Un rapport canadien dénonce près de 90 000 greffes clandestines en Chine



Un rapport canadien dénonce un important trafic d’organes prélevés en majorité sur des « prisonniers de conscience ».

David Kilgour, ancien député du parti Libéral au Canada, avocat de profession, et ses collaborateurs ont analysé l’évolution du nombre de lits, du taux d’occupation, du temps d’attente des receveurs dans environ 700 des 20 000 hôpitaux chinois. Et selon David Kilgour, « il n’y a jamais eu autant de transplantations en Chine ». L’hôpital central de Tianjin, équipé d’un espace de 500 lits dédiés aux transplantations, en aurait effectué plus de 6000 depuis 2006.

 

Par ailleurs, le rapport montre que les temps d’attente pour une greffe sont très courts, une semaine, voir 4 heures en cas d’urgence. Le centre d'aide internationale à la transplantation en Chine, qui se propose de faciliter l'accès aux greffes, indique même que « si un problème survient avec le greffon, le patient pourra en obtenir un second la semaine suivante ». Un cas de figure invraisemblable en Occident où l'attente dure des mois, voire des années. « Cela crée un véritable tourisme chirurgical. Pour 70 000 dollars, on peut avoir un package avec avion aller/retour, hôtel et un rein », raconte Francis Navarro, chirurgien au CHU de Montpellier.

 

Les organes proviendraient de « prisonniers condamnés à mort ayant donné leur consentement », se justifient les autorités chinoises. L’Organisation mondiale de la santé, pour qui le jugement d'une personne incarcérée n'est pas « libre et éclairé », s’inquiète face à de telles pratiques (cf. La Chine mettra fin au prélèvement d'organes sur ses prisonniers exécutés en 2015), tout comme David Kilgour : « Ça ne colle pas. Il faudrait un nombre considérable d'exécutions pour pouvoir fournir autant d'organes dans des délais aussi court ». Selon l'avocat, « la majorité des organes sont prélevés sur les prisonniers de conscience pratiquants du Falun Gong », une philosophie de vie visant à garder le corps en bonne santé et la conscience réelle. Cette version coïnciderait avec « une multiplication par 4 des opérations de transplantations entre 1997 et 2004 ».

 

Selon les auteurs du rapport, jusqu'à 1,5 million de pratiquants du Falun Gong auraient été tués pour leurs organes depuis 1999. « Un crime contre l'humanité », affirme David Kilgour, et « un sujet sensible car il touche de forts intérêts économiques ». « Quand on demande l'avis des politiques français, ils nous répondent que ça ne nous regarde pas », regrette Francis Navarro. En 2010, Valérie Boyer, députée Les Républicains, a bien proposé une loi visant à « lutter contre le tourisme de transplantation d'organes obtenus sur des donneurs vivants contre leur volonté et sous la menace », mais celle-ci est restée sans suite.

 

En attendant une véritable reconnaissance de leur combat, David Kilgour et l'association Doctors Against Forced Organ Harvesting, nominée au Prix Nobel de la Paix en 2016, multiplient les conférences à travers le monde pour informer les institutions et les populations.


Sources: 

Le Figaro santé (Thomas Delozier) 25/07/2016