Un portrait robot à partir d’un échantillon d’ADN ?



Les Ouïghours, minorité musulmane « sous stricte surveillance chinoise », seraient forcés de donner leur sang afin que les autorités chinoises établissent « un vaste fichier biométrique » pour « identifier les caractéristiques qui permettent de repérer facilement qui appartient à cette minorité » et améliorer les « algorithmes de reconnaissance faciale ». Un travail de profilage génétique « inquiétant » pour Peter Claes, chercheur à l'université catholique de Leuven.

 

La technologie utilisée : le phénotypage d’ADN, une technologie émergente qui suscite de nombreuses attentes depuis le jour de 2015 où la police de Caroline du Sud avait fait circuler un portrait-robot d’un suspect dans une affaire de meurtre, portrait « réalisé par un ordinateur à partir d’un échantillon d’ADN prélevé sur les lieux du crime ». Cette technique « dont les origines remontent à la fin des années 1990, mais qui ne suscite un réel intérêt que depuis les années 2010 lorsque des applications concrètes ont semblé possible » a en effet pour but de déduire les caractéristiques physiques d’un individu à partir de son ADN. En Europe, « le recours à cette technologie est encore largement interdit ». Aux États-Unis, par contre, « elle a déjà été utilisée dans plusieurs affaires ».

 

Matthias Wienroth, chercheur à l’université de Newcastle, appelle toutefois à la prudence : « Il faut avoir conscience des limites de cette technologie pour ne pas exagérer les possibilités offertes ». Manfred Kayser, directeur du département d’identification génétique à l’Erasmus MC University Medical Center de Rotterdam, explique : « À l’heure actuelle, on peut prédire à partir de l’ADN quelle est la couleur des yeux, celle des cheveux ou encore de la peau. Mais il s’agit de catégorie générale ». Cependant, la technologie avance vite : « On s’attend à mieux pouvoir prédire dans le futur la structure des cheveux, la présence de grains de beauté, la couleur de sourcils ou encore si un homme est chauve ou non », indique Manfred Kayser. Cependant, Matthias Wienroth précise : « L’analyse du code génétique ne donne que des probabilités et des pas des certitudes ». « Il ne permet pas, non plus, d’identifier des individus, mais seulement des types de personnes. »

 

Au total, parvenir à établir des portraits robots grâce à cette technique « semble encore saugrenue » pour les experts du domaine. « Si vous tentiez de faire deviner à un ordinateur à quoi je ressemble à partir de mon ADN, il en ressortirait un visage d’Européen lambda », déclare Peter Claes. Tous les marqueurs génétiques qui influencent la forme d’un visage ne sont pas encore connus et « il faut aussi prendre en compte des facteurs environnementaux, tels qu’un régime alimentaire particulier, qui peuvent influer sur notre apparence et n’ont rien à voir avec la génétique », précise le chercheur. 

 

Pour aller plus loin :

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Sources: 

New York Times, Sui-Lee Wee et Paul Mozur (04/12/2019) – France 24, Sébastien Seibt (05/12/2019)