« Reproduire des souris sans recourir à des ovocytes » ?



« Reproduire des souris sans recourir à des ovocytes » : c’est ce qu’a réalisé une équipe réunissant des chercheurs de l’université de Bath au Royaume-Uni et de l’université de Regensburg en Allemagne. Une annonce largement relayée, laissant libre cours à des « scénarios spéculatifs et quelque peu fantaisistes » : pour Anthony C. F. Perry, cette étude ouvre la perspective d’utiliser  des cellules somatiques humaines (des cellules de peau par exemple) pour, « après traitement chimique, les féconder in vitro et obtenir ainsi un embryon dont il ne restera plus qu’à assurer la gestation et la naissance. Deux hommes (voire un homme seul) pourrait ainsi procréer – en ayant toutefois recours à une mère porteuse (avant la mise au point de l’utérus artificiel) ».

 

Pour l’heure, l’étude publiée le 13 septembre dans la revue Nature concerne des souris. « On croyait jusqu’ici que la reproduction sexuée, faisant appel à deux gamètes », l’un femelle et l’autre mâle, était la seule voie possible pour obtenir un organisme vivant[1]. L’équipe de Toru Suzuki « a démontré pour la première fois que chez la souris, on peut obtenir un individu unique à partir d’’embryons’ et de spermatozoïdes sans recourir à des ovocytes ». Pour cela, les chercheurs « ont utilisé des ‘embryons’ de souris à un stade très précoces (…) qui ont subi un traitement chimique afin d’activer la division cellulaire pour qu’ils ne possèdent plus qu’un seul jeu de chromosomes et donc qu’une moitié de matériel génétique », soit des parthénotes (cf. CJUE : Les ovules humains "activés" sont-ils des embryons ?). Dans ces parthénotes, un spermatozoïde a été injecté, « comme on le ferait dans une fécondation in vitro », pour apporter l’autre moitié de matériel génétique. Puis, après implantation de ces cellules fusionnées dans des souris jouant le rôle de mères porteuses, « les chercheurs ont obtenu, dans un quart des tentatives, des souriceaux apparemment en bonne santé ». Un rendement « considérable » pour cette technique.

 

Ces résultats « brouillent les distinctions fonctionnelles entre lignées cellulaires sexuelles, embryonnaires et somatiques [adultes] » reconnaissent les chercheurs.  Ils envisagent d’utiliser cette approche « pour obtenir plus facilement une descendance dans des espèces animales en voie d’extinction ».

 

Les auteurs soulignent par ailleurs que « l’affirmation selon laquelle les parthénotes n’ont pas le potentiel de se développer pour donner un individu, et qu’on peut donc y voir une source plus acceptable de cellules souches humaines qu’à partir des embryons, pourrait être remise en question », si la technique fonctionnait chez l’homme (cf. Les parthénotes humains, source controversée de cellules souches).

Pour Jean-Yves Nau, il s’agit de la « dernière étape d’une révolution biologique en marche » : « rien (sauf l’éthique) n’interdit plus de tenter le même saut dans l’espèce humaine ». Il voit également dans ces travaux, « une nouvelle étape vers des modifications génétiques transmissibles du patrimoine héréditaire de différentes espèces, dont l’humaine ».

 

[1] Le clonage créé artificiellement un nouvel organisme, « mais dans ce cas son patrimoine génétique est identique à celui de l’individu dont une cellule a été utilisée ».


Sources: 

Le Monde, Paul Benkimoun (13/09/2016); Jean-Yves Nau (14/09/2016)