Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité bioéthique
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N°68 - août 2005 |
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Le sommaire de la Lettre n° 68 d'août 2005
Accompagner la vie dans son dernier moment – Alain Mattheeuws
L’identité conceptionnelle – Benoît Bayle
Alain Mattheews, docteur en théologie, professeur à l’Institut d’Études théologiques de Bruxelles et professeur invité à l’École Cathédrale de Paris, rend compte dans ce petit livre de la richesse de la tradition chrétienne et du sens de la douleur et de la mort. Écrit de façon particulièrement claire et pédagogique, il veut aider à réfléchir paisiblement sur les questions actuelles posées par la mort, que ce soit à l’intérieur du monde médical ou dans sa propre famille.
L'urgence d'une nouvelle solidarité
La doctrine de l’Église catholique s’est affinée pour rencontrer les
questions modernes telles que la définition de la mort, le soulagement de la
douleur, l’abstention ou le refus de l’acharnement thérapeutique. Alain
Mattheews rappelle les principaux documents de référence qui aident à comprendre
comment respecter la vie dans ses derniers moments. Comme le rappelle Jean Paul
II, « la dignité des mourants » s’enracine dans leur caractère de créature et
dans leur vocation personnelle à la vie éternelle ; le regard plein d’espérance
transfigure la décomposition de notre corps mortel. Face à la peur de la
mort et à la tentation de l’euthanasie, l’Église rappelle l’urgence à inventer
de nouvelles formes de réconfort physique et spirituel, à mobiliser toutes les
forces de la charité chrétienne et de la solidarité humaine.
Accompagner la vie dans son dernier moment – Alain Mattheeuws – Editions Parole et Silence, mars 2005.
Gestation psychique
L’intérêt pour
l’étude psychologique ou psychopathologique de la grossesse n’est pas récent.
Les travaux sur la folie des femmes enceintes ou des nouvelles accouchées datent
du XIXème siècle, avec les écrits d’Esquirol et de Victor Marcé.
Cependant, le sujet connaît un engouement incontestable depuis 1960, avec des
auteurs comme Winnicott, Bibring, Racamier, Brazelton, etc., et les nombreuses
recherches parues ces dernières années ne démentent en rien l’enthousiasme des
chercheurs pour cette période de la vie, en dépit de l’insuffisance des moyens
consacrés à l’accompagnement psychique de la grossesse.
Après un premier ouvrage consacré à la révolution conceptionnelle, « L’embryon sur le divan (1) », Benoît Bayle, psychiatre hospitalier et docteur en philosophie vient de publier ce printemps 2005 deux ouvrages : « L’enfant à naître. Identité conceptionnelle et gestation psychique » et « L’identité conceptionnelle. Tout se joue-t-il avant la naissance ? ». La démarche de cet auteur est originale et s’explique par son cheminement personnel : en 1985, encore étudiant, impressionné par l’angoisse des femmes suivies dans le service de fécondation in vitro, il décide de consacrer une recherche sur les implications psychologiques de la procréation artificielle chez la femme stérile (p. 257). « L’enfant à naître » se situe à la croisée de ces deux chemins. D’un côté, la révolution procréatique impose de mieux connaître la place qu’occupent la conception et la période prénatale dans le développement psychologique de l’être humain. De l’autre, l’accompagnement des femmes enceintes, mais aussi des enfants ou des adultes, souligne l’existence de problématiques psychopathologiques qui émergent dès la conception de l’enfant et qui marquent son développement. A nous de savoir les repérer précocement et d’en repérer les enjeux ».
Développement psychologique
Ce
questionnement l’incite peu à peu à explorer la gestation psychique, ce qu’il
propose de manière approfondie dans cet ouvrage. « Ne faut-il pas d’abord
comprendre la procréation humaine "naturelle" avant de considérer la scène
conceptionnelle artificielle ?» Une autre question fonde tout
spécialement son approche psychopathologique de la conception humaine : «pouvons-nous
repérer l’émergence de troubles du développement psychologique dès la
conception ? »
7 études psychopathologiques
Délaissant les
aspects historiques et bioéthiques, il propose sept études psychopathologiques
détaillées. La première est consacrée à l’enfant de remplacement, conçu pour
remplacer un frère aîné mort et étudie les rapports psychopathologiques qui
unissent le deuil et la conception humaine à travers de très nombreuses
expériences cliniques. D’autres études explorent les rapports entre
conception et traumatisme sexuel (viol, inceste...), entre conception et
pathologie mentale (schizophrénie, névrose, dépression, alcoolisme…). Une étude
porte sur les enfants issus de procréations médicalement assistées.
Un chapitre consacré au déni ou négation de grossesse montre a contrario l’élaboration psychique qui s’effectue au cours de la grossesse et l’importance de la relation psychoaffective entre la mère et l’être en gestation.
Survivance
périconceptionnelle
S'intéressant à travers ces études, à la biographie de
l'être humain conçu, Benoît Bayle échafaude quelques concepts psychologiques
originaux comme la survivance périconceptionnelle. Les survivants de la période
péri-conceptionnelle et prénatale sont des embryons et des fœtus qui survivent à
la mort d’un ou plusieurs embryons ou fœtus issus de la même scène
conceptionnelle : naissance après plusieurs avortements provoqués, conception
sous stérilet, survie d’un embryon après réduction embryonnaire, congélation et
destruction d’embryons surnuméraires... Les nombreuses expériences relatées
montrent combien l’histoire conceptionnelle de chaque être conçu influence
parfois lourdement son devenir psychologique. Ces travaux relatifs à la
survivance offrent un cadre psychologique particulièrement adapté pour
comprendre l’impact des procréations artificielles sur le développement de
l’enfant, par exemple dans le cas du transfert embryonnaire multiple. Le fait de
réimplanter trois embryons et que seul l‘un d’eux survive peut-il marquer le
développement psychologique de l’embryon survivant ?
Embryon : nidification
psychique
Pour achever
ce parcours Benoît Bayle apporte sa « contribution à l’étude psychologique de la
grossesse ». Sous ce titre, il opère un renversement inhabituel : envisager la
période prénatale comme une étape du développement psychologique de l’être
humain conçu. Ce n’est donc plus la femme qui se trouve au centre de son analyse
(même s’il cite de nombreux travaux qui lui sont consacrés), mais l’être humain
conçu dont il envisage le développement psychologique anténatal. L’être
humain conçu effectue non seulement sa nidation biologique, mais aussi sa
nidification psychique : il doit s’implanter dans la psyché maternelle qui
va lui offrir en retour un espace psychique contenant. C’est aussi par sa
présence que la femme va connaître les bouleversements émotionnels de la
gestation. La constitution de cet espace psychique s’effectue alors, selon
Benoît Bayle, en empruntant deux directions : celle de la femme qui devient
mère, avec son histoire propre ; mais aussi, ce qui est nouveau, celle de l’être
humain conçu, doté d’une identité conceptionnelle psycho-socioculturelle (pour
ne pas dire psychique, terme qui risque d’être interprété au-delà de la
signification que l’auteur lui prête). L’auteur cite ainsi un exemple
convainquant : la femme ne porte pas psychiquement un enfant de la même manière
selon qu’il est issu de la tendresse de l’homme qu’elle aime, ou selon qu’il est
issu d’un viol. Il observe alors le processus de « subjectivation réciproque » à
l’œuvre : l’être humain conçu subjective la femme qui le porte en la faisant
« mère d’une certaine manière » en fonction de sa propre identité
conceptionnelle (comme par exemple, dans la situation extrême du « devenir
mère » d’un enfant issu du viol) ; réciproquement, la femme participe à la
subjectivation de l’être humain conçu au cours de la grossesse. Il existe ainsi
une véritable intersubjectivité prénatale (qui ne néglige guère pour autant la
place qu’occupe l’homme devenant père).
« L’enfant à naître » constitue ainsi une approche inédite de la gestation psychique, qui définit les nouveaux contours de l’embryon humain et de son identité conceptionnelle. Un livre certes assez technique, plutôt destiné à un public professionnel, mais indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à l’être humain conçu « dès sa première forme embryonnaire », ainsi qu’à tous ceux qui travaillent autour de l’accompagnement des femmes enceintes en difficulté.
L’identité conceptionnelle.
L’autre ouvrage de Benoît Bayle, « L’identité conceptionnelle. Tout se joue-t-il
avant la naissance ? » est un recueil d’articles déjà parus et d’interventions
inédites autour de la nouvelle scène conceptionnelle, de la clinique prénatale
et de la filiation. On y trouvera des articles cliniques spécialisés, ainsi
qu’une conférence sur la grossesse qui résume l’essentiel du travail de
l’auteur.
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L’enfant à naître – Identité conceptionnelle et gestation psychique – Benoît Bayle – Ed. Erès – avril 2005 - 391 p.
L’identité conceptionnelle. Tout se joue-t-il avant la naissance ? Benoît Bayle – Ed. Penta-L’Harmattan - juin 2005 - 173 p.
1- Voir aussi pour une analyse de la révolution conceptionnelle et de la nouvelle scène conceptionnelle, L’embryon sur le divan - Benoît Bayle – Ed. Masson - 2003, présenté dans Gènéthique n°44, août 2003.
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