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 Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité bioéthique

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N°57 - Septembre 2004

Vers une loi sur la fin de vie

A la suite du rapport sur l’accompagnement de la fin de vie1, remis en juin dernier par la mission parlementaire présidée par Jean Léonetti, le ministre de la Santé2 annonce qu’une proposition de loi "pour que les malades incurables puissent choisir leur mort" sera discutée au Parlement d’ici la fin de l’année.

La proposition de loi
La mission parlementaire écarte dans sa proposition de loi toute idée de dépénalisation de l'euthanasie sur le modèle belge ou néerlandais et reconnaît en même temps "ne pas s'être accommodée du statut quo."
Elle renforce le droit des malades à refuser l'obstination déraisonnable et définit les procédures d'arrêt de traitement. Elle précise sur ce point, dans l'exposé des motifs, qu'"en autorisant le malade conscient à refuser tout traitement, le dispositif viserait implicitement le droit au refus à l'alimentation artificielle, celle-ci étant considérée par le Conseil de l'Europe, des médecins et des théologiens comme un traitement". Elle concrétise les obligations palliatives des établissements de santé.
C'est cette proposition de loi qui devrait être inscrite à l'ordre du jour à l'Assemblée nationale avant la fin de l'année.

Des propos ambigus du ministre
Dans son interview au Figaro, le ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy précise qu’il n’est pas question de dépénaliser l’euthanasie car cela remettrait en cause l’interdit du droit de tuer. La nouvelle loi devrait modifier seulement les articles 37 et 38 du code de déontologie médicale ainsi que le code de la santé publique. Mais le ministre parle d’instaurer le droit de mourir dans la dignité et de permettre aux "malades incurables de choisir leur mort"… et reprend ainsi les propos de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) et de son président, Henri Caillavet, farouche militant de l’euthanasie. Si l'expression "mourir dans la dignité" ne doit pas être confisquée par cette association, l'utilisation de ces termes par le ministre n'aide pas à clarifier le débat...
Le ministre de la Santé propose également d'"établir une frontière intangible entre les malades qui n’ont plus aucun espoir de vie et ceux pour lesquels il y a encore de l’espoir". Dans quel but ?

Les soins palliatifs encouragés
La loi inscrira l’obligation de créer des lits en soins palliatifs, obligation portée dans les contrats pluriannuels conclus avec les agences régionales d’hospitalisation. Il y avait au total, en France, fin 2003, 1615 lits de soins palliatifs, c’est trop peu. Et le ministre de la Santé conclut : "les soins palliatifs, c’est la lutte contre la douleur, accompagnée de considérations éthiques comme humaines. Cela ne coûte pas forcément cher. Il faut former les personnels et acquérir une culture. Ce n’est qu’une question de volonté politique ".3

Un texte inutile ?
Pourquoi vouloir modifier le code de déontologie dont l’article 37 prévoit clairement qu’ "en toutes circonstances, le médecin doit s’efforcer de soulager les souffrances de son malade, l’assister moralement et éviter toute obstination déraisonnable dans les investigations ou la thérapeutique" ? Le Pr Claude Huriet, conseiller d'Etat, dans le Figaro du 4 septembre remarque qu' "une loi est inutile… Confronté à l’approche de la mort, tout homme redoute la solitude et la douleur… le droit à l’accès aux soins palliatifs est garanti par la loi du 9 juin 1999 qui avait institué, entre autres, un congé d'accompagnement pour les proches…" Quant à la possibilité pour le malade de décider de sa propre fin, elle constitue depuis la loi du 4 mars 2002 un droit qui s’exprime, en ces termes "toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu’il lui fournit, les décisions concernant sa santé " y compris la décision de mettre un terme à son traitement, de choisir les soins palliatifs plutôt qu’une cure de chimiothérapie…
Pourquoi ouvrir un débat national si l'intention du gouvernement est de ne pas modifier l'interdit d'euthanasie ? N'est-ce pas prendre le risque de voir le débat lui échapper ? Affaire à suivre...

1- Rapport de M. Jean Leonetti au nom de la mission d’information sur l’accompagnement de la fin de vie, n°1708, déposé le 30/6/2004.
2- Le Figaro, 27 août 2004
3- Voir aussi Gènéthique n°29, Lucien Israël, Les dangers de l'euthanasie.
 

Précision à propos des livres sur la fin de vie du Dr Bruno Cadart
Les deux excellents ouvrages du Dr Bruno Cadart, « En fin de vie, répondre aux désirs profonds des personnes » et « Réflexions sur…mourir dans la dignité », présentés dans la Lettre Gènéthique d’août 2004 sont diffusés en France par Distribution du nouveau monde (D.N.M), 30 rue Gay Lussac, 75005 Paris ; tel : 01 43 54 49 02.

 

Interruption volontaire de grossesse à domicile

IVG médicamenteuse en ville
Les associations de défense du droit à l’avortement se félicitent. Le ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy a signé cet été les textes organisant les interruptions volontaires de grossesse par voie médicamenteuse en dehors d’un établissement de santé1. Prévue par la loi Aubry du 4 juillet 2001 qui faisait passer de dix à douze semaines le délai légal pour recourir à un avortement, cette mesure n’était toujours pas entrée en vigueur "faute" de textes d’application. Désormais, les gynécologues de ville et les médecins généralistes, qui justifient d’une formation ou d’une pratique régulière d’IVG médicamenteuse dans un hôpital ou dans une clinique, peuvent prescrire et contrôler cet acte, après avoir passé une convention avec un établissement de santé.
Maintenant, jusqu’à la fin de la septième semaine d’aménorrhée, l’avortement peut se passer à domicile, sous contrôle d’un médecin. Cet avortement implique la prise d’un comprimé de Mifégyne (RU 486) qui stoppe la grossesse, puis de 2 comprimés de Gymiso qui provoquent l’expulsion de l’embryon. Au total, cinq consultations sont nécessaires, pour un coût total de 191,74 euros, remboursés à 70% par l’Assurance maladie.

Des risques non négligeables
La méthode n'est pas sans risque et peut entraîner, dans 1% des cas, des hémorragies ou une rétention ovulaire, c'est pourquoi la femme doit pouvoir se rendre dans l'établissement de santé signataire de la convention dans un délai d'une heure (art. R. 2212-14 du CSP).

Hausse du forfait de l’IVG
Par ailleurs, l’arrêté du 28 juillet prévoit une hausse de 29% du forfait de l’IVG dans les hôpitaux et les cliniques, « afin de permettre aux établissements privés de s’impliquer davantage » a indiqué le
ministère de la Santé.

Nombre inquiétant d’avortements
« 220 000 interruptions de grossesse par an, soit 27% des naissances est un chiffre énorme et inquiétant », constate le Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof, communiqué de presse du 27 juillet), d’autant plus que le nombre progresse chez les jeunes filles mineures, dont 8000 à 10 000 se font avorter chaque année...

1- Décret n° 2004-636 du 1er juillet 2004 relatif aux conditions de réalisation des interruptions volontaires de grossesse hors établissements de santé et modifiant le code de la santé publique (deuxième partie : partie Réglementaire) (JO 2 juillet 2004) et arrêté du 23 juillet 2004 relatif aux forfaits afférents à l’interruption volontaire de grossesse (JO du 28 juillet 2004).

 

La Grande-Bretagne autorise le clonage d’embryons humains

En février 2002, la Grande-Bretagne était le premier pays au monde à adopter une législation autorisant la conception d’embryons humains par clonage à des fins de recherche, mais aucun laboratoire n’en avait encore fait la demande.

Feu vert de la HFEA
Le 11 août dernier, la haute autorité britannique en charge des activités d’assistance médicale à la procréation et à la recherche en embryologie (Human Fertilisation and Embryology Authority, HFEA) a donné l’autorisation de créer des embryons humains par clonage à une équipe de biologistes de l’université de Newcastle. Ce laboratoire, l’International Center for Life, est désormais autorisé à cloner des embryons humains afin d’en utiliser les cellules souches. Les chercheurs espèrent obtenir la différenciation de ces cellules souches en cellules productrices d’insuline, par exemple, qui pourraient être greffées chez des malades diabétiques, ou encore tester des traitements pour la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson.

Médecine ou science fiction ?
Guérir du diabète ou de la maladie de Parkinson grâce au clonage... médecine ou science fiction ?
Prenons un exemple : le traitement des 17 millions de patients diabétiques aux USA. En prélevant 10 ovules par donneuse (d’après les expériences menées par ACT : on obtient 71 ovules auprès de 7 donneuses) et en comptant sur un taux de réussite optimiste de 20 % pour obtenir un embryon au stade de blastocyste et de 10 % pour démarrer les cultures de cellules souches embryonnaires, il faudrait au minimum 850 millions d’ovules ce qui signifie 85 millions de femmes en âge de procréer... pour traiter 17 millions de diabétiques.

Risques pour la santé : les stimulations hormonales à haut dosage et la chirurgie pour obtenir les ovules mettent en danger la santé de la donneuse et sa capacité à avoir des enfants par la suite.

Risques d’exploitation commerciale : quelles seront les femmes qui seront prêtes à gagner de l'argent en vendant leurs ovules ? Certainement pas les femmes aisées...

Le clonage
La France, depuis la loi de bioéthique votée en juillet 20041, autorise la recherche sur les embryons congelés, conçus dans le cadre de l’assistance médicale à la procréation et ne faisant plus l’objet d’un « projet parental », mais elle maintient l'interdit du clonage.

1- Loi n°2004-800 du 6 août 2004

 
 

  lettre mensuelle gratuite, publiée par la Fondation Jérôme Lejeune.
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