Lettre d’information et d’analyse sur l’actualité scientifique
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N°29 - Mai 2002 |
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Un combat quotidien
« Des
années de confrontation au destin et à la maladie m’ont appris que la
demande réelle du patient n’est pas exclusivement de guérir. Parfois,
quelque chose en lui sait que ce n’est pas possible. Mais il a besoin de
rencontrer des êtres humains qui reconnaissent par leurs actes, que la
vie qu’il leur confie a une valeur sacrée. » Qui peut décider
d’interrompre la vie d’un homme ? Faut-il euthanasier des
patients atteints de maladies incurables ? Choisir le moment et les
conditions de sa mort est-il un droit imprescriptible ? Qui souffre
le plus du malade ou de son entourage ?
Dans
un contexte où, en Europe, l’euthanasie est en voie de légalisation,
la voix puissante du professeur Lucien Israël dans « Les dangers de
l’euthanasie » s’élève au-dessus des idéologies, des
croyances et des débats partisans. Ce cancérologue de renom, membre de
l’Institut, nous livre le témoignage poignant du médecin qui a consacré
sa vie au combat contre la mort. Il a dirigé pendant vingt ans le service
de cancérologie de l’hôpital Avicenne à Bobigny. C’est un lieu
où on voit les gens mourir. Où la mort, du moins le mourant, doit
« être regardée fixement ». Pas de sentimentalité,
mais un combat quotidien pour donner sa chance au malade.
Une vie au service de la
vie C’est
en vertu de cette longue expérience de terrain, au plus près des malades,
qu’il prend position contre l’euthanasie. En cinq courts chapitres,
l’auteur nous invite à nous interroger sur les véritables mobiles des
promoteurs de l’euthanasie et sur la mission du médecin face à la souffrance
et à la mort.
Pour
lui, l’euthanasie n’est ni un geste empreint d’humanisme ni un acte
de compassion, mais bien un projet qui remet en question le sens de
l’acte médical. Lucien Israël rappelle que « chaque être est
absolument unique ». Le médecin « qui constitue le
recours face à l’adversité durant le séjour terrestre »,
doit comprendre et respecter ce statut singulier. Condamnant
l’acharnement thérapeutique, il prône néanmoins l’ « obstination
thérapeutique » qui consiste pour les soignants à tout tenter, à être
imaginatifs et à soutenir l’espoir des patients par leur persévérance.
« Il est en fait très rare, souligne-t-il, que les malades qui reçoivent
des soins et de l’affection, demandent la mort. » Alors que
l’euthanasie est souvent invoquée comme seul moyen de mettre fin à des
souffrances insupportables, Lucien Israël montre qu’au cours des années
qu’il a passées au service des patients reçus dans son unité, il n’a
jamais rencontré de cas de douleur, de souffrance physique que la médecine
aujourd’hui ne puisse contrôler et apaiser. Mais en France pendant longtemps,
le traitement de la douleur n’a pas fait partie des matières enseignées au
cours des études médicales. Ce qui explique en partie et conjointement avec
l’existence d’un étrange comportement culturel français face à la
souffrance, le peu de recours dans les hôpitaux à ces méthodes de traitement
de la douleur. La
mort du lien social
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La
Cour de cassation, la plus haute juridiction française, en affirmant à
plusieurs reprises qu’un enfant pouvait être indemnisé du fait d’être
né handicapé, n’en finit pas d’interroger les consciences, de
soulever passions et polémiques. Vivre constitue-t-il un préjudice ?
Y a-t-il des risques de dérives eugénistes ? Alexandre Varaut, député
au parlement européen, membre du Collectif contre l’Handiphobie et
père de François, enfant trisomique
dénonce dans « Etre ou ne pas naître » la logique de
ce qu’il appelle « un eugénisme à la française ».
C’est le cri d’indignation d’un père touché en plein cœur :
« le hasard vous porte parfois là où vous deviez aller.
Mon fils François est né le 29 août 1998 ; il avait oublié de prévenir
les multiples médecins qui s’étaient penchés sur sa vie in utero
d’un petit détail : il est trisomique. » Un
eugénisme altruiste « Quand
votre confort et celui de vos proches deviennent l’alpha et l’omega de
votre réflexion, le petit timonier d’une société atomisée, alors les
déficients mentaux devenus « parasites familiaux » n’ont,
eux non plus, aucune chance de survivre. » Ainsi voit-on naître
implicitement un nouveau postulat : « le sacrifice de
l’existence individuelle est parfois nécessaire à la préservation de
sa tranquillité. » Cet eugénisme à la française s’exprime
dans les chiffres. Un pays dans lequel 97% des cas de trisomie révélée
mènent à une IMG ne respecte pas plus la liberté qu’un pays où un
candidat est élu avec 97% des suffrages. La liberté apparente masque mal
la pression sociale. Ainsi
le XXème siècle aura pour Alexandre Varaut connu deux manières de
concevoir et d’organiser l’eugénisme : la première est la conséquence
de la réduction de l’homme à un serviteur de la société
(l’Allemagne nazie, la Russie soviétique), la seconde est la conséquence
de la réduction de l’homme à un serviteur de lui-même. Et
l’auteur de dénoncer ces méthodes empreintes d’ « eugénisme
altruiste et personnel ». L’immonde
meilleur des mondes Pour
Alexandre Varaut, la vie handicapée est une forme de la vie :
l’aider relève du devoir, mais l’indemniser c’est l’insulter. La
décision de la Cour de cassation rendant l’arrêt Perruche, risquait de
favoriser l’ostracisme contre les plus faibles et le recours à
l’avortement comme garantie contre la moindre imperfection. Elle a démoralisé
aussi les parents déjà éprouvés par le handicap de leurs enfants. Il
s’agit de la dignité des personnes handicapées. C’est à dire de la
dignité de tous. Il refuse ce qu’il appelle « cet immonde
meilleur des Une société totalitaire L’auteur élargit ensuite son propos à la question de l’euthanasie et à celle de la chirurgie esthétique, dans un monde hédoniste, qui se veut parfait, hors du temps et oublieux de la mort. On peut s’étonner de voir ainsi en même temps renvoyés dos à dos ces réalités. Mais l’auteur veut montrer que dans ces trois cas on prétend défendre les intérêts de la personne alors qu’on en fait l’esclave d’une société totalitaire qui ne supporte ni la souffrance, ni la laideur, ni la faiblesse et qui préfère l’élimination à la recherche d’une guérison. «
Je fais le constat d’une société qui se caractérise par la peur de la réalité et l’alignement moutonnier sur une réalité fantasmée. »
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