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Clonage : l'annonce
spectaculaire
En mai 2005, le Pr Hwang Woo-Suk annonce avoir obtenu 11 lignées de
cellules embryonnaires humaines par clonage. La communauté scientifique
est saisie par le rendement obtenu. Alors qu'en 2004, il avait fallu 230
essais pour obtenir 1 lignée, le Pr Hwang en 2005 explique qu'1 essai
sur 15 suffit. Avec ses résultats il vise le prix Nobel de médecine et
de physiologie. Le 10 octobre, au faîte de sa renommée internationale,
il inaugure un consortium mondial sur les cellules embryonnaires
humaines. En novembre, il doit être nommé "Homme de l'année 2005" au
Théâtre des Folies Bergères à Paris. Mais la cérémonie et la conférence
de presse sur "les vertus" du clonage humain, avec le Pr. Peschanski,
militant actif pour la légalisation du clonage1 et financé
par le Téléthon, doivent être annulées car la rumeur enfle : le Pr Hwang
est accusé de faute éthique.
Le scandale des ovocytes
On apprend que certains ovocytes nécessaires au clonage ont été prélevés
sur des jeunes femmes travaillant sous son autorité et que d'autres ont
été achetés. Si peu de commentateurs ont évoqué les problèmes éthiques
liés à la création d'embryons par clonage, tous condamnent le coréen
pour le mode d'obtention de ces ovocytes. Le 1er scandale éclate. Suivi
bientôt d'un autre.
Résultats falsifiés
La revue scientifique Science, qui a publié les travaux du Pr. Hwang,
dénonce bientôt des erreurs dans la publication : photos dupliquées,
tableaux incohérents.
Roh Sung-Il, collaborateur du Pr. Hwang, demande à la revue de retirer
l’article. Une telle rétractation est très rare dans la presse
scientifique. Une enquête est aussitôt diligentée par des experts de
l'université de Séoul.
Fin décembre, le comité d'enquête annonce que 9 des 11 lignées de
cellules embryonnaires ont été falsifiées et que de sérieux doutes
planent sur la véracité des 2 lignées restantes. Les experts précisent
que "ce n'est pas un accident, mais un mensonge délibéré".
Le rapport définitif du 29 décembre donne le coup de grâce : les 2
lignées restantes n'ont pas été obtenues par clonage mais par
fécondation in vitro à l'hôpital.
Des enquêtes sont lancées sur les autres publications du Pr Hwang : le
1er clonage humain (Science 2004), le clonage d'une vache (1999),
de cochons (2002) et d'un chien (Nature 2005).
Conséquences politiques
en Corée
Cette affaire pourrait avoir de sérieuses retombées politiques, le
président sud-coréen ayant soutenu le Pr Hwang au cours des deux
dernières années. Les travaux du biologiste étaient au centre d'une
stratégie de promotion du pays comme "pionnier" dans la recherche
sur les cellules embryonnaires. Le Pr Hwang a bénéficié de crédits
considérables depuis 2002 : 34 millions d'euros. Le ministère des
sciences a annoncé le retrait des 2,4 millions d'euros promis pour 2006.
Les scientifiques sud-coréens s'inquiètent des répercussions sur leurs
travaux. Dès avant le scandale, ces recherches ne faisaient pas
l'unanimité, beaucoup de coréens étant opposés au clonage. "J'espère
que cette affaire ne ternira pas l'image des savants sud-coréens, car
elle n'est pas représentative de la recherche dans notre pays"
souligne le Pr O II-whan, spécialiste des cellules souches adultes.
L'Église de Corée du Sud, qui dénonce ces recherches sur les embryons et
le clonage, en sort renforcée. Elle avait annoncé, avant le scandale,
que le Comité pour la Vie créé par le diocèse de Séoul, débloquerait 8
millions d'euros pour la recherche sur les cellules souches adultes.
Séisme international
Pour le Pr Axel Kahn, "c'est un séisme politique, parce que les pays
du monde entier, sur la foi des résultats de Hwang s'apprêtent à voter
des lois sur le clonage ou les cellules souches". Or, "le clonage
est un univers de déraison totale" remarque-t-il. "L'une des
caractéristiques de ce champ de recherche, c'est qu'il rend fous tous
les gens qui le touchent."
Le mirage du clonage rappellera aux amateurs de Tolkien la légende du
"Seigneur des anneaux" : l'anneau du pouvoir aliène tous ceux qui s'en
approchent, l'ambition finissant par les dévorer. Le mythe a fait place
à la réalité, avec le scandale de la secte Raël, et des Dr. Antinori et
Zavos. L'affaire Hwang illustre encore cette "déraison totale",
tout comme en France les auditions à l'Assemblée nationale du 22
novembre 2005(1). "Depuis le début, tous les fantasmes, les
illusions, les lobbys se mélangent avec les démarches proprement
scientifiques", précise A. Kahn et ses propos traduisent le
sentiment de bien des observateurs. Notons qu'Axel Kahn a été longtemps
opposé au clonage avant de rallier le parti des "pour" à la suite
des résultats du Pr Hwang en mai 2005.
Vers une ère post-clonage
Les scientifiques favorables au clonage déchantent. Le Pr. Peschanski
reconnaît que "depuis presque un an, toutes les perspectives de
recherche sur le clonage s'appuyaient sur le fait que le Pr. Hwang avait
réussi à le faire". Si cette équipe qui "dispose de compétences
humaines et de moyens technologiques considérables" n'a pas réussi
dans ses tentatives de clonage "cela remettra en question la
faisabilité du clonage humain" avoue-t-il. Pour Axel Kahn, "les
travaux qui se donnaient pour objectif d'isoler des lignées de cellules
souches provenant de personnes malades dans le but d'étudier ces
maladies, vont obligatoirement connaître un coup d'arrêt s'il s'avère
que l'on ne sait effectivement pas obtenir des embryons humains clonés !"
Pour lui, ce scandale révèle "l'aspect fantasmatique du clonage dit
thérapeutique". "Car même si on obtenait une seule lignée de
cellules souches dérivées d'un embryon humain cloné, on serait encore
loin d'avoir guéri les centaines de millions de personnes qui souffrent
de diabète, d'Alzheimer, de maladies cardiaques etc. Cela exigerait de
recourir à des centaines de milliers d'ovules" puis de réaliser pour
chaque patient un clonage. "On voit bien qu'une procédure aussi
lourde n'est tout simplement pas applicable à grande échelle",
conclut-il.
En Grande-Bretagne, où le clonage thérapeutique est autorisé, on
commence à évoquer le besoin de diriger les recherches vers d'autres
branches moins sensibles sur le plan éthique comme les cellules souches
du cordon ombilical.

1 -
www.genethique.org revue de
presse
23/11/05 |
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Plainte du père
Trois médecins parisiens dont deux gynécologues obstétriciens, se sont
vus infliger un rappel à la loi par le tribunal de grande instance de
Paris, à la suite d'une interruption médicale de grossesse (IMG)
qu'ils avaient pratiquée en 2001 à l'hôpital Necker. Le tribunal a
estimé que la malformation du foetus n'était pas suffisante pour
justifier l'IMG autorisée quand il y a une "forte probabilité"
que l'enfant à naître soit "atteint d'une affection d'une
particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic".
Le foetus était atteint d'une hernie diaphragmatique congénitale, une
pathologie grave et rare. Dans la moitié des cas, le bébé ne survit
pas, mais une opération est envisageable avec des risques de séquelles
ou de mortalité postopératoire. A l'époque, le couple avait accepté
une IMG. Mais deux ans plus tard, le mari qui s'est renseigné sur le
diagnostic de la hernie du diaphragme, porte plainte contre les
médecins pour IMG abusive.
Avortement illégal
Le parquet estime que toutes les conditions n'ont pas été remplies
pour pratiquer l'IMG : "le critère d'incurabilité de la
malformation n'était pas rempli." Il s'agirait donc "d'avortement
illégal". En convoquant les trois médecins, le parquet a mis en
place une procédure du code pénal utilisée afin de prévenir les
personnes concernées qu'en cas de récidive, elles seront poursuivies.
Réactions
Cette affaire est ressentie comme une menace par les centres de
diagnostic prénatal. A l'hôpital Necker et à l'hôpital Saint Antoine à
Paris, les médecins ont décidé de ne plus signer les autorisations
d'IMG tant que le garde des Sceaux ne se serait pas prononcé sur
l'affaire. Les 43 autres centres de diagnostic prénatal ont menacé de
suivre le mouvement. Pour le Syndicat national des gynécologues et
obstétriciens de France, "la justice menace de mort le diagnostic
prénatal". D'autres médecins dénoncent qu'un magistrat puisse être
capable d'avoir un avis sur la pertinence des décisions d'IMG prises
par des équipes médicales. De son côté, le parquet de Paris explique :
"nous avons simplement demandé à ces médecins d'être plus prudents
à l'avenir dans le recueil du consentement de la mère pour la pratique
d'une IMG. A aucun moment, le parquet n'a porté d'appréciation sur le
bien-fondé de cette décision médicale". Le procureur de la
République de Paris a décidé de classer sans suite ce rappel à la loi.
Pour le ministère de la santé, cette affaire relève d'un "dysfonctionnement
de la justice".
Incohérence manifeste
Ces réactions soulignent l'incohérence qui entoure les pratiques en
médecine foetale. D'une part l'affaire Perruche, d'autre part les
affaires d'homicide involontaire du fœtus, trahissent le malaise d'une
société schizophrène. L'arrêt Perruche où une personne handicapée
faisait condamner un médecin pour n'avoir pas été avortée, a
lourdement augmenté l'obligation de résultat des médecins : faire
naître des enfants "zéro défaut". Mais quand une erreur
médicale entraîne la mort du fœtus alors que la mère désire la
naissance de l'enfant, le médecin n'est pas poursuivi (il l'était
avant une jurisprudence récente). Aujourd'hui un médecin peu
scrupuleux a donc "intérêt" à avorter un enfant, plutôt qu'à le
laisser naître s'il suspecte un handicap et à plus forte raison s'il
est responsable du handicap. Il n'est jamais inquiété pour un fœtus en
moins mais peut l'être pour un enfant de trop. Cette plainte pour
avortement rétablit un équilibre des risques.
Inquiétudes du corps
médical
Les gynécologues obstétriciens pratiquant des IMG craignent que cette
première plainte ne soit pas la dernière. On comprend la cause de ces
inquiétudes à la lecture des propos du Dr Daffos1, pionnier
du diagnostic prénatal qui, pour critiquer ce rappel à la loi, croit
bon de préciser : "beaucoup d'IMG sont faites sur de fortes
probabilités". Si beaucoup d'IMG sont pratiquées sans que la
malformation du fœtus est attestée, c'est reconnaître qu'un certain
nombre de fœtus avortés n'ont pas de malformation in fine ou
sont porteurs d'affections curables. La pratique d'IMG par simple
probabilité, si forte soit-elle, faisant peu de cas de la valeur de la
vie de l'enfant à naître, les médecins peuvent craindre la réaction
des parents qui désirent cet enfant.
La charge de la preuve, renversée
L'enfant à naître ne bénéficie pas de la présomption de normalité
comme nous bénéficions de la présomption d'innocence. Il doit prouver
qu'il n'est ni handicapé ni malade pour pouvoir naître.
Quand le Pr Frydman, chef de service à l'hôpital A. Béclère se dit "inquiet"
de ce rappel à la loi et craint qu'il ne s'inscrive "dans le
courant idéologique de la vie à tout prix", on mesure le déficit
éthique de la médecine fœtale quand elle recherche une prise en charge
non pas de "la vie à tout prix", mais de "la vie normale à
tout prix", et ce, même au prix de la vie.

1 - Le Monde,
27/12/2005
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