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N°47 - Novembre 2003

Le financement de la recherche sur les embryons humains en Europe

Par un vote du 19 novembre 2003, le Parlement européen vient d’accepter sans restriction le principe du financement de la recherche impliquant le prélèvement de cellules souches sur les embryons humains. Le compromis proposé par le rapporteur Liese, visant à limiter la recherche aux embryons surnuméraires déjà stockés (afin d’éviter la généralisation de la production de cellules souches embryonnaires), a été rejeté. Les orientations « éthiques » proposées par la Commission n’ont pas été suivies par la majorité du Parlement, preuve que la seule orientation « éthique » valable consiste à refuser de financer tout type de recherche sur les embryons.

Coup porté aux embryons
En supprimant toute date limite de conception des embryons à utiliser, ce texte conduira à la création toujours plus nombreuse d’embryons surnuméraires lors des FIV (fécondation in vitro). Il sera toujours facile de dire qu’il faut bien trouver une autre utilité à des embryons surnuméraires voués à la destruction. C’est l’instrumentalisation officielle de l’embryon humain utilisé comme matériau. L’être humain devient sujet d’expérimentation.

Ambiguïté au plan scientifique
Aucune évaluation scientifique ne justifie la recherche sur les cellules souches embryonnaires et les chercheurs constatent l’échec de l’utilisation de ces cellules à des fins thérapeutiques. Les scientifiques ne promettent aucun résultat avant dix ou quinze ans. L’urgence à trouver des thérapies est la question posée par la recherche sur les cellules souches et dans l’état actuel de la recherche, seule l’utilisation de cellules souches adultes est porteuse d’espoir. La finalité des cellules souches adultes est de réparer des tissus sur le malade lui-même ; leur utilisation ne pose aucun problème éthique ou technique, mais elle ne dispose malheureusement pas de moyens financiers suffisants. L’essentiel des fonds européens devrait financer ce type de recherche qui seule pourra répondre à la demande urgente des malades.

Il faut enfin remarquer que les pays qui, comme la France aujourd'hui, interdisent cette recherche sur leur territoire, contribueront à la financer dans les Etats où elle est autorisée, ce qui est contraire au respect du principe de subsidiarité.

L’adoption de cette proposition représente l’avis du Parlement européen ; cet avis sera transmis au Conseil des Ministres de la recherche de l’Union européenne qui prendra la décision finale.

Ref :
- Gènéthique n°37, janvier 2003
et n°45, septembre 2003
- Rapport Liese (Commission ITRE): recherche RDT, 6ème PC 2002-2006 : financement des projets de recherche.
- Revue de presse www.genethique.org

Le rôle de l’ADN mitochondrial : alerte sur le clonage et l’ICSI

Les travaux sur la souris que vient de publier une équipe du CNRS dirigée par Pierre Roubertoux1, expliquent le rôle insoupçonné de l’ADN mitochondrial (ADNmt) sur le fonctionnement du système central.

Chaque cellule contient deux génomes : le génome nucléaire (contenu dans le noyau) compte 30 000 gènes environ, et le génome mitochondrial (contenu dans la cellule mais hors du noyau) en compte seulement 37 dont 13 codent pour des protéines. Le génome mitochondrial se transmet exclusivement de mère à enfant.

Un rôle insoupçonné
La recherche publiée compare deux catégories de souris différentes, obtenues par croisements successifs de deux lignées de souris parfaitement identifiées d’un point de vue génétique ; les unes possèdent un matériel génétique homogène, les autres un ADN nucléaire et un ADN mitochondrial d’origine différente. Pour la première fois, on montre qu’un changement d’ADNmt entraîne des modifications de l’anatomie du cerveau. Cette permutation a des effets multiples sur le fonctionnement cognitif ; elle altère la maturation visuelle, auditive et motrice des petits. Elle modifie aussi les capacités d’apprentissage et de mémoire des adultes. De même, ce transfert d’un ADNmt étranger affecte les activités d’exploration dans des environnements nouveaux. La capacité à apprendre, que réduisent certains ADNmt, se détériore avec l’âge, montrant le rôle du génome mitochondrial dans les troubles de mémoire ou d’apprentissage qui accompagnent la sénescence.

Alerte sur le clonage
Le clonage consiste à transférer le noyau d’une cellule dans un ovocyte énucléé et donc de le mettre en présence d’un ADNmt étranger. Le dialogue entre l’ADN nucléaire (contenu dans le noyau) et l’ADN mitochondrial est modifié de ce fait, ce qui risque de provoquer l’apparition de phénotypes inattendus, voire indésirables. Ces travaux conduisent à s’interroger sur les procédures de clonage embryonnaire, qu’on l’appelle reproductif ou thérapeutique, et sur certaines procréations médicalement assistées qui procèdent par mise en présence forcée d’un noyau et d’un ADN mitochondrial vieillissant.

Alerte sur l’ICSI
En effet, dans la technique consistant à injecter un spermatozoïde dans l’ovule (ICSI), on met l’ADN du spermatozoïde en contact avec l’ADN mitochondrial de l’ovule ; quand ce processus a lieu naturellement, l’ovule choisit son spermatozoïde et l’élimine spontanément s’il y a incompatibilité.

La prudence s’impose donc, et il importe avant tout d’approfondir les recherches sur les mécanismes d’interaction entre l’ADN mitochondrial et l’ADN nucléaire.

1- Mitochondrial DNA modifies cognition in interaction with the nuclear genome and age in mice. Dir. P. L Roubertoux, Nature Genetics, 2003 sept, 35(1):65-69.

 

Pas d’interdiction du clonage humain à l’ONU

Aucune décision avant 2005
Le 6 novembre dernier, faute de consensus, la commission juridique de l’Assemblée générale de l’ONU a voté le report pour deux ans de toute décision concernant le clonage humain. L’ONU a adopté, par un vote de 80 voix contre 79 et 15 abstentions, la proposition de la République islamique d’Iran, présentée au nom de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), de reporter l’examen de cette question à 2005.

Si toutes les délégations veulent interdire le clonage à des fins de reproduction, les avis divergent en ce qui concerne le clonage d’embryons pour la recherche et l’expérimentation médicale.
L’initiative du Costa Rica, soutenue notamment par les Etats-Unis, le Vatican et une cinquantaine de pays, visait à élaborer une convention internationale interdisant totalement le clonage humain, à savoir le clonage d’embryons pour faire naître un enfant, (clonage reproductif), et le clonage d’embryons pour la recherche (clonage dit thérapeutique).

Responsabilité de la France
La France et l’Allemagne ont décidé de s’abstenir, arguant du fait qu’un traité serait inefficace s’il n’était pas ratifié par un grand nombre de pays, parmi lesquels ceux qui sont tentés par des activités de clonage. La proposition de la Belgique, soutenue par la France et l'Allemagne, voulait que le clonage humain à des fins de recherche soit laissé à l’appréciation de chaque pays. On peut s’interroger sur le rôle de la France dans ce vote ; alors que le Parlement s’apprête, au niveau national, à interdire le clonage d’embryons à des fins de recherche, pourquoi la France ne soutient-elle pas au niveau international les pays qui défendent cette position ? Cette question est d’autant plus brûlante que le report de l’interdiction a été voté à une voix de majorité.

Un vide juridique coupable
« Renvoyer à deux ans signifie accepter que pendant deux ans nous conservons ce vide juridique international, et que donc des expériences éventuelles peuvent se poursuivre », remarque Mgr Migliore, observateur permanent du Saint Siège à l’ONU, d’autant que dans de nombreux pays (dont l’Inde, la Chine, la Russie, certains pays du Maghreb..) il n’existe aucune législation. Ainsi le représentant du Nigéria a-t-il exprimé la crainte que les pays en développement, particulièrement l’Afrique, soient exploités dans le but de fournir des millions d’embryons.

Le renvoi de la décision permet également la poursuite des recherches sur les cellules souches embryonnaires et plus largement sur le clonage à but de recherche, alors que les espoirs scientifiques en cette technique sont aujourd’hui quasi nuls. « Chez les gens sérieux, personne ne nie que ce type de clonage n’a pas de perspective à court terme » souligne Axel Kahn. Et comme le faisait remarquer Mgr Migliore, « si les Nations-Unies interdisaient la reproduction par clonage sans interdire le clonage pour la recherche, alors, pour la première fois, cette organisation légitimerait la création d’êtres humains dans le but exprès de les détruire ».


Ref :
- Gènéthique n°37, janvier 2003
- Revue de presse www.genethique.org

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