Un anglais en phase terminale revendique le droit au suicide assisté



Tant l’euthanasie que le suicide assisté sont des pratiques interdites en Angleterre : toute personne ayant procédé à une euthanasie encourt la prison à vie, le suicide assisté fait encourir 14 ans de prison. La loi date de 1961 et elle est appelée le « Suicide Act ».

 

Diagnostiqué en 2014, Noel Conway, 67 ans, est atteint d’une maladie neuronale dégénérative au stade terminale. Il lui avait été annoncé une espérance de vie de moins d’un an. Branché 20 heures par jour sur un ventilateur non invasif, il dit se sentir « enterré » au fur et à mesure que sa condition se détériore. Il a ainsi décidé de mettre fin à ses jours et réclame à l’Etat anglais le droit de recourir à un suicide assisté.

En 2014, la Cour suprême avait rejeté un précédent cas : la discussion avait été renvoyée au Parlement pour éviter qu’une jurisprudence n’entrave le délibéré législatif, mais ce nouveau cas secoue l’Angleterre. 

 

Noel Conway et son avocat estiment qu’interdire le suicide assisté contrevient aux droits de l’homme : le Suicide Act de 1961 serait incompatible avec les articles de la déclaration des droits de l’homme, les articles 8 (relatif au respect de la vie privée et de l‘autonomie) et 14 (protection contre les discriminations). 

 

Maitre Gordon, l’avocat de Mr Conway et la campagne anglaise « Dignity in dying[1] », voudraient faire pression pour que l’Etat autorise le suicide médical assisté pour les personnes majeures manifestant une volonté claire et établie de mourir, s’il leur reste moins de six mois à vivre. Pour « éviter les dérives », ils proposent que deux médecins et un juge se prononcent pour autoriser le suicide assisté.

 

Parmi les partisans de l’ouverture légale du suicide assisté, certains avancent que la mort serait une affaire privée et que si l’on pique les animaux de compagnie par pitié pour leurs souffrances, les mêmes modalités devraient pouvoir être offertes au genre humain.  

 

Dans une tribune du Guardian, Jamie Hale, poète et handicapé, réagit à la demande de Noel Conway : « J’ai une grande empathie pour sa peur de perdre sa dignité et son désir d’éviter la souffrance ou une mort par suffocation. Cependant, la légalisation du suicide assisté est un dangereux moyen d’atteindre ces buts ». Selon lui, « dans un monde où les personnes handicapées recevraient une véritable égalité de traitement, le suicide assisté ne serait pas une option ». En effet, « quand les visites médicales sont précipitées, qu’on nous laisse avec une couche souillée pour pallier à l’incontinence, là nous nous sentons indignes ». Il pointe du doigt un système médical insuffisamment adapté pour suivre et soigner les personnes malades, en difficulté, handicapées et vulnérables. Mais il se refuse au pessimisme et plaide pour une campagne pour « la dignité, l’autonomie du patient, le traitement de la souffrance et une mort naturelle ».

 

Il insiste aussi sur l’exemple des autres pays qui ont peu à peu élargit la loi du suicide assisté dans des proportions qu’il juge difficile de contenir quand on utilise le terme de « souffrance insoutenable ».

 

Les malades et handicapés sont en outre considérés dans la société comme des poids : légaliser le suicide assisté serait encore dévaluer leur humanité. Refuser de mourir pourrait devenir « une décision égoïste » et nombre d’handicapés l’accepterait pour limiter les énormes coûts financiers supportés par leurs familles et la société : « Ce serait mieux pour les autres que nous acceptions ». Enfin, cela provoquerait selon lui une érosion de la confiance des patients envers leur médecin.

 

[1] Mourir dans la Dignité.


Sources: 

The Washington Times (17.07.2017) ; The Sun, Sara Kamouni (17.07.2017) ; the Guardian (17.07.2017)