Projet de loi bioéthique : vers la marchandisation tous azimuts de l'humain



Sylviane Agacinski, philosophe et féministe, alerte sur la marchandisation progressive du vivant qu’entrainerait l’adoption du projet de loi bioéthique. « Nous adoptons le vocabulaire et la logique des instituts technologiques de reproduction humaine californiens qui font que l’enfant n’est plus conçu comme un être engendré mais fabriqué. » Elle ajoute : « Les puissances de l’argent et les intérêts particuliers sont en train de triompher de la justice ».

 

«La seule position décente que devrait avoir notre pays serait de travailler à l’abolition pure et simple de la GPA dans le monde ». Au lieu de cela, les institutions judiciaires contournent les lois pour faciliter la reconnaissance en France des enfants nés par GPA à l’étranger. « Nous touchons à la distinction fondamentale qui devrait être faite entre une personne et une chose. » Pour elle, « si les enfants ou les mères porteuses deviennent des marchandises qu’on peut en partie acheter, alors un des piliers du droit s’effondre. »

 

Ce risque de marchandisation de l’humain est également dénoncé par Dominique Bourg, philosophe professeur à l’université de Lausanne et tête de liste d’Urgence écologie aux européennes de 2019, qui s’inquiète tout particulièrement de la levée de l’interdiction des embryons transgéniques et chimères. « Avec cette méthode Crispr-Cas9, qui serait permise par la loi et qu’on a déjà sur les OGM, il y a une ouverture par principe à la technique. Et ceci, afin de ne pas perdre de marché potentiel. Ne pas perdre de marché, c’est la posture d'Emmanuel Macron. Mais chaque nouveau progrès technique, en général, approfondit les inégalités entre les individus. La manipulation des embryons, elle aussi, approfondit les inégalités entre individus ».

 

Le philosophe estime que « l’enjeu fondamental (…) c’est la possibilité aberrante de produire un être humain à la demande, selon les fantasmes. Nous assistons à la marchandisation et la technicisation de l’engendrement d’êtres humains, sur une base sans référentiel. (…) On est sorti du médical pour entrer dans la plasticité des êtres humains futurs. Il n’y a plus de référentiel, sinon les fantasmes de tout un chacun, rendus possibles par la logique marchande ». Or, « un marché sans limites n’a pas de sens. Aujourd’hui, nous devons réapprendre les limites qu’on donne au marché ». Nous ne souhaitons pas «  la société froide, abstraite, inégalitaire vers laquelle nous nous dirigeons ».

 

Pour aller plus loin :

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Jean-Marie Le Méné : "Les lois de bioéthique ne sont ni bio, ni éthiques, elles n’ont pas limité les dérives, elles sont les dérives"


Sources: 

Le Figaro, Guyonne de Montjou (17/01/2020) - La vie, Marie-Armelle Christien (17/01/2020)