Vincent Lambert : Emmanuel Hirsch invite à « penser ensemble l’après 5 juin 2015 »



A la veille du jour où la CEDH doit rendre son jugement concernant la décision du Conseil d’Etat du 24 Juin 2014 (qui ordonnait la suspension de l’alimentation et de l’hydratation artificielles dont dépendent la vie de Vincent Lambert, cf. Synthèse Gènéthique du 25 juin 2014), Emmanuel Hirsch insiste sur la nécessité de « penser ensemble ‘l’après 5 juin 2015’ ».

 

Concernant l’arrêt de la CEDH, il affirme qu’« il ne saurait être question d’un épilogue » et il ajoute : « Je me permets d’emblée de solliciter les instances éthiques impliquées par le Conseil d’Etat dans son examen de la situation de M. Vincent Lambert en 2014 (Comité consultatif nationale d’éthique, Conseil National de l’ordre des médecins et Académie nationale de médecine). Il me semble en effet nécessaire qu’elles soient en mesure d’accompagner ‘l’après 5 juin 2015’ ».

 

Emmanuel Hirsch rappelle que « les expertises médicales et scientifiques ont fait apparaître l’extrême difficulté à caractériser l’état de conscience minimale ». D’où l’importance, pour les instances éthiques, de déterminer des « principes » et des « procédures incontestables » pour conditionner l’acceptabilité de mesures telles que celles qui sont en suspens dans le cas de Vincent Lambert.

 

L’après 5 juin devrait aussi « inciter les députés, comme les sénateurs viennent de le proposer, à reconsidérer certains points discutables de la proposition de loi créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie » (cf. Gènéthique Vous Informe du 2 juin 2015). A force de « vouloir déterminer des principes et des protocoles appliqués sans vigilance à des circonstances humaines qui justifient une extrême retenue, le risque est de renoncer à assurer des responsabilités garantes des droits fondamentaux de la personne jusqu’au terme de sa vie ».

 

Emmanuel Hirsch insiste sur l’importance de l’accompagnement des personnes en état de conscience minimale plus, et de celles porteuses d’un handicap lourd. Il rend hommage aux soignants qui sont « attentifs à maintenir un projet de vie dont ils savent la fragilité » et qui « revendiquent pour ces ‘grands blessés’ le droit d’être reconnus dans la dignité de leur existence jusqu’à son terme ».

 

Emmanuel Hirsch demande également aux instances nationales d’éthique de considérer, dans le cadre d’un processus décisionnel collégial, la possibilité qu’au cours des prochains mois  « M. Vincent Lambert puisse bénéficier d’un accueil dans une autre structure dédiée aux personnes en état de conscience minimale plus ». Cette situation serait « respectueuse à la fois des droits de M. Vincent Lambert et des positions de ses proches », déclare-t-il .Il s’agit de faire en sorte que « ce temps du dénouement puisse relever de ces conditions de dignité et de sérénité si souvent invoquées pour accompagner au mieux des circonstances humaines de haute vulnérabilité ».

 

 

Note Gènéthique

Emmanuel Hirsch est professeur d'éthique médicale à l'université Paris-Sud.

Pour en savoir plus sur Vincent Lambert: Je soutiens Vincent.

 


Sources: 

Le Figaro(Emmanuel Hirsch), 04/06/2015