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Interview
de Damon Hill
Champion
du monde de Formule 1
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"
Voulez-vous un enfant cappuccino ou à la cannelle ? " |
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Gènéthique
Vous
êtes connu pour vos victoires en F1, mais aussi pour votre action
dans une association de parents d’enfants trisomiques, DSA (Down
Syndrome Association) à Londres. Pouvez-vous nous expliquer les
raisons de votre engagement ?.
Damon
Hill
J’ai
un fils Oliver, trisomique 21 qui a maintenant 11 ans. C’est un
garçon merveilleux. Je veux l’aider à vivre sa vie pleinement.
Nous avons su qu’il était trisomique après sa naissance. Nous
n’avions pas fait de tests avant. Ce fut un véritable choc.
Quand nous l’avons appris c’était trop tard. Aujourd’hui
nous ne regrettons rien car si nous avions fait ces tests Oliver
ne serait pas là, or il est notre bonheur. Oliver est vraiment
une personne très très importante dans notre vie ! Nous
l’aimons et il est un adorable petit bonhomme. Je crois qu’il
a une vie de qualité, une vie bien remplie et heureuse, aussi
heureuse que n’importe qui. |
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Gènéthique
Comment
votre femme et vous, avez réagi à cette annonce ?
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DPPI
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Damon
Hill
Ma
femme, Georgie, est une personne très importante dans cette
histoire. Notre histoire est simple.
Oliver
est notre premier enfant et il est né un soir. Après
l’accouchement je suis rentré chez moi.
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Je suis revenu le
lendemain
matin et les médecins voulaient nous voir. Georgie
pleurait et ils ont simplement dit : « Quand est-ce que
votre mari arrive ? Nous devons sérieusement vous parler ».
Nous avons compris qu’il y avait un problème. Ils nous ont
alors annoncé avec des têtes allongées qu’Oliver était
trisomique. Et la façon dont ils nous ont dépeint le tableau était
absolument épouvantable.
Oliver
a maintenant 11 ans et il est tout sauf ce qu’ils nous avaient décrit.
Il n’a pas eu trop de problèmes médicaux. Plus il est actif
plus il est heureux. C’est un enfant qui a une vie normale. Il
va à l’école. Il y est complètement intégré mais il va dans
une école spécialisée. Il y est heureux. Il sait se servir
d’un ordinateur. Il sait se servir mieux que moi du magnétoscope.
Il connaît chaque film de Disney, chaque chanson et toutes les
danses. Il est comme tous les autres garçons. Il a son tempérament.
Il se bat avec sa sœur. Il peut écrire son nom. Il reconnaît et
peut lire certains mots. Sa prononciation est très difficile,
mais il se fait comprendre. Il adore la musique …Il est gai,
amusant. Il a beaucoup d’humour. |
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Gènéthique
Comment
cela s’est-il passé ensuite ?
Damon
Hill
Ma
femme était très malheureuse. Pour moi, la situation était
simple : lorsque
vous voyez un bébé et qu’il est le vôtre, vous vous dites que
personne au monde ne l’aimera autant que vous. Alors vous ne le
regardez pas de haut.
Vous ne regardez que le moment présent. Vous avez un rôle à
tenir qui est absolument indispensable et le futur va en quelque
sorte prendre soin de vous. C’est en tous les cas la façon dont
je vois les choses. Je me suis dit : « Bien, je ne sais
pas ce que l’avenir nous réserve mais aujourd’hui nous devons
agir avec ce que nous avons et voir comment cela va s’arranger. »
Il n’y a pas eu vraiment de mûre réflexion. Comme tout parent,
je voulais donner le meilleur à mon enfant. |
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Gènéthique
Pensez-vous
qu’il y a un manque d’information de la part des médecins ?
Damon
Hill
Oui.
Et c’est incroyable ! Les médecins poursuivent des études
pendant 7 ans et ils ne sont pas formés sur ces questions. Il
semble que lorsqu’il s’agit d’une naissance, le bébé doit
correspondre à 100% aux critères prédéfinis, sinon c’est un
échec. On vous regarde comme les acteurs d’une tragédie. Mais
c’est la vie ! Ce n’est pas une tragédie ! Les médecins
font naître des bébés tous les jours dans les maternités et
cela depuis des siècles. Mais lorsque vous avez un enfant
trisomique, un sur mille, tout ce système part en miettes. Les médecins
ne sont pas entraînés à affronter cet événement !
C’est pourtant essentiel pour expliquer aux parents, de façon
positive, qui sont ces enfants, pour qu’ils puissent véritablement
choisir sans subir la pression sociale. Cette décision ne peut-être
celle du médecin ou de la société. C’est important car au
moment de l’annonce du handicap, le choc émotionnel est très
fort.
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Gènéthique
Est-ce
que cela a changé votre vie ?
Damon
Hill
De
la même manière que tout enfant change votre vie.
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DPPI
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Mais
surtout cela vous fait réaliser que la société n’est pas prête
à accueillir les personnes handicapées. La société propose
qu’il n’y ait plus d’enfant trisomique : « On
peut tout stopper avant la naissance ». Mais cela ne tient
pas compte des sentiments, des émotions que peuvent ressentir les
parents. Je parle seulement de ma propre expérience et de celle
d’autres parents que j’ai écoutés. Je pense que c’est la même
chose en France qu’en Angleterre. Cette question devrait toucher
tout le monde, elle est fondamentale parce qu’on nous demandera
bientôt : « Comment voudriez-vous votre enfant ?
Voulez-vous
un enfant cappuccino ou à la cannelle ?
Vous le
voulez au féminin ou au masculin ? De quelle couleur
voulez-vous ses yeux ?» Nous voulons que les autres soient
parfaits et c’est très pathétique. C’est très facile de
simplement éliminer les trisomiques. Et quand il n’y aura plus
de trisomiques ? Ensuite qui désignera-t-on ? Les gens qui
ont des gènes prédisant qu’ils ne seront pas bons en maths ?
Où devons-nous nous arrêter ?
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CONCLUSION
Je
suis très très inquiet de toutes les tentatives faites pour
« perfectionner » l’humanité. Nous sommes pris dans
un engrenage, nous sommes sous pression, mais nous devons arrêter
cela et choisir réellement là où nous allons. Il
ne faut pas avoir peur. On a peur de ce qu’on ne comprend pas.
Mais l’amour est la réponse à tout.
Vous avez un enfant, vous l’aimez, simplement.
Tous les enfants ont besoin
d’amour pour s’épanouir et dans notre cas cela a été prouvé !
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DPPI
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