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N°42 - juin 2003

Iris : premier bébé français né après MIV (maturation in vitro de l'ovocyte)

La presse annonçait il y a quelques jours la naissance d'Iris, premier bébé français conçu avec la technique de la maturation in vitro (MIV).

Une nouvelle méthode d'AMP

La maturation in vitro est une nouvelle technique d'assistance médicale à la procréation basée sur le même principe que la fécondation in vitro (FIV) classique : ponction des ovocytes ou des ovules, prélèvement du sperme, fécondation in vitro puis réimplantation dans l'utérus. Mais avec la MIV on développe dans l'éprouvette les ovocytes (ovules non matures) en ovules. Dans le cas de la FIV, la maturation de l'ovule se fait dans l'ovaire par des piqûres d'hormones. La MIV éviterait donc à la femme les nombreuses et contraignantes injections d'hormones pour stimuler les ovaires.

 

Depuis 20 ans chez l'animal

La maturation in vitro n'est pas une nouveauté : depuis 20 ans déjà les biologistes l'utilisent pour la reproduction animale en remplaçant par cette technique la maturation in vivo de l'ovocyte. Dès 1982 les chercheurs américains avaient fait naître un veau de cette façon. Depuis, la MIV est pratiquée avec succès chez les ovins, les caprins, les porcins et les équins. Mais le passage d'une espèce à l'autre a été difficile car il a fallu adapter l'environnement : hormones, durée de maturation, température...

 

Et chez l'homme ?

Jusqu'à présent, quelques naissances issues de cette technique ont été obtenues en Australie et au Canada. Sur les 700 femmes qui auraient essayé cette technique à travers le monde, seulement 200 auraient mis au monde un bébé depuis 1991. La technique est peu employée en raison de son taux d'échec élevé.

Selon René Frydman, la MIV ne s'adresse qu'à certaines femmes, celles qui souffrent d'ovaires polykystiques, et n'a jamais été employée chez "une femme standard".

Sans doute est-ce encore trop peu performant et moins rentable qu'une FIV classique pour les femmes qui peuvent produire des ovules mûrs. Une étude parue dans Gynecology Obstetrics en octobre 2002 comparant les résultats obtenus par MIV et par FIV est très claire : 26 % des femmes ayant eu recours à une MIV ont eu une grossesse et seulement 16% ont mis au monde un bébé, alors que 38 % des femmes ayant eu recours à une FIV ont eu une grossesse et 26% ont donné naissance à un bébé. Les taux de réussite de la MIV sont donc bien en deçà des taux de la FIV pourtant peu élevés.

Interrogé sur cette naissance, le biologiste Jacques Testart, "père" d'Amandine, premier bébé éprouvette, trouve que pratiquer la maturation in vitro directement chez l'humain, sans passer par des expériences sur le singe, est dangereux."On prend peut-être le risque de créer des anomalies chez ces enfants. Et en donnant ainsi la possibilité de créer facilement des ovules, on ouvre la voie au clonage, car ce qui est difficile pour les apprentis-cloneurs, c'est de trouver des ovules disponibles". D'autres bébés MIV, devraient naître au cours des prochaines semaines à l'hôpital Béclère.

Les dangers de l'assistance médicale à la procréation (AMP)

Les risques
Au mois de février 2002, la revue The Lancet publiait une étude sur les risques neurologiques pour les enfants nés par fécondation in vitro (FIV). Un mois plus tard deux études publiées dans le New England Journal of Medecine évaluaient les conséquences du risque néonatal après une procréation médicalement assistée. Ces techniques sont l’insémination artificielle et la stimulation de l’ovulation, ainsi que des techniques plus invasives comme les fécondations in vitro ou l’injection cytoplasmique de cellule spermatique (ICSI). L’utilisation de ces techniques augmenterait par deux le nombre des enfants de faible poids à la naissance et présentant des anomalies congénitales. Les auteurs de l’étude attribuent ces risques à l’utilisation des technologies plus qu’aux causes de l’infertilité. Le taux de malformations congénitales graves, diagnostiquées avant l’âge d’1 an serait de 4,2% chez les bébés de conception naturelle alors qu’il serait de 9% chez les bébés nés après une AMP. Les malformations prédominantes affectent les appareils uro-génital, cardio-vasculaire et musculo-squelettique. Selon le Professeur Mitchell (Boston) « ces risques ne sont pas admissibles pour tous les couples et doivent être désormais pris en compte par les médecins et les patients ».

Les chiffres en France
En France près de 110 000 enfants sont nés à la suite d'une assistance médicale à la procréation. Désormais on enregistre 9 000 naissances par an dont plus de 50% dans le cadre d'une ICSI. Le taux de réussite varie de 20% pour la FIV à 23% pour l'ICSI. En limitant depuis quelques années le nombre d'embryons transférés en même temps dans l'utérus, le taux de grossesse multiple a baissé : de 6 à 8% il y a une dizaine d'années, il est passé à 1,5% aujourd'hui. Le Dr Mouzon, spécialiste des questions de reproduction à l'Inserm estime que l'AMP représente 120 millions d'euros par an.
Le traitement de la stérilité est pris en charge à 100% par la Sécurité sociale, toute tentative étant désormais remboursée. La France est au premier rang dans le monde pour ces dépenses et c'est le seul pays au monde qui rembourse l'AMP.

Appel à la responsabilité
Le magazine L'Express en janvier 2003 ouvre le débat : "Acharnement procréatif : où est l'intérêt de l'enfant ?"
Le Pr Didier Sicard, président du Comité consultatif national d'éthique, et Marie-Hélène Mouneyrat, secrétaire générale y lancent un "cri d'alarme". Ils s'inquiètent de l'aveuglement qui conduit certains parents à un véritable "acharnement procréatif" et certains médecins à mettre en oeuvre des techniques de procréation sous-évaluées. Pour eux il est urgent de se demander s'il faut continuer à satisfaire tous les désirs de parentalité alors même que les techniques employées font courir des risques à l'enfant.
Le 22 janvier 2003, dans une interview au journal Le Monde, le ministre de la santé, Jean-François Mattéi, dénonce la dérive de l'assistance médicale à la procréation : "Il faut retrouver la raison et le bon sens" estime t-il. Il déplore que ces techniques soient utilisées alors qu'on est loin d'en maîtriser les conséquences pour l'enfant à naître : "personne ne pense à être l'avocat de l'enfant". Le ministre estime que les petits "vont payer pour une bonne part les exigences de leurs parents et la complicité des médecins".

Protocole de Carthagène sur la biodiversité : faut-il avoir peur des OGM ?

Le 11 septembre 2003 le protocole de Carthagène sur la biosécurité va entrer en vigueur : dès lors un État pourra refuser une cargaison de céréales ou d'autres produits génétiquement modifiés.

Traçabilité
Ce protocole prévoit une procédure «d’accord préalable en connaissance de cause» qui oblige les exportateurs à fournir une liste détaillée de la composition des produits agroalimentaires, permettant à l’importateur d’accepter ou de refuser la livraison. Pour que ce protocole soit applicable, il doit être ratifié par 50 Etats membres des Nations Unies. Pour y parvenir, plus de 3 années de négociations ont été nécessaires. L’Union européenne l’a ratifié en juin 2002 et la France en septembre 2002. Les Etats-Unis, grands producteurs d'organismes génétiquement modifiés (OGM), ont largement combattu ce texte contre l'Europe et l'Afrique qui, partisans d'une grande transparence sur le commerce, le soutenaient. C'est la récente ratification de l'Etat de Palau dans le Pacifique qui a permis l'adoption du protocole.

La peur des OGM
Depuis plusieurs années, les organismes génétiquement modifiés (OGM) déclenchent les passions des uns et des autres mais, lorsque l'on interroge ces personnes, on s'aperçoit que les connaissances techniques sur les OGM sont très superficielles, voire inexistantes. Ceci est regrettable car, de ce fait, on oublie que les OGM rendent de grands services en particulier dans la production de médicaments. L'insuline par exemple, traitement de base des patients diabétiques, est depuis une quinzaine d'années produite par des bactéries OGM. Un livre récemment réédité (2003) et écrit par un spécialiste des biotechnologies, L.-M. Houdebine, a le mérite de présenter les bases théoriques des OGM en des termes clairs et accessibles mais aussi de peser sereinement le pour et le contre de ces nouveaux outils que la biologie moderne met à notre disposition. Pour l'auteur, les OGM doivent être utilisés avec prudence mais ne doivent pas non plus être diabolisés.

OGM : quels sont les risques ?
Les différentes peurs suscitées par les OGM doivent être analysées de façon claire et approfondie.

- Le transfert de gènes d'un OGM vers l'homme ou vers la nature doit être mis en perspective avec ce qui ce passe tous les jours dans notre assiette. Nous mangeons tous les jours des aliments qui contiennent de l'ADN, par exemple, de l'ADN de bœuf si nous mangeons un steak. Cet ADN va être dégradé dans notre intestin et aura peu de chance de nous transformer en bœuf ou même de nous transférer un gène de bœuf. Le transfert d'ADN par les aliments est, contrairement aux virus, particulièrement inefficace.

- Il en est de même du risque d'augmentation de cancer par les OGM. S'il est vrai que les OGM permettant une meilleure résistance aux herbicides (Round up), risquent d'induire une plus grande utilisation de ces herbicides par les agriculteurs, on voit mal comment ils pourraient par eux-mêmes augmenter l'incidence des cancers. En revanche, les herbicides génèrent le risque de cancers...

- L'argument de dépendance économique à l'égard des grandes sociétés et des pays industrialisés est aussi souvent employé pour dénoncer les OGM. Cet argument n'est pas à négliger car il a un impact sur le monde que nous voulons préparer pour demain, en particulier en ce qui concerne les pays en voie de développement qui ne disposent pas des moyens de recherche agronomique des pays industrialisés. Cependant, ce ne sont pas les OGM qui sont en cause mais les humains qui les utilisent. Certains OGM permettent en effet à certaines variétés de blé de pousser dans des conditions beaucoup plus arides que le blé normal. Ces OGM sous le contrôle de l'ONU pourraient représenter une chance extraordinaire pour les pays ayant des conditions climatiques peu favorables.
Le 2 juillet 2003 le Parlement européen adoptera deux règlements sur l'étiquetage et la traçabilité des produits transgéniques.

OGM : Le Vrai et le Faux. L-M. Houdebine. Ed. Le Pommier. 2e Edition : Mars 2003.

  lettre mensuelle gratuite, publiée par la Fondation Jérôme Lejeune.
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