redresser pour faire face. Ce livre oblige à réfléchir.

Établissement français des greffes
Quelques jours après la parution de l'ouvrage, l'actualité nous révèle l'évolution importante des demandes de greffes d'organes en France. A cette occasion, l’Établissement français des greffes (EFG) propose une évolution des pratiques. Afin de pallier le manque de greffons, cet organisme souhaiterait faire évoluer la réglementation (décret du 2 décembre 1996) afin de rendre possibles les prélèvements en cas d’arrêt cardiaque ; les organes pourraient alors être utilisés, à condition de les préserver en y injectant très vite un liquide de refroidissement, par l’intermédiaire d’un cathéter ; le comité d’éthique de l’EFG a estimé qu’on pouvait mettre en place ces techniques avant l’entretien avec la famille ; en cas d’opposition de celle-ci, la sonde serait retirée.

Certitude morale de la mort clinique ?
Enfin quelques jours plus tard, tout en encourageant le don gratuit d’organes, le Pape Jean Paul II a rappelé qu’il était nécessaire d’établir avec une certitude morale la mort clinique d’une personne avant de procéder au prélèvement. Il a demandé à cette occasion à l’Académie pontificale des sciences de donner une définition précise de la mort.

1 - J. Dauxois et Dr M. Andronikof, Médecin aux urgences, ed . du Rocher, janv. 2005

 
 

 

 

 

 

  lettre mensuelle gratuite, publiée par la Fondation Jérôme Lejeune.
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