[Tribune] Emmanuel Hirsch "L'idéologie du bien mourir imposera demain ses normes"



Ce jeudi 19 février, Emmanuel Hirsch, professeur d'éthique médicale à l'université Paris Sud, intervient au colloque sur la fin de vie organisé par le Sénat (Cf. Gènéthique vous informe du 18 février 2015).

 

Dans une tribune, publiée aujourd’hui, il constate que le débat sur la fin de vie est déjà clos. Car le modèle d'une "bonne mort" c'est-à-dire "d'une mort par compassion, d'une mort sous sédation, d'une mort médicalisée", est devenu un "devoir d'humanité", car ses défenseurs en ont fait l'unique alternative à l'intolérable "mal mourir".

 

"Les règles du « vivre-ensemble » s’étendront demain à l’administration – reconnue comme un droit – d’une sollicitude active dans la mort. Car la fin de vie n’est plus perçue que dans ses expressions les plus extrêmes. Comme une « souffrance totale » estimée incompatible avec une certaine idée des droits de la personne."

 

Le dernier espace de parole est donné aux "disputations sémantiques, attachées à ne pas encore assimiler la sédation profonde et continue à l'euthanasie".

 

Emmanuel Hirsch s'interroge sur les conséquences de ce débat biaisé par les "postures compassionnelles et les résolutions incantatoires [qui] imposent leurs règles". "De quelles valeurs procède ce recours à l'anesthésie pour éviter toute exposition à notre finitude, à notre humanité ?" "L’idéologie du « bien mourir » imposera demain des normes, un « bienfaire » qui visent l’abolition de toute exigence de questionnement, la délivrance des tourments existentiels comme des souffrances, et proposeront le cérémonial « apaisé » d’un dispositif encadré par la loi. Est-ce ainsi que s’entend la vie démocratique en termes d’humanité, de dignité et de responsabilité ? Il n’est pas certain que cette nouvelle législation de la « mort choisie » voire « revendiquée » n’ajoute pas à nos vulnérabilités sociales des souffrances inapaisables."

 


Sources: 

La Croix (Emmanuel Hirsch) 19/02/2015