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N°68 - août 2005

 

Le sommaire de la Lettre n° 68 d'août 2005

Accompagner la vie dans son dernier moment – Alain Mattheeuws

L’identité conceptionnelle – Benoît Bayle

 

Accompagner la vie dans son dernier moment – Alain Mattheeuws

La mort est un passage

La mort est un passage non pas vers le néant mais vers la vie. Ce passage est de façon toute particulière un acte de l’homme et le lieu où des hommes, frères et sœurs en humanité, peuvent accompagner celui qui s’en va. C’est un lieu éthique et spirituel par excellence, le lieu du respect.

Alain Mattheews, docteur en théologie, professeur à l’Institut d’Études théologiques de Bruxelles et professeur invité à l’École Cathédrale de Paris, rend compte dans ce petit livre de la richesse de la tradition chrétienne et du sens de la douleur et de la mort. Écrit de façon particulièrement claire et pédagogique, il veut aider à réfléchir paisiblement sur les questions actuelles posées par la mort, que ce soit à l’intérieur du monde médical ou dans sa propre famille.

L'urgence d'une nouvelle solidarité
La doctrine de l’Église catholique s’est affinée pour rencontrer les  questions modernes telles que la définition de la mort, le soulagement de la douleur, l’abstention ou le refus de l’acharnement thérapeutique. Alain Mattheews rappelle les principaux documents de référence qui aident à comprendre comment respecter la vie dans ses derniers moments. Comme le rappelle Jean Paul II, « la dignité des mourants » s’enracine dans leur caractère de créature et dans leur vocation personnelle à la vie éternelle ; le regard plein d’espérance transfigure la décomposition de notre corps mortel. Face à la peur  de la mort et à la tentation de l’euthanasie, l’Église rappelle l’urgence à inventer de nouvelles formes de réconfort physique et spirituel, à mobiliser toutes les forces de la charité chrétienne et de la solidarité humaine.

Respecter la vie jusque dans la mort
Autant l’euthanasie peut signifier une perte du sens de la vie, autant l’acharnement thérapeutique peut être considéré comme une perte du sens de la mort ; entre ces extrêmes également déshumanisants, la vraie compassion rend solidaire de la souffrance d’autrui, mais elle ne supprime pas celui dont on ne peut supporter la souffrance. Accompagner des grands malades,  traiter leur douleur et leur prodiguer des sois attentifs, c’est être gardien de leur humanité. Le corps et l’esprit peuvent se déliter, la personne demeure en son unité relationnelle, en son « mystère « , en son « alliance » avec son Créateur, reconnu, connu ou pas. Prendre soin, c’est veiller à accompagner autrui.
La mort, épreuve de l’amour
Comme le dit la formule platonicienne sur «  la vie, apprentissage de la mort », l’acte de mourir n’est-il pas l’acte capital de notre existence terrestre, celui où le devenir cesse pour faire place à l’être ? La mort provoque la liberté, révèle le fond des cœurs ; « elle est le dies natalis, le jour de l’authentique naissance où, cette fois, je me ferai moi-même tel que je veux être pour l’éternité ». Ce sens suggère des attitudes aussi bien chez celui qui vit ce passage que chez ceux qui l’accompagnent. En nous éclairant sur la grandeur de la mort, celle de nos proches à accompagner comme la nôtre à préparer, l’ouvrage d’Alain Mattheeuws réveille, apaise et appelle à la solidarité face à la tentation du désespoir.

Accompagner la vie dans son dernier moment – Alain Mattheeuws – Editions Parole et Silence, mars 2005.

 

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L’enfant à naître. Identité conceptionnelle et gestation psychique (mai 2005)
L’identité conceptionnelle. Tout se joue-t-il avant la naissance ?
(juin 2005)
 – Benoît Bayle -

Gestation psychique
L’intérêt pour l’étude psychologique ou psychopathologique de la grossesse n’est pas récent. Les travaux sur la folie des femmes enceintes ou des nouvelles accouchées datent du XIXème siècle, avec les écrits d’Esquirol et de Victor Marcé. Cependant, le sujet connaît un engouement incontestable depuis 1960, avec des auteurs comme Winnicott, Bibring, Racamier, Brazelton, etc., et les nombreuses recherches parues ces dernières années ne démentent en rien l’enthousiasme des chercheurs pour cette période de la vie, en dépit de l’insuffisance des moyens consacrés à l’accompagnement psychique de la grossesse.

Après un premier ouvrage consacré à la révolution conceptionnelle, « L’embryon sur le divan (1) »,  Benoît Bayle, psychiatre hospitalier et docteur en philosophie vient de publier ce printemps 2005 deux ouvrages : « L’enfant à naître. Identité conceptionnelle et gestation psychique » et  « L’identité conceptionnelle. Tout se joue-t-il avant la naissance ? ». La démarche de cet auteur est originale et s’explique par son cheminement personnel : en 1985, encore étudiant, impressionné par l’angoisse des femmes suivies dans le service de fécondation in vitro, il décide de consacrer une recherche sur les implications psychologiques de la procréation artificielle chez la femme stérile (p. 257). « L’enfant à naître » se situe à la croisée de ces deux chemins. D’un côté, la révolution procréatique impose de mieux connaître la place qu’occupent la conception et la période prénatale dans le développement psychologique de l’être humain. De l’autre, l’accompagnement des femmes enceintes, mais aussi des enfants ou des adultes, souligne l’existence de problématiques psychopathologiques qui émergent dès la conception de l’enfant et qui marquent son développement. A nous de savoir les repérer précocement et d’en repérer les enjeux ».

Développement psychologique
Ce questionnement l’incite peu à peu à explorer la gestation psychique, ce qu’il propose de manière approfondie dans cet ouvrage. « Ne faut-il pas d’abord comprendre la procréation humaine "naturelle" avant de considérer la scène conceptionnelle artificielle  ?» Une autre question fonde tout spécialement son approche psychopathologique de la conception humaine : «pouvons-nous repérer l’émergence de troubles du développement psychologique dès la conception ? »

7 études psychopathologiques
Délaissant les aspects historiques et bioéthiques, il propose sept études psychopathologiques détaillées. La première est consacrée à l’enfant de remplacement, conçu pour remplacer un frère aîné mort et étudie les rapports psychopathologiques qui unissent le deuil et la conception humaine à travers de très nombreuses expériences cliniques. D’autres  études explorent les rapports entre conception et traumatisme sexuel (viol, inceste...), entre conception et pathologie mentale (schizophrénie, névrose, dépression, alcoolisme…). Une étude porte sur les enfants issus de procréations médicalement assistées.

Un chapitre consacré au déni ou négation  de grossesse  montre a contrario l’élaboration psychique qui s’effectue au cours de la grossesse et l’importance de la relation psychoaffective entre la mère et l’être en gestation.

Survivance périconceptionnelle
S'intéressant à travers ces études, à la biographie de l'être humain conçu, Benoît Bayle échafaude quelques concepts psychologiques originaux comme la survivance périconceptionnelle. Les survivants de la période péri-conceptionnelle et prénatale sont des embryons et des fœtus qui survivent à la mort d’un ou plusieurs embryons ou fœtus issus de la même scène conceptionnelle : naissance après plusieurs avortements provoqués, conception sous stérilet, survie d’un embryon après réduction embryonnaire, congélation et destruction d’embryons surnuméraires... Les nombreuses expériences relatées montrent combien l’histoire conceptionnelle de chaque être conçu influence parfois lourdement son devenir psychologique. Ces travaux relatifs à la survivance offrent un cadre psychologique particulièrement adapté pour comprendre l’impact des procréations artificielles sur le développement de l’enfant, par exemple dans le cas du transfert embryonnaire multiple. Le fait de réimplanter trois embryons et que seul l‘un d’eux survive peut-il marquer le développement psychologique de l’embryon survivant ?

Embryon : nidification psychique
 
Pour achever ce parcours Benoît Bayle apporte sa « contribution à l’étude psychologique de la grossesse ». Sous ce titre, il opère un renversement inhabituel : envisager la période prénatale comme une étape du développement psychologique de l’être humain conçu. Ce n’est donc plus la femme qui se trouve au centre de son analyse (même s’il cite de nombreux travaux qui lui sont consacrés), mais l’être humain conçu dont il envisage le développement psychologique anténatal. L’être humain conçu effectue non seulement sa nidation biologique, mais aussi sa nidification psychique : il doit s’implanter dans la psyché maternelle qui va lui offrir en retour un espace psychique contenant. C’est aussi par sa présence que la femme va connaître les bouleversements émotionnels de la gestation. La constitution de cet espace psychique s’effectue alors, selon Benoît Bayle, en empruntant deux directions : celle de la femme qui devient mère, avec son histoire propre ; mais aussi, ce qui est nouveau, celle de l’être humain conçu, doté d’une identité conceptionnelle psycho-socioculturelle (pour ne pas dire psychique, terme qui risque d’être interprété au-delà de la signification que l’auteur lui prête). L’auteur cite ainsi un exemple convainquant : la femme ne porte pas psychiquement un enfant de la même manière selon qu’il est issu de la tendresse de l’homme qu’elle aime, ou selon qu’il est issu d’un viol. Il observe alors le processus de « subjectivation réciproque » à l’œuvre : l’être humain conçu subjective la femme qui le porte en la faisant « mère d’une certaine manière » en fonction de sa propre identité conceptionnelle (comme par exemple, dans la situation extrême du « devenir mère » d’un enfant issu du viol) ; réciproquement, la femme participe à la subjectivation de l’être humain conçu au cours de la grossesse. Il existe ainsi une véritable intersubjectivité prénatale (qui ne néglige guère pour autant la place qu’occupe l’homme devenant père).

« L’enfant à naître » constitue ainsi une approche inédite de la gestation psychique, qui définit les nouveaux contours de l’embryon humain et de son identité conceptionnelle. Un livre certes assez technique, plutôt destiné à un public professionnel, mais indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à l’être humain conçu « dès sa première forme embryonnaire », ainsi qu’à tous ceux qui travaillent autour de l’accompagnement des femmes enceintes en difficulté.

Des repères pour soigner
Cette étude de l’identité conceptionnelle et de la gestation psychique intéresse tous les âges de la vie, depuis l’embryon humain jusqu’à l’adulte, puisqu’une psychopathologie conceptionnelle peut s’exprimer à travers le temps, concernant aussi bien la femme enceinte que le nourrisson, l’enfant, l’adolescent ou l’adulte. Cet ouvrage propose des repères pour savoir l’identifier et le soigner.

L’identité conceptionnelle.
L’autre ouvrage de Benoît Bayle, « L’identité conceptionnelle. Tout se joue-t-il avant la naissance ? » est un recueil d’articles déjà parus et d’interventions inédites autour de la nouvelle scène conceptionnelle, de la clinique prénatale et de la filiation. On y trouvera des articles cliniques spécialisés, ainsi qu’une conférence sur la grossesse qui résume l’essentiel du travail de l’auteur.

L’enfant à naître – Identité conceptionnelle et gestation psychique – Benoît Bayle – Ed. Erès – avril 2005 - 391 p.

L’identité conceptionnelle. Tout se joue-t-il avant la naissance ? Benoît Bayle – Ed. Penta-L’Harmattan - juin 2005 - 173 p.

 1- Voir aussi pour une analyse de la révolution conceptionnelle et de la nouvelle scène conceptionnelle,  L’embryon sur le divan - Benoît Bayle – Ed. Masson  - 2003, présenté dans Gènéthique n°44,  août 2003.

 

 

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